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Une fillette au prénom inconnu et sa mère, toutes deux réfugiées d’un pays d’Amérique latine (semble-t-il), arrivent un jour d’hiver enneigé dans un nouveau pays. C’est dans la toute dernière maison d’un village qu’elles trouvent refuge.
Elles sont accueillies chez une sympathique petite mamie. Mais la douceur du foyer d’accueil n’éclipse pas la nostalgie de la petite fille pour son pays d’origine. Une phrase de la mamie attire vite son attention :« - Il fait un froid de démon » .
Cette remarque finit par tomber sous le sens, quand la protagoniste croise la route d’une flopée de démons itinérants. Parmi eux, un petit, tout écarlate, coiffé de cornes et muni d’une queue pointue, évoquant davantage l’archétype du diablotin des enfers. Mais s’il est un poil coquin, il est pourtant aux antipodes de l’image communément admise des serviteurs de Satan. Comme quoi, les apparences peuvent être trompeuses - Même s’il faut garder à l’esprit que c’est encore un enfant. Le fait est qu’on lui donnerait le bon dieu sans confession, ce qui est assez ironique.
Apercevant la fillette, il quitte les siens pour venir à sa rencontre. Cette dernière, bien que de prime abord hésitante et craintive, se laisse peu à peu gagner par une certaine curiosité, prologue d’une profonde amitié. L’album, narré par la jeune fille comme si c’était son journal intime, déroule alors une succession de moments partagés au gré des saisons.
Assez vite, la mère comme la vieille dame s’effacent du récit, laissant toute la place à cette relation singulière et réconfortante. Au retour de l’hiver, le petit démon doit repartir. Un an s’est écoulé, et pourtant, on a l’impression d’assister à la douce complicité d’une parenthèse suspendue, comme ces amitiés nouées le temps d’une colonie. Ils n’espèrent qu’une chose : se revoir l’an prochain. Nul doute qu’ils comptent les jours. D’une certaine manière, les deux enfants ne sont pas si différents. Ils ont le point commun d’être étrangers en ce pays et c’est un peu ce qui les rassemble.
Au vu du titre - Le Démon de l’hiver - on pouvait s’attendre à une rencontre saisonnière, avec un départ aux premières fleurs du printemps. Le fait est que la troupe démoniaque apparaît chaque hiver et que le petit diablotin en profite pour repartir avec eux. Ainsi, toute une partie du récit ne se passe pas en hiver. Mais pourquoi mettre l’accent sur cette saison ? L’élément de la créature est indéniablement le feu, ce qui dénote quelque peu. Quelques autres détails questionnent : Quand le diablotin veut déguster une glace, elle fond immédiatement dans sa main, alors que sa chaleur corporelle - sans doute issue des tréfonds des Limbes - n’a aucune incidence sur le reste, comme par exemple ses vêtements, les câlins et… la neige.
Au début, on peut imaginer que le diablotin est comme un ami imaginaire créé par la jeune fille pour combler un vide et un léger mal du pays. Si le chien du foyer peut le voir, on peut attribuer cela à la croyance comme quoi les animaux seraient particulièrement sensibles au surnaturel. Mais on constate vite que les autres humains le voient aussi, pensant qu’il est déguisé ou qu’il a pris un coup de soleil.
Il y a d’autres petits détails qui interpellent, mais évitons de trop en dire pour ne pas vous gâcher la lecture. La légère frustration ressentie n’enlève rien à la beauté des tranches de vie partagées par les deux protagonistes. En outre, Le démon de l’hiver est avant tout un récit contemplatif, qui effleure avec poésie les thématiques de la différence, l’amitié et, de manière générale, l’éveil.
L’univers graphique de Toni Galmés pourrait se résumer en un mot : mignon (à l’image de ses personnages). Cette douceur est renforcée par de belles couleurs aquarellées et un trait encré laissant apparaître le crayonné, qui renforce le charme et la légèreté. Le style fait un peu penser à celui de David Evrard, sur Les Amis de Spirou, par exemple.
Par Rémi BARNAULT
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Le démon de l’hiver est en vente aux éditions Delcourt, pour 11,50 €.