Pas mal
28 juin 2025
« Dans ma prochaine vie, je fais le voeu d’être millionnaire. Et toi ?
– Stérile ».
Le quatrième de couverture, qui reprend une scène du livre, donne le ton : être mère, c’est une galère. Les mamans qui y sont représentées reprennent les litanies associées à l’idée d’une maternité ennuyeuse, épuisante, emprisonnante : elles en deviennent frustrées, envieuses et médisantes. L’une souhaite à toutes les filles qu’elle n’aime pas de tomber enceintes ; une autre enrage de recevoir un SMS de la baby-sitter, et de devoir écourter son dîner entre copines ; et celle-ci aimerait bien que les petits la laissent tranquille afin de décuver tranquillement.
Les groupes de mères mis en scène se sentent coupables de sortir des normes parentales établies, en l’occurrence l’idée que la maternité serait épanouissante, (uniquement) source de bonheurs, et encadrée par un instinct maternel naturel. Mais elles se posent de nombreuses questions : quand on est mère, peut-on ne pas aimer son enfant ? Regretter de l’avoir eu ? Se masturber ? Fantasmer sur d’autres hommes ? Est-il socialement acceptable de ne pas vouloir entendre les discours des mamans qui vous donnent des conseils ?
Dans un esprit Sex and the City ou Worgink Moms, les deux autrices espagnoles ont couché sur papier une partie de leur vie : elles sont en effet tombées enceintes presque en même temps, et partent de temps en week-end ensemble, sans pères ni enfants. À travers quelques trips, découpés en 25 chapitres de 4 à 8 pages (chaque page comportant une à quatre vignettes), Marga Castano raconte ces maternités contrariées qui ne se cachent plus. Loin de l’harmonie et des rondeurs traditionnellement associés à la maternité, Esther De La Rosa propose un trait anguleux, géométrique, proche du découpage de papiers.
Sans que cela ne soit traité en tant que tel et explicitement dans l’ouvrage, il est question ici de la profonde intégration, chez les femmes, des attendus sociaux de leur rôle de mère, présenté comme un boulot à temps plein (peut-être aussi parce que les papas en font moins) qui n’est pas conciliable avec une image plus glamour de « la femme », qui veut continuer à vivre et à prendre du plaisir. Sur cet aspect, l’approche binaire est parfois un peu caricaturale, mais c’est le prétexte pour déclencher quelques sourires chez les lecteurs.
Quant au titre, Hardcore Maternity, qui sonne comme un oxymore, il est sans doute exagéré, car les mères n’aspirent à rien d’autre que du très normal : c’est dire à quel point elles s’emmerdent.
Par Damien BOONE
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