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Les Gugusse en vacances - Par Émilie Gleason - Éd. Atrabile

Par Romain GARNIER Favori de la rédaction 20 août 2025 
Sept années après avoir publié Ted, drôle de coco (Prix Révélation FIBD d’Angoulême 2019) Émilie Gleason nous revient avec une bande dessinée jubilatoire, toujours ancrée dans son vécu familial. Cette fois, nous suivons toute la famille Gugusse en partance pour des vacances à destination du Yolcame (une parodie du Mexique) où une cousine célèbre son mariage. Intitulé Les Gugusse en vacances, ce nouvel opus suscite autant l’hilarité que l’admiration. La maîtrise graphique, scénaristique et rythmique d’Émilie Gleason impressionnent. Une excellente bande dessinée à retrouver aux éditions Atrabile.

Rien ne va pour les Gugusse. Alors qu’ils doivent prendre le chemin de l’aéroport, Ted, autiste, s’est emmuré aux toilettes desquelles il refuse de sortir. Balou a confondu le sac à jeter à la poubelle et le sac des sandwichs. Les parents, Boris et Doris, peinent à fermer la valise. Quant à la jeune Éleana, dix-sept ans, elle se désespère d’arriver à temps pour l’embarquement, d’autant que le RER rencontre des problèmes sur la ligne et qu’un marginal finit par agresser la famille. La poisse. Et ce n’est que le début du voyage.

Si la famille Gugusse parvient finalement à s’envoler pour le Yolcame, rien ne se passe comme prévu. Les accidents s’enchaînent, les bourdes se multiplient, et les engueulades familiales essaiment tout au long du périple. Comme disait Jacques Chirac, « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». Toutefois, la famille Gugusse rencontre tant de soucis que son patronyme pourrait devenir proverbial quand il s’agit d’évoquer des vacanciers gênants, ou allant au devant de nombreux problèmes.

Les Gugusse en vacances - Par Émilie Gleason - Éd. Atrabile
© Émilie Gleason / Éd. Atrabile (2025)
© Émilie Gleason / Éd. Atrabile (2025)

Présenté ainsi, peut-être pourriez-vous imaginer que Les Gugusse en vacances est un titre qui ne fait que compiler plus ou moins adroitement les incidents comiques. Il n’en est rien. Le récit nous mène à la rencontre de la famille de Boris - que ce soit le frère atteint du syndrome de Diogène ou la mère décidée à exorciser sa petite-fille -, des lieux touristiques et le mariage. La machine scénaristique est parfaitement huilée avec des engrenages artisanaux disposés de manière à vous embarquer rapidement dans l’univers foutraque d’Émilie Gleason.

Chaque personnage de la famille est doté d’une personnalité forte et lorsque celles-ci se percutent, les étincelles illuminent les pages et rythment nos éclats de rire. Les aventures de la famille Gugusse est à l’image de la couverture : sans cesse en mouvement, un rythme survitaminé où les événements vont à toute berzingue. Le talent de l’autrice ne réside cependant pas uniquement dans la caractérisation des personnages ou le scénario. Son talent est également graphique.

© Émilie Gleason / Éd. Atrabile (2025)
© Émilie Gleason / Éd. Atrabile (2025)

En lisant Les Gugusse en vacances, on a le sentiment de lire un cartoon. Il existe un humour, une énergie vitale, un sens du rythme, un graphisme des personnages en constante perturbation, sans qu’à un moment, un seul, un grain de sable ne vienne perturber le bon déroulement de cette farce.

L’autrice a le génie du « graphisme de la métamorphose ». Afin d’exprimer de façon excessive les sentiments de nos anti-héros, leur créatrice malaxe, déforme, étire leur corps et leur imagination. Ceux-ci sont donc sous la pression constante de l’inventivité d’Émilie Gleason qui est considérable et de laquelle peut surgir, d’une page à l’autre, un style graphique très différent.

Si la composition des planches est fondée sur une logique récurrente - cinq bandes étirées -, l’autrice n’hésite jamais à faire exploser sa page afin de servir graphiquement son récit. La vivacité de son trait, de sa narration, ainsi que sa dimension cartoonesque ne sauraient être contenus dans un gaufrier classique. Émilie Gleason n’hésite pas à recourir aux pleine pages et inflige finalement une élasticité à sa composition qui rappelle celle infligée à ses anti-héros. Le fond et la forme ne font qu’un dans un ensemble très coloré, délirant et clownesque.

© Émilie Gleason / Éd. Atrabile (2025)
© Émilie Gleason / Éd. Atrabile (2025)

Ce récit humoristique, plein de démesure dans un contexte a priori plutôt banal - les vacances et un mariage -, n’oublie pas pour autant de porter un sujet. Si Ted, drôle de coco était inspiré par le syndrome d’asperger du frère d’Émilie Gleason, ce second opus du « Tedverse » - ainsi que le qualifie les éditions Atrabile - se focalise sur les relations familiales de Boris et Éleana.

Le père, fou amoureux du guide Michelin, d’humeur solaire contre vents et marées, tient à offrir ce qu’il imagine être le meilleur à ses enfants. Un père parfois étouffant, jusqu’au-boutiste et à côté de la plaque, mais fondamentalement bienveillant à l’égard de sa famille qu’il souhaite idéale, traversée par de fortes différences incarnées en partie par son fils autiste.

