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Favori de la rédaction
20 août 2025
Rien ne va pour les Gugusse. Alors qu’ils doivent prendre le chemin de l’aéroport, Ted, autiste, s’est emmuré aux toilettes desquelles il refuse de sortir. Balou a confondu le sac à jeter à la poubelle et le sac des sandwichs. Les parents, Boris et Doris, peinent à fermer la valise. Quant à la jeune Éleana, dix-sept ans, elle se désespère d’arriver à temps pour l’embarquement, d’autant que le RER rencontre des problèmes sur la ligne et qu’un marginal finit par agresser la famille. La poisse. Et ce n’est que le début du voyage.
Si la famille Gugusse parvient finalement à s’envoler pour le Yolcame, rien ne se passe comme prévu. Les accidents s’enchaînent, les bourdes se multiplient, et les engueulades familiales essaiment tout au long du périple. Comme disait Jacques Chirac, « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». Toutefois, la famille Gugusse rencontre tant de soucis que son patronyme pourrait devenir proverbial quand il s’agit d’évoquer des vacanciers gênants, ou allant au devant de nombreux problèmes.
Présenté ainsi, peut-être pourriez-vous imaginer que Les Gugusse en vacances est un titre qui ne fait que compiler plus ou moins adroitement les incidents comiques. Il n’en est rien. Le récit nous mène à la rencontre de la famille de Boris - que ce soit le frère atteint du syndrome de Diogène ou la mère décidée à exorciser sa petite-fille -, des lieux touristiques et le mariage. La machine scénaristique est parfaitement huilée avec des engrenages artisanaux disposés de manière à vous embarquer rapidement dans l’univers foutraque d’Émilie Gleason.
Chaque personnage de la famille est doté d’une personnalité forte et lorsque celles-ci se percutent, les étincelles illuminent les pages et rythment nos éclats de rire. Les aventures de la famille Gugusse est à l’image de la couverture : sans cesse en mouvement, un rythme survitaminé où les événements vont à toute berzingue. Le talent de l’autrice ne réside cependant pas uniquement dans la caractérisation des personnages ou le scénario. Son talent est également graphique.
En lisant Les Gugusse en vacances, on a le sentiment de lire un cartoon. Il existe un humour, une énergie vitale, un sens du rythme, un graphisme des personnages en constante perturbation, sans qu’à un moment, un seul, un grain de sable ne vienne perturber le bon déroulement de cette farce.
L’autrice a le génie du « graphisme de la métamorphose ». Afin d’exprimer de façon excessive les sentiments de nos anti-héros, leur créatrice malaxe, déforme, étire leur corps et leur imagination. Ceux-ci sont donc sous la pression constante de l’inventivité d’Émilie Gleason qui est considérable et de laquelle peut surgir, d’une page à l’autre, un style graphique très différent.
Si la composition des planches est fondée sur une logique récurrente - cinq bandes étirées -, l’autrice n’hésite jamais à faire exploser sa page afin de servir graphiquement son récit. La vivacité de son trait, de sa narration, ainsi que sa dimension cartoonesque ne sauraient être contenus dans un gaufrier classique. Émilie Gleason n’hésite pas à recourir aux pleine pages et inflige finalement une élasticité à sa composition qui rappelle celle infligée à ses anti-héros. Le fond et la forme ne font qu’un dans un ensemble très coloré, délirant et clownesque.
Ce récit humoristique, plein de démesure dans un contexte a priori plutôt banal - les vacances et un mariage -, n’oublie pas pour autant de porter un sujet. Si Ted, drôle de coco était inspiré par le syndrome d’asperger du frère d’Émilie Gleason, ce second opus du « Tedverse » - ainsi que le qualifie les éditions Atrabile - se focalise sur les relations familiales de Boris et Éleana.
Le père, fou amoureux du guide Michelin, d’humeur solaire contre vents et marées, tient à offrir ce qu’il imagine être le meilleur à ses enfants. Un père parfois étouffant, jusqu’au-boutiste et à côté de la plaque, mais fondamentalement bienveillant à l’égard de sa famille qu’il souhaite idéale, traversée par de fortes différences incarnées en partie par son fils autiste.
Quant à sa fille, elle est une adolescente, presque adulte, qui cherche sa place dans cette tribu à laquelle elle imagine porter une poisse dévastatrice, et qui ne cesse de lui faire honte. Une culpabilité constante l’assomme, tandis que son imagination fertile et débridée ne cesse de la nourrir. En conflit régulier avec son frère Balou au sujet de Ted, Éleana est à la recherche d’une paix intérieure qu’elle pourrait obtenir qu’en ouvrant les yeux sur sa famille. Entre Boris et Éleana, sans parler de Ted, c’est donc le mythe de la famille parfaite qui fait long feu et qui est malmené à chaque page de l’album avec un humour désarmant.
En novembre 2024, les éditions Atrabile avaient publié Ballades de Camille Potte, un brillant récit humoristico-médiéval qui était, à notre humble avis, un des meilleurs titres de l’année. À ce stade de l’année 2025, Les Gugusse en vacances d’Émilie Gleason se positionne sans peine dans le peloton de tête des meilleures bandes dessinées publiées, de celles qu’il faut lire impérativement parmi les 6000 sorties annuelles. On ne dira pas assez combien ce titre déjanté et d’une fascinante liberté fut un véritable plaisir de lecture, hilarant et sensible, un régal à la fois graphique et narratif.
Par Romain GARNIER
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Les Gugusse en vacances - Par Émilie Gleason - Éd. Atrabile - Collection Flegme - 17 × 24 cm - 184 pages - Parution : 4 avril 2025 - 21 euros.
D’autres titres aux éditions Atrabile :
– Ballades - Par Camille Potte - Éd. Atrabile, de Romain Garnier
– La Harde : un récit sororal et anti-validiste, de Anthéa Mariani
– Les Daronnes – Par Yeong-Shin Ma – Ed. Atrabile, de Didier Pasamonik
– Naturellement - Par Yannis La Macchia - Atrabile, de Gaëlle Bedis
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