Une analyse intime du virilisme
Alors que Pierre, petit garçon, s’est posté en observation pour dessiner un tétras-lyre (coq de bruyère vivant dans les montagnes savoyardes) dans son état naturel, la première chose à laquelle songe son père est de mettre un fusil entre ses mains. Chasseur, conservateur et raciste, le père de Pierre incarne tout ce qui peut menacer le bon développement d’un jeune homme gay, hypersensible et artiste dans l’âme. Épaulé tant bien que mal par son autre figure paternelle, Edouard, cinquantenaire esseulé qui les accompagne, son père et lui dans les montagnes, Pierre échoue à perpétrer les codes virils que tente de lui inculquer son père.
À mesure que la relation père-fils se dégrade au cœur d’un écrin naturel époustouflant, David Combet superpose le récit d’un Pierre adulte, artiste trentenaire en questionnement sur sa pratique. Invité au vernissage d’un plasticien dont il admire profondément le travail, le jeune homme saisit l’occasion d’avoir un rapport avec lui… qui se révèle brutal à son égard. Alors que la question de se soumettre à nouveau au schéma de violence de l’homophobie se pose, Pierre passe un cap en confrontant la toxicité de son partenaire d’un soir.
Refusant de subir la violence d’une certaine homophobie intériorisée par son partenaire, Pierre ébranle le socle de la soumission, se révolte et vit un second rite de passage mêlant son homosexualité et sa qualité d’artiste.
Désamorcer la violence au sein d’une communauté stigmatisée
En choisissant de construire un récit en miroir, David Combet fait dialoguer deux rites de passage dans la vie de Pierre. D’une part, la découverte et la répression immédiate de son homosexualité lors des randonnées avec son père quand il était enfant, et d’autre part son exploration puis sa rébellion face aux violences qu’il rencontre à la trentaine au sein de la communauté gay.
En tirant un parallèle entre ces deux périodes de la vie de Pierre, David Combet met en lumière la violence des relations interpersonnelles que peuvent subir les personnes queers, qu’elles proviennent de la cellule familiale ou même — comble de l’ironie — au sein même de la communauté. En écho avec Ce que Grindr a fait de nous, de Thibault Lambert, La Mise à mort du tétras-lyre exhibe le système de prédation sexuelle qu’aggravent certaines applications de rencontre problématiques.
À rebours de cette montée en puissance de la violence, la bande dessinée esquisse aussi des moments d’apaisement comme autant d’ouvertures sur une désescalade de la prédation. Lorsque Pierre calme la crise de claustrophobie d’Ilyès, lorsque Edouard prend le temps de calmer le jeune Pierre après une grave dispute avec son père, chacune de ces scènes ouvre la possibilité de se réapproprier la douceur et la connivence, aussi bien dans l’intime familial (Edouard étant une figure paternelle) que communautaire (Ilyès était une personne queer aussi).
Par Anthea MARIANI
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La Mise à mort du tétras lyre - David Combet - éditions Glénat
Parution : 24 septembre 2025
Nombre de pages : 288
Prix : 29 €