Quant à sa fille, elle est une adolescente, presque adulte, qui cherche sa place dans cette tribu à laquelle elle imagine porter une poisse dévastatrice, et qui ne cesse de lui faire honte. Une culpabilité constante l’assomme, tandis que son imagination fertile et débridée ne cesse de la nourrir. En conflit régulier avec son frère Balou au sujet de Ted, Éleana est à la recherche d’une paix intérieure qu’elle pourrait obtenir qu’en ouvrant les yeux sur sa famille. Entre Boris et Éleana, sans parler de Ted, c’est donc le mythe de la famille parfaite qui fait long feu et qui est malmené à chaque page de l’album avec un humour désarmant.

© Émilie Gleason / Éd. Atrabile (2025)

En novembre 2024, les éditions Atrabile avaient publié Ballades de Camille Potte, un brillant récit humoristico-médiéval qui était, à notre humble avis, un des meilleurs titres de l’année. À ce stade de l’année 2025, Les Gugusse en vacances d’Émilie Gleason se positionne sans peine dans le peloton de tête des meilleures bandes dessinées publiées, de celles qu’il faut lire impérativement parmi les 6000 sorties annuelles. On ne dira pas assez combien ce titre déjanté et d’une fascinante liberté fut un véritable plaisir de lecture, hilarant et sensible, un régal à la fois graphique et narratif.

Par Romain GARNIER

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782889231522

Les Gugusse en vacances - Par Émilie Gleason - Éd. Atrabile - Collection Flegme - 17 × 24 cm - 184 pages - Parution : 4 avril 2025 - 21 euros.

D’autres titres aux éditions Atrabile :

– Ballades - Par Camille Potte - Éd. Atrabile, de Romain Garnier
– La Harde : un récit sororal et anti-validiste, de Anthéa Mariani
– Les Daronnes – Par Yeong-Shin Ma – Ed. Atrabile, de Didier Pasamonik
– Naturellement - Par Yannis La Macchia - Atrabile, de Gaëlle Bedis

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10 Messages :
  • Les Gugusse en vacances - Par Émilie Gleason - Éd. Atrabile
    21 août 2025 06:25, par Milles Sabords

    « La maîtrise graphique, scénaristique et rythmique d’Émilie Gleason impressionnent. » C’est sympa, c’est coloré, mais que de superlatifs pour une sorte de « Tex Avery » sous acide, qui n’est plus tout à fait de la BD et pas encore un recueil d’illustrations. Ha oui, j’oubliais, le FIBD l’a adoubé, mais ça fait bien longtemps que le FIBD est devenu une FIAC qui ne dit pas son nom.

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    • Répondu le 21 août 2025 à  10:44 :

      Visiblement vous n’avez jamais mis les pieds à la FIAC. Ni perdu l’habitude de déclamer ce que la BD doit être. C’est ce qui s’appelle avoir des œillères.

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      • Répondu par Milles Sabords le 24 août 2025 à  14:00 :

        Ha ! la BD expérimentale, nouvel eldorado pour épater les Inrocks, alimenter les discussions entre les petits fours au FIBD, et la voir exposée à Beaubourg afin d’atteindre des sommet chez Sotheby’s. En fait, vous êtes un snob. Dommage pour Émilie…

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    • Répondu le 21 août 2025 à  15:11 :

      Mille Sabords qui en est encore à critiquer Emilie Gleason 15 ans après… Ok Boomer on a compris que tu préfères Alix senator (excellent part ailleurs).

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      • Répondu par Milles Sabords le 21 août 2025 à  20:09 :

        « Ok boomer » ou l’argument facile ( sans connaître mon âge)… Je ne suis pas fan de l’univers Martin et de cette politique éditoriale d’user jusqu’à la corde un concept.

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        • Répondu le 22 août 2025 à  13:28 :

          Je pense qu’en l’occurrence le « ok boomer » était plutôt ironique. Parler de Diplodocus serait plus pertinent. Puisqu’on en parle, Alix Senator est de plus en plus impressionnant graphiquement. Bien plus que la série-mère.

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          • Répondu par Milles Sabords le 23 août 2025 à  08:09 :

            Alix Senator et l’Alix de Martin sont deux oeuvres diamétralement opposées, et correspondent chacune à des moments de vie de leurs auteurs et à des époques. Vos méthodes de comparaisons sont préhistoriques.

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            • Répondu le 31 août 2025 à  09:19 :

              Diamétralement opposées, faut pas dire n’importe quoi. Tous les ans je lis le nouvel Alix, et le nouveau Alix Senator, et je me régale. On est dans le même univers, et la série dérivée est vraiment une réussite, originale et pourtant très fidèle.

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              • Répondu par Milles Sabords le 31 août 2025 à  15:49 :

                Que les codes soit respectés, c’est normal, mais l’Alix de Martin n’a plus rien à voir avec celui de Mangin et c’est logique, il doit plaire à un autre public, pour une autre époque. On est sur un autre type de produit et c’est voulu. Tant mieux pour vous si vous prenez votre pied.

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                • Répondu le 1er septembre 2025 à  16:48 :

                  Plus rien à voir c’est vraiment très exagéré. Les deux séries sont très proches, dans un registre réalisme franco-belge ultra-daté, mais qu’on aime aussi pour cette raison. Pourquoi on parlait d’Alix, d’ailleurs ?

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