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Très bon
4 juillet 2024
Dans la première moitié de la bande dessinée, Hippolyte rencontre les membres de SOS Méditerranée. On en comprend le fonctionnement et découvre que des États (L’Italie au premier chef) emploient toutes sortes de subterfuges pour rejeter les migrants loin de leurs côtes.
Fait peu connu mais contemporain des faits relatés : lors de la pandémie (COVID-19), plusieurs navires restèrent bloqués en mer pendant des semaines, parfois même, des mois. Imaginez un peu : plusieurs centaines de migrants entassés sur un navire en plein cagnard (la bande dessinée rapporte même des cas de suicides).
Dans la seconde moitié de l’ouvrage, Hippolyte embarque à bord du navire de sauvetage de l’association : l’Ocean Viking. Il y apprend comment accueillir les migrants – gestes de premier secours, attitude corporelle à adopter, etc.
Il y relate des moments d’une grande poésie – une nuée de mouettes qui passe au-dessus du bateau en pleine nuit. Comme il le confie à l’un de ses camarades : « On a toujours le temps pour la beauté et la poésie. Et puis ça équilibre, on prendra le temps ». On ne peut pas sauver sans être un peu poète. Sauver demande d’être attentif – et qui d’autres que les poètes pour être attentifs aux « murmures » que personne n’écoute ?
Lorsque l’équipe de l’Ocean Viking sauve plus d’une centaine de migrants, Hippolyte intègre aux planches des photographies. Il n’a pas besoin d’en rajouter. Il suffit de regarder les visages pour comprendre leur détresse.
On parle souvent de « migrants », mais l’on oublie que l’on a à faire à des hommes. On ne sauve pas qu’un groupe, on sauve des individus. Et le projet derrière cette bande dessinée est justement de réhumaniser ceux auxquels des passeurs et des États font subir des traitements inhumains : Hippolyte évoque les conditions de détention en Libye ou l’accueil des migrants – parfaitement scandaleux – en Europe.
Par le dessin et le récit, il redonne un visage à ceux que les médias ne nomment souvent que par des termes vagues et généraux. Il retrace l’histoire de Nadine, de Simplice, de Thelma et de ses parents… C’est un ouvrage glaçant – mais l’humanité prend vite le dessus sur l’horreur. Pas de misérabilisme : Le Murmure de la mer est d’abord une ode à ce qui nous rend plus humains.
Par Patrice Loisel
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– En médaillon d’article : © Hippolyte. Les Arènes BD.