Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Excellent
21 septembre 2024
On pense souvent à Stand by Me, en lisant Haute Enfance. Comme dans le film de Rob Reiner [1], la bande dessinée de Nejib met en scène la fin douloureuse de l’enfance : un groupe d’amis va bientôt se disloquer (les différences culturelles et sociales se marquent davantage en grandissant), il reste un dernier territoire à traverser (la campagne américaine chez Reiner, la banlieue de Tunis chez Nejib), il va falloir affronter ses peurs : l’épicier revêche, les chiens qui ne demandent qu’à mordre, un hôtel en chantier, un bande rivale qui vous défie au foot. Au bout du voyage il y aura la violence, encore, et peut-être la mort.
Avec Haute Enfance, Néjib semble faire un pas de côté, tant il s’éloigne des récits amples et romanesques qu’étaient Stupor Mundi ou la trilogie des Swan. Son intrigue, resserrée sur vingt-quatre heures de la vie d’une bande de copains, a plutôt la densité d’une nouvelle. Graphiquement, l’absence de blanc entre les cases et autour de la planche donne l’impression étrange de zoomer sur son dessin. Mais plus on progresse dans le récit, plus la séduction opère : aplats de couleurs franches qui se juxtaposent (des gris, des bleus, des jaunes et des rouges, pour l’essentiel), rendu des mouvements (on court beaucoup dans Haute Enfance), expressivité des compositions.
On se souvient que l’un des enjeux de Stupor Mundi était la recherche de l’image manquante, celle d’une jeune fille ayant occulté le traumatisme de la mort de sa mère. Sans révéler la fin tragique de Haute Enfance, on peut dire que tout ici converge vers une autre image traumatique – une image que Nejib prend soin de laisser en partie hors-champ. On devine que ce nouvel album s’inspire de sa jeunesse tunisienne. Avec ce récit bref, dense, il n’est pas interdit de penser qu’il nous donne aujourd’hui une des clefs de son œuvre.
Par Régis Duqué
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Notre chronique de Stupor Mundi
Notre chronique de Swan, T.1
Notre chronique de Swan, T.2
Toutes les illustrations sont : © Néjib - Gallimard
[1] Adapté de la nouvelle Le corps de Stephen King