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Haute Enfance - Par Néjib - Gallimard

Par Régis Duqué Excellent 21 septembre 2024 
Un enfant, Slim, dépose quelques miettes de pain sur le sommet de son crâne. Un oiseau se pose sur sa tête. Et puis tchok !, un caillou vient percuter l’oiseau qui tombe mort. En quelques images, on passe de la poésie de l’enfance à la violence du monde. Celui qui a tué l’oiseau, c’est Smurfeddine, « le meilleur caillaisseur de la banlieue de Tunis » nous dit Slim, le narrateur de Haute Enfance, la nouvelle bande dessinée de Nejib. Smurfeddine entraîne alors Ghassen et Farid, le grand frère de Slim, dans une dangereuse expédition.

On pense souvent à Stand by Me, en lisant Haute Enfance. Comme dans le film de Rob Reiner [1], la bande dessinée de Nejib met en scène la fin douloureuse de l’enfance : un groupe d’amis va bientôt se disloquer (les différences culturelles et sociales se marquent davantage en grandissant), il reste un dernier territoire à traverser (la campagne américaine chez Reiner, la banlieue de Tunis chez Nejib), il va falloir affronter ses peurs : l’épicier revêche, les chiens qui ne demandent qu’à mordre, un hôtel en chantier, un bande rivale qui vous défie au foot. Au bout du voyage il y aura la violence, encore, et peut-être la mort.

Haute Enfance - Par Néjib - Gallimard
Haute Enfance, par Néjib – Planche 62
Haute Enfance, par Néjib – Planche 63

Avec Haute Enfance, Néjib semble faire un pas de côté, tant il s’éloigne des récits amples et romanesques qu’étaient Stupor Mundi ou la trilogie des Swan. Son intrigue, resserrée sur vingt-quatre heures de la vie d’une bande de copains, a plutôt la densité d’une nouvelle. Graphiquement, l’absence de blanc entre les cases et autour de la planche donne l’impression étrange de zoomer sur son dessin. Mais plus on progresse dans le récit, plus la séduction opère : aplats de couleurs franches qui se juxtaposent (des gris, des bleus, des jaunes et des rouges, pour l’essentiel), rendu des mouvements (on court beaucoup dans Haute Enfance), expressivité des compositions.

Haute Enfance, par Néjib – Planche 70

On se souvient que l’un des enjeux de Stupor Mundi était la recherche de l’image manquante, celle d’une jeune fille ayant occulté le traumatisme de la mort de sa mère. Sans révéler la fin tragique de Haute Enfance, on peut dire que tout ici converge vers une autre image traumatique – une image que Nejib prend soin de laisser en partie hors-champ. On devine que ce nouvel album s’inspire de sa jeunesse tunisienne. Avec ce récit bref, dense, il n’est pas interdit de penser qu’il nous donne aujourd’hui une des clefs de son œuvre.

Par Régis Duqué

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Code EAN : 9782075193603

Notre chronique de Stupor Mundi
Notre chronique de Swan, T.1
Notre chronique de Swan, T.2

Toutes les illustrations sont : © Néjib - Gallimard

[1] Adapté de la nouvelle Le corps de Stephen King

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