My Giant Nerd Boyfriend - Par Fishball - WEBTOON

Par Baptiste LE GAL-DUTHEIL 28 février 2025 
Sorti en France en décembre 2019, le webtoon My Giant Nerd Boyfriend de l’autrice Fishball a publié son millième épisode il y a quelques semaines. C’est l’occasion de se pencher un peu sur l’aventure de cette bande dessinée virtuelle, suivie par 4 millions d’utilisateurs français et par 74 millions d’anglophones.

Déjà, qu’est-ce que « My Giant Nerd Boyfriend » ? Ce webtoon (aussi appelé « MGNB » par les initiés) raconte le quotidien et la vie de son autrice, avec son compagnon, immense et passionné de jeux vidéo et leur mignon petit chien Biscuit. Pourquoi en parler aujourd’hui ? Eh bien, ce webtoon a permis à la plateforme Webtoon de se renouveler, en apportant un vent de fraîcheur dont on avait grand besoin.

Ce renouveau peut s’expliquer par de nombreuses raisons. Selon Fishball [Interview par Chike Nwaenie pour Anime Corner (octobre 2024)], MGNB plaît aux lecteurs car la BD permet le développement d’un lien fort entre les lecteurs et l’autrice. Cette intimité vient sans nul doute de ce que MGNB est basée sur la vie de l’autrice elle-même et ce phénomène est singulier sur la plateforme,.

De plus, Fishball sait s’adresser à chacun car elle évoque un quotidien qui nous est à tous familier, d’une manière ou d’une autre (faire les courses, ranger, vivre ensemble, s’occuper de son animal domestique, …). Les Coréens appellent « ilsang toon », ce genre de webtoons autobiographiques, ce qui se traduit par « webtoons sur le quotidien ».

Fishball raconte sa vie personnelle, intime, ainsi que celle de ses proches (qui ont chacun un caractère bien trempé). Au bout de quelques épisodes, nous avons l’impression d’être devenus des amis de longue date (bien qu’un peu perdus de vue). Chaque épisode ressemble à la page d’un album de famille que l’on viendrait de retrouver par hasard dans un grenier, ou à la carte postale d’un parent éloigné, qui nous ouvre les bras pour nous conduire vers une autre culture (l’autrice est malaisienne).

Il ne faut pas négliger non plus le fait que les personnages principaux de MGNB sont constitués par un couple, si bien que lecteurs et lectrices peuvent s’identifier à l’un ou à l’autre des deux protagonistes.

Et cette relation n’est pas unilatérale ! Fishball est assez à l’écoute de sa communauté. Certains épisodes brisent le quatrième mur, avec parfois des séquences spéciales dans lesquelles, l’autrice répond aux souhaits de quelques lecteurs (il est arrivé que Fishball se soit dessinée, elle et son copain, dans une version « shogun », à la demande d’un lecteur). De plus, des sessions Questions & Réponses ponctuent la BD avec régularité. Fishball adore également se déplacer dans des forums pour aller à la rencontre de son public et elle dessine les comptes-rendus de ses aventures sur Webtoon.

Parmi les multiples qualités de ce webtoon, je voudrais m’attarder sur une autre : les épisodes de MGNB sont courts et différents les uns des autres, à une exception près (sur laquelle nous reviendrons). À force de lire certains webtoons qui relatent les récits et péripéties de leurs protagonistes, les lecteurs peuvent ressentir une forme de lassitude au bout d’un moment. Certains épisodes des webtoons les plus populaires sont longs et ne font pas vraiment avancer la trame principale ou l’univers de la série.

Or, MGNB est tout le contraire. Chaque épisode est unique et concis (entre 5 et 30 images). Certains se révèlent très intimes. Nous suivons même les épreuves de la vie de l’autrice, ses peines, ses frustrations, ses échecs. Dans d’autres, au contraire, celle-ci déborde d’imagination, en créant par exemple des épisodes où Biscuit le chien devient un jeune homme propriétaire de ses deux maîtres (Fishball et son copain transformés en chiens).

