Très bon
26 novembre 2025
Ce n’est pas la famille Adams, ni la famille Fenouillard, encore moins la famille Illico !
Et pourtant quelle famille que celle de ce Pierrot, jeune facteur particulièrement laid vivant dans cette grande maison bourgeoise située juste avant la forêt ! Ses parents ne sont ni ordinaires, ni très classiques ! Yvette la mère, règne en patronne sur toute la maisonnée et pratique la magie vaudou sur son entourage avec des succès divers très, très relatifs ! Ainsi après avoir transformé son mari en statue-tronc, elle a également jeté un sort à son fils. Lui avide de succès féminins se voit attribué une image d’hidalgo dans les miroirs, une apparence physique bien loin de la réalité et qui ne sera pas sans lui amener de sérieuses déconvenues. Pour celui qui se voudrait irrésistible, c’est une source de déconvenues et de malentendus permanents.
Les effets désastreux des expériences de la daronne sont sans limite et aux conséquences inattendues ! Ainsi le « petit personnel » de maison en créatures monstrueuses, hideuses réfugiées dans les buissons du jardin. Parmi celles-ci, la petite Frimousse est follement amoureuse de Pierrot. De ses lointains voyages le couple a aussi ramené d’Afrique un autochtone : Gildas Paterne, serviteur noir au look colonial old school, genre « Banania », seul personnage au comportement à peu près normal et cohérent dans cette étrange tribu. Du point de vue de la narration, il fait le lien entre les différents personnages usant le vocabulaire d’un anglais scolaire et approximatif.
Dans cet petit univers fortement déjanté on croise aussi une bouée canard philosophe, des plantes dangereusement carnivores, des policiers aux manières aussi décalé leur look.
Tout ceux-là se retrouvent immergés dans un univers loufoque et délirant sous l’autorité de la cruelle et désinvolte Yvette dont la dernière lubie a consisté à recruter la prostituée Mimi pour l’offrir à son mari. Celle-ci ressemble au mannequin dont Pierrot est tombé furieusement amoureux. Cette méprise va être à l’origine d’un véritable bouleversement au sein de cette maison avant la forêt aux conséquences aussi absurdes qu’incalculables.
À la lecture du pitch concocté par le duo Djian-Loisel, on constate vite que ce récit fait une large place au délire, au loufoque et à la « grande déconnade », parti pris assumé et fortement revendiqué par l’auteur de la Quête de l’Oiseau du temps.
Sur un rythme riche en rebondissements, la narration hésite entre ambiance fantastique et délires coquins, entre humour et une galerie de portraits truculents ; une intrigue dont la folie et le bouillonnement participent d’un tourbillon baroque dans lequel se débattent les personnages. une cohabitation dans un univers foutraque et déjanté où se multiplient les références à des éléments de pop culture des chasses du Comte Zaroff aux décors de la Belle et la Bête ; en passant par l’évocation de célébrités des petits formats comme Zembla, ou Akim. Une manière habile et truculente d’entraîner une certaine génération dans un délire narratif, qui a plus à voir avec la déconnade qu’avec la nostalgie.
Ambiance et références dont semble se délecter avec malice (et talent !) Régis Loisel qui renoue avec la patte caractéristique de ses débuts. Pour apprécier complètement cette histoire, le lecteur devra accepter de se faire embarquer dans une comédie entre farce baroque et conte fantastique. Pas d’inquiétude ! Les auteurs s’y emploient avec brio ; laissez-vous faire ! On replonge avec plaisir dans l’imaginaire et les styles graphique et narratif de l’auteur de Peter Pan, reprenant des tons très sombres, jouant avec l’ obscurité, les scènes de nuit et ...un humour noir (!).
On relèvera la qualité technique, maquette et reliure soignées d’un volume de plus de 150 pages ainsi qu’un format particulièrement généreux ; autant d’éléments qui contribuent à faire de cet album un bien bel écrin pour apprécier le travail du maître !
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