Très bon
30 novembre 2024
Jeune diplômé d’une école de journalisme, Guillaume est plein d’espoirs : il va enfin être l’une des voix et l’un des visages du « quatrième pouvoir », pilier fondamental des sociétés démocratiques. « Notre métier est de porter la plume dans la plaie » écrivait son modèle, Albert Londres, symbole du journalisme d’investigation, qui révèle au grand public ce qu’il ignore, et défie les puissants.
Engagé par la chaîne NewTV, il commence son premier jour de travail en arrivant à 3h à la rédaction, pour préparer la matinale. Il y trouve des collègues fatigués et rongés par l’ennui : ce sont des « deskeurs » : ils sont chargés de créer et de monter des reportages depuis leur open space. Un travail répétitif, très loin du terrain, et peu valorisant : les nuits sont décalées et la vie sociale complètement perturbée. Le chemin vers l’investigation est encore loin... Mais, progressivement, Guillaume est appelé à sortir du bureau, flanqué de Gérard Picard, plusieurs fois primé, ancien otage, qui a une sacrée réputation. Cependant, le travail consiste à faire des micro-trottoirs ou à tendre le micro à des députés qui déblatèrent leur discours tout cuit sans même prêter aux questions. Sur n’importe quel sujet, il faut trouver un partisan et un opposant, sans compter les immanquables « marronniers », ces sujets qui reviennent périodiquement et dont l’intérêt est relatif : il y a de la circulation lors des départs en vacances, il neige en hiver...
Toute ressemblance avec des situations réelles n’est évidemment pas fortuite : Pierre Millet-Bellando a démarré sa carrière de journaliste à la télévision, dans une grande chaîne d’information en continu. Il en tire un récit désenchanté sur un milieu qui l’a profondément déçu, du moins à ses débuts, lorsque les jeunes recrues sont cantonnées à des conditions de travail infernales, et tout ça pour satisfaire la téléspectatrice moyenne – la fameuse Madame Michu -, considérée comme pas très maline, pour laquelle il faut trouver des sujets simples et consensuels.
Mais le scénariste sait saisir avec recul et humour – ce que traduit le trait souple de M. LeRouge - quelques tendances du journalisme, comme la concurrence entre les journalistes « stars » et « les petits soldats du journalisme », d’après le titre d’un ancien ouvrage de François Ruffin, perçu comme une incontournable référence par certains jeunes journalistes qui s’y retrouvent bien. Millet-Bellando n’omet pas d’aborder la défiance que suscitent aujourd’hui les chaînes d’info en continu, perçues comme partiales et ne s’intéressant pas à la vie réelle et à ses contraintes, préfèrent partir en quête des opinions les plus polarisées et outrancières. On est bien loin d’Albert Londres dont l’ombre, fréquemment représentée au dessus de l’épaule de Guillaume, voit ces évolutions d’un oeil bien moqueur.
Par Damien BOONE
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