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Très bon
6 juillet 2026
C’est la loose pour Lila : son père a trouvé un nouveau travail. Pour le suivre, elle est contrainte de quitter sa ville, son école et ses amis, auxquels elle tenait tant. Son nouvel établissement est surnommé “L’usine à sales gosses”. Il faut dire qu’on y envoie toutes sortes de gamins atypiques, turbulents ou marginaux… en bref, tous ceux qui ne rentrent pas dans les cases de l’Éducation nationale et qui, bien souvent, ont déjà fait la tournée de tous les autres établissements. C’est un peu l’école de la dernière chance. Chez les sales gosses, ce sont les enfants qui font la loi. On pense de suite au roman Les Enfants de Timpelbach de Henry Winterfeld.
Lila va découvrir que l’école est divisée en quatre clans : les cadors, les tricheurs, les dispensés, et enfin les fabricants. Ces différentes sections coopèrent, toujours avec ingéniosité, afin de rendre les cours plus attrayants. Problème : Lina ne se considère pas vraiment comme une sale gosse. De plus, il se trouve que le nouveau directeur de l’école, fraîchement nommé, n’est autre que son père. Lila va alors tout faire pour que personne ne fasse le lien et surtout, pour s’intégrer dans la meute. Heureusement, son père ne doit prendre officiellement ses fonctions que deux semaines plus tard. Mais, pour ne rien arranger, les deux surveillants de l’école, des sadiques à la limite du diabolique, prennent temporairement le contrôle de l’établissement, bien décidés à passer les morpions au peigne fin… et à faire en sorte qu’aucun ne sorte du rang. Lila et ses nouveaux amis vont devoir redoubler d’ingéniosité.
Lila et l’usine à sales gosses est l’adaptation en bande dessinée du podcast éponyme du scénariste Thomas Le Petit-Corps. On lui doit par ailleurs plusieurs autres œuvres jeunesse, comme la vulgarisation des supers-vilains de la mythologie en bande dessinée, l’album Tia et le monde enfoui ou encore l’adaptation en série audio des Totally Spies.
Pour donner vie aux aventures de Lila, l’auteur s’inspire autant de sa propre adolescence que d’œuvres qui l’ont marqué plus jeune, comme Les Razmoket ou Hé Arnold.
Par ailleurs, Lila s’inscrit quelque part dans la lignée de ces personnages jeunesse “sales gosses”, tels Titeuf ou Mortelle Adèle.
Au dessin, l’Italien Antonello Dalena donne vie à cette flopée de personnages hauts en couleur. Fort d’un beau parcours, qui l’a conduit à travailler aussi bien pour Disney que sur Les Schtroumpfs, il met son expérience au service de l’album. Son trait dynamique et particulièrement expressif accompagne parfaitement l’humour du récit.
On peut s’interroger sur l’approche assez manichéenne de Lila et l’usine à sales gosses. Les jeunes protagonistes triomphent des adultes, dont certains sont réduits à des figures d’autorité caricaturalement négatives. Si ce parti pris sert l’humour et le ton irrévérencieux de l’album, quelques nuances supplémentaires dans les rapports entre enfants et adultes apporteraient sans doute davantage de profondeur au récit. Même constat en ce qui concerne le corps professoral, qui reste de simples figurants, sans véritable interaction avec les élèves (même s’il est clair que la série est centrée sur la vision des jeunes). Sont-ils dépassés par la situation, font-ils l’autruche ? Des aspects que l’on espère voir développés dans les prochains tomes, que l’on attend avec impatience.
Cela dit, force est de constater que sous couvert de triche et de bêtise, les jeunes font preuve d’intelligence et d’ingéniosité. Comme quoi, les “sales gosses” ne sont pas seulement des fauteurs de troubles : ils savent aussi faire preuve d’une grande créativité pour briller à leur façon. Sûrement l’école rêvée de Ducobu ! C’est aussi une ode à l’inclusion, qui célèbre la différence.
En outre, Lila et l’usine à sales gosses pose les bases d’un univers moderne et foisonnant, qui multiplie les émotions, interroge et, surtout, fait rire de bon cœur.
Par Rémi BARNAULT
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Le premier opus de Lila et l’usine à sales gosses est en vente aux éditions Le Lombard, pour 13,95 €.