Par conséquent, il est possible de parcourir la majorité des épisodes de MGNB de façon non linéaire et de se focaliser sur ce que nous voulons lire. On peut débuter la série par l’épisode 949, puis lire l’épisode 185, en passant par le 694, et continuer ainsi indéfiniment.

Mais MGNB est aussi une sorte de leçon de vie, d’une certaine manière. Les sujets abordés par MGNB valent le coup d’être lus. Certains thèmes s’avèrent très sérieux (le premier amour, le manque de confiance en soi, le syndrome de l’imposteur, la relation toxique, la mort, le deuil, …), et ils sont amenés par l’autrice avec douceur.

Néanmoins, concédons que ces sujets ne sont pas exclusifs à MGNB. Beaucoup d’autres webtoons parlent de peines, d’amitié, d’amour, etc. Mais (et c’est maintenant que nous en revenons à l’exception évoquée plus haut relative à la longueur des épisodes) la différence vient de ce que ces thèmes sont mieux abordés dans MGNB, car l’autrice prend le temps de s’y confronter et de les développer : certains sont traités en 3 épisodes successifs ce qui permet non seulement d’approfondir le sujet mais aussi d’atténuer notre peine, vu que chaque épisode sort tous les 2-3 jours. Ainsi, nous avons parfois une semaine pour comprendre et accepter.

Ce genre de témoignage relatif aux épreuves de la vie peut être bénéfique pour les jeunes lecteurs. Ils découvrent le point de vue d’une adulte qui n’appartient pas à leur cercle familial, et qui ne juge jamais. Bien que MGNB ne remplace pas la présence d’un parent, ce webtoon peut apporter aux jeunes un soutien relativement utile dans un monde où 25% des lycéens français sont touchés par la solitude (selon une étude menée par Santé Publique France).

Le seul cheveu dans cette délicieuse soupe : il peut être perçu comme difficile de plonger dans l’œuvre. Le style de l’artiste à ces débuts peut sembler dur à apprécier, surtout quand on est habitué aux webtoons webstream. Les scènes sont plutôt minimalistes comparées à d’autres séries (même celles de la catégorie « Tranche de vie », catégorie dont MGNB fait partie). Dans MGNB, les décors ne sont pas détaillés, mais limités à un fond uni.

Pourquoi ? Pour se concentrer sur le but principal de l’œuvre : mettre en évidence ce qui constitue le quotidien et la vie d’une dessinatrice de webtoon ? Pour valoriser les protagonistes ? Par simplicité ? Par opposition à ce que dessine son compagnon, qui est illustrateur ? Pour des nécessités de production. Un peu de tout cela, sans doute. Nous sommes loin des immenses châteaux magnifiquement détaillés et des scènes de combat intenses qui nous en mettent plein les yeux. Rassurez-vous cependant : de l’eau a coulé sous les ponts depuis les premiers épisodes et les dessins de Fishball se sont améliorés en cinq ans. Les personnages et les décors sont plus vivants et colorés maintenant.

Qu’en est-il de l’avenir de la série ? Suite au très faible succès de l’adaptation YouTube de MGNB (sortie en dix vidéos, en 2019), nous aurions pu craindre pour l’avenir de la série. Néanmoins, force est de constater qu’aujourd’hui, quatre millions d’utilisateurs francophones et 74 millions d’utilisateurs anglophones suivent ce webtoon, ce qui prouve sa vigueur et sa résistance ! Par ailleurs, du côté des lecteurs, on constate très peu de commentaires négatifs.
Concernant l’autrice, Fishball a déclaré au média Anime Corner (octobre 2024) qu’elle souhaitait continuer à publier MGNB tant qu’elle en aurait l’énergie, l’inspiration et la passion nécessaires. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter, mais plutôt de s’en réjouir.

Par Baptiste LE GAL-DUTHEIL

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