Excellent
13 juin 2025
Bastien est un jeune garçon de primaire, assez timide et introverti. Il a bien du mal à faire en sorte qu’Iris lui porte son attention. Bastien est complètement sous le charme de la fillette, mais celle-ci semble porter son dévolu sur un autre : Alphonse. Bastien aimerait tant pouvoir s’asseoir à côté d’Iris en classe ou à la cantine, pouvoir discuter avec elle.
Avec un sentiment d’être mis à l’écart, le garçon va développer une certaine haine qu’il garde, comme beaucoup de choses, complètement enfouie en lui. En d’autres circonstances, cela aurait pu donner lieu à un vrai triangle amoureux.
Mais la roue finit par tourner quand Iris et Alphonse proposent à Bastien de participer à un projet des plus ambitieux – de surcroît pour leur âge : construire une fusée pour aller explorer le cosmos. Il faut dire que Bastien a des connaissances plutôt précoces en physique, quand Alphonse est, lui, mordu d’astronomie. Iris se révèle, quant à elle, une bonne cheffe d’équipe. On découvre ainsi un trio on ne peut plus complémentaire. Viser la lune, ça ne leur fait pas peur, dirait Amel Bent. Mais pour autant, Bastien a toujours du mal à avouer ses sentiments à Iris.
Une problématique encore plus importante vient s’ajouter : Alphonse se découvre atteint d’une maladie évolutive. Ce diagnostic bouleverse évidemment son quotidien ainsi que celui de ses proches. Entre allers-retours de la maison à l’hôpital, le projet de fusée aurait pu… tomber à l’eau.
Quand l’imaginaire devient un refuge
Mais bien au contraire, cette aventure commune forme un parfait prétexte d’évasion. Une exemplaire leçon de résilience. Non pas sans grosses prises de risques, cependant. L’intrigue constitue une métaphore parfaitement filée qui participe à dédramatiser la situation, sans pour autant l’éclipser. Finalement, l’exploration spatiale n’est qu’un prétexte, demeurant bien trouvé et traité.
Les Cosmonautes, c’est avant tout une émouvante tranche de vie à hauteur d’enfant, où réel et imaginaire se rencontrent de façon poétique. Si les adultes sont bien présents, ils passent en second plan et sont bien souvent dépassés par les événements. Les contes classiques pour enfants nous apprennent souvent à écouter les grandes personnes. Ce que ne font pas trop Bastien et ses amis. Pour autant, les adultes ne sont pas entièrement délaissés et apportent un peu de contraste. La narration de l’œuvre se veut ponctuée de légèreté et d’insouciance propre à l’enfance, tout en conservant nuance et profondeur.
Après avoir réalisé le film culte Les Enfants de Timpelbach et Le Petit Spirou, adaptation de la BD éponyme, Nicolas Bary propose, en format BD avec Nina Phillips, une nouvelle ode à l’enfance. On est littéralement happé par ces cent pages de BD qui filent telles une étoile, nous emportant avec une palette d’émotions riches et variées, dans une aventure hors du temps, avec un final d’une grande intensité, qui nous laisse quasi sans voix. Les illustrations numériques d’Etienne Péran, quant à elles, amplifient la dimension onirique de l’ouvrage.
Malgré la dureté de l’un des sujets, l’album reste accessible dès 9 ans. Une histoire d’amitié qui encourage vivement à « oser oser », puisque chaque chute reste une occasion de se relever. Un petit bijou d’intelligence et d’espoir.
Une expérience immersive et augmentée
Pour une expérience encore plus intense, l’édition propose une bande son originale de Nina Goern, du groupe Cats on Trees. Trois musiques (dont une entièrement instrumentale) qui augmentent et prolongent l’œuvre. En outre, qui sont à son service, la complètent. Une tendance qui se répand de plus en plus dans l’édition, en phase avec notre monde 3.0. On pourrait presque observer une image mentale de la voie lactée.
Par Rémi BARNAULT
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L’album Les Cosmonautes est disponible aux éditions Jungle, pour 16,95 €.