À priori, les mangas, ce n’était pas sa partie. Grégoire Hellot vient du jeu vidéo. Quand il aborde le milieu de la bande dessinée japonaise, cela fait déjà 13 ans qu’il est journaliste de jeux vidéo, écrivant dans les revues spécialisées (notamment Animeland), faisant des émissions radio (Skyrock) et TV sur ce sujet.
Mais il a un avantage : il parle le japonais et, pour son métier, il a fait plus d’une fois le voyage à destination de l’archipel. Or, pendant ce temps-là, le groupe Editis et son département Univers Poche, voyant le succès de J’ai Lu et de Glénat dans le secteur du manga alors balbutiant mais bougrement prometteur, tourne autour de ce marché et se demande comment y entrer. Le secteur est dirigé par Jean-Claude Dubost, une légende de l’édition, inventeur des collections « Le livre dont vous êtes le héros » ou encore « Chair de poule ». Il repère Grégoire Hellot au tournant du siècle. Mais évidemment, le groupe arrive sur la marché avec un peu de retard… Après la bataille ?
Premier succès
Coup de pot, c’est parce qu’il connaît une maison de jeux vidéo versée dans l’édition, Square Enix, que Grégoire Hellot met la main sur Full Metal Alchimist, le premier grand succès du label Kurokawa. Ce sont les responsables du département des jeux vidéo qui l’introduisent auprès de leurs collègues du département éditorial. Strike !
Grégoire n’arrive pas sans arguments : Editis est le 2e groupe éditorial français le plus important après Hachette, et il arrive avec une force de frappe et une expérience conséquentes en terme de marketing et de publicité. Dubost cherche un nom. Il demande à Grégoire : « Comment traduit-on Fleuve Noir en japonais ? » Fleuve Noir est LE label historique du groupe dans le domaine du roman noir, de la SF (Star Wars, les classiques du genre…), de la Fantasy (Buffy contre les vampires) sans compter le titre star du moment : « Le Diable s’habille en Prada ».
Il y a 20 ans, des gens comme Grégoire Hellot étaient, pour les médias, propres à abattre : les jeux vidéo, les dessins animés japonais abrutissent les enfant, disait-on. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
« On a gagné ! »
Vingt ans plus tard, que ce soit chez Carrefour ou chez Celio, les mangas sont partout et pas seulement au rayon librairie… « Le manga, c’est comme le Rock ‘n roll d’hier, analyse Grégoire Hellot, Il était lui aussi perçu jadis comme un danger pour la jeunesse. Qui oserait prétendre la même chose aujourd’hui ? Quand Johnny Hallyday meurt, on lui fait des funérailles quasiment nationales ! Les hommes politiques se représentent en mangas Ghibli sur les réseaux sociaux… Je suis extrêmement chanceux d’avoir vécu cette évolution de l’intérieur. »
Après, le marché est bien plus compliqué aujourd’hui qu’hier, de plus en plus niche et parallèlement de plus en plus grand public. Face à cette multitude, le pragmatisme vaut. Le dessin animé est un facteur de choix mais pas seulement : souvent les gens découvrent une série en streaming sur une plateforme mais la saison 2 se fait attendre… Ils se ruent alors sur la suite en mangas… La notoriété fait le reste.
Mais quand le dessin animé n’est pas encore là ? Les coûts de production obligent à calculer, à évaluer combien de gens sont susceptibles d’acheter une nouveauté. Là intervient le savoir-faire de l’éditeur…
Coup de Coeur
Le dernier coup de cœur éditorial de toute l’équipe, ce sont Les Lueurs de l’Outre-monde de Yamakujira. « C’est un titre à la croisée de plusieurs tendances, nous dit Grégoire Hellot : l’appétence pour l’imagerie japoniste des époques Meiji ou Taishō avec les maisons de bois, les kimonos, les geishas… Mais aussi, grâce à Miyazaki, la mythologie japonaise : les Oni, les fantômes, les Yokaï… Ils sont entrés dans notre culture. Ceci en plus des qualités narratives d’une belle histoire douce-amère… »
Nous, chez ActuaBD, on a lu et on a adoré. Le stand de Kurokawa à la Japan Expo devrait sans aucun doute être pris d’assaut.
Par Didier PASAMONIK
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