Très bon
23 septembre 2024
Mahar appartient aux lionceaux du califat. Il est Yézidi, ce peuple adorateur du feu et considéré par les fanatiques de Daech comme des adorateurs du diable qu’il faut faire disparaitre de la Terre. Victimes d’un véritable génocide, les hommes sont liquidés, les femmes et les jeunes filles kidnappées et vendues comme esclaves et mariées à des maris irakiens qui garnissent ainsi leur harem. Quant aux jeunes garçons, ils sont très vite capturés pour devenir des enfants soldats.
L’enfer de Mahar commence en 2014 après son rapt dans le Sinjar, région du nord irakien, frontalière de la Syrie, où vit le peuple Yézidi depuis des siècles. Endoctriné par des prêches de haine contre son propre peuple et contre tout celles et ceux qui ne correspondent pas au modèle que veut imposer le calife autoproclamé de l’Etat islamique, Mahar n’a plus qu’un but : faire la guerre et mourir en martyr. La propagande est si efficace qu’il en oublie son origine, sa langue, ses croyances et coutumes. On l’abreuve de vidéos ultra-violentes et de discours de haine. On le force à apprendre par cœur un Coran qu’il ne comprend pas, tout en lui faisant comprendre que la seule voie pour accéder au salut de son âme est celle du djihadisme et de la mort en martyr.
Après l’ultime étape du camp d’entrainement au maniement des armes, le voilà projeté dans l’horreur de la guerre, au milieu des combats en Syrie, notamment lors du terrible siège de Deir Ez Zor. Sous les bombardements de la coalition et au corps à corps contre les troupes de Bachar Al-Assad et celles des Kurdes qui combattent l’Etat islamique, le jeune Mahar, encore adolescent, commet les pires violences avant d’être plusieurs fois blessé et rapatrié dans sa terre d’origine pour y être déradicalisé.
C’est là, après la chute du califat, dans un camp situé dans le Kurdistan irakien, que Anne Poiret, journaliste et réalisatrice française, rencontre le jeune garçon afin que celui-ci lui livre son odyssée guerrière et meurtrière. Un incroyable témoignage qui montre la force et la puissance macabre de ce que peuvent mettre en œuvre les faiseurs de haine, capables de persuader de jeunes hommes à revêtir une ceinture d’explosifs pour se faire sauter au milieu d’innocents qu’ils jugent mécréants, ou pire, apostats.
Mise en image par Lars Horneman, l’histoire de Mahar est si poignante qu’on ne lâche l’ouvrage qu’à la toute dernière page tant on veut savoir s’il retrouvera son père, ses frères et ses sœurs, eux-mêmes victimes de la politique génocidaire de Daech et si quelqu’un réussira à sortir de sa tête l’idéologie mortifère qu’on lui a inculquée avec patience. Victime du groupe terroriste pour les uns, bourreau sanguinaire et froid pour les autres, Mahar n’est qu’un parmi tant d’autres. Un ouvrage qui éclaire ses lecteurs sur la froide réalité de la radicalisation et de tout ce qu’elle est capable de faire commettre à tous ceux qu’elle touche.
Par Romain BLANDRE
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