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Excellent
22 avril 2026
Les Contes de Tôno (Tôno monogatari) est un recueil fondateur signé Kunio Yanagita et publié en 1910. Comme son titre le suggère, il s’agit d’une compilation d’histoires et de légendes recueillies dans la région de la ville de Tôno, c’est-à-dire la préfecture d’Iwate, située dans le nord-est du Japon. Cet ouvrage est considéré comme le texte fondateur de l’ethnologie japonaise
Il y est question d’anciennes traditions, de la nature, du cycle de la vie et de la mort, et surtout, au cœur de tout cela, des yôkai, ces créatures ou entités à l’origine de phénomènes étranges ou surnaturels. Liés à la culture animiste des différentes populations de l’archipel et au culte des kami, divinités ou esprits du shintoïsme, les yôkai les plus connus de nos jours proviennent en grande partie des récits des Contes de Tôno.
L’ouvrage de Kunio Yanagita compte plus de 100 histoires, généralement très courtes. Dans le cadre de cette adaptation manga, Kujiraba a dessiné seulement quatre histoires. Chacune synthétise plusieurs récits autour d’un sujet particulier : Oshira-sama, Kappa, renard et loup. De plus, les histoires sont accompagnées de commentaires de Masaki Ishii, professeur à l’université Tokyo Gakugei, qui a également supervisé le recueil.
L’histoire la plus curieuse est certainement celle qui ouvre le recueil et qui se rapporte à la légende de Oshira-sama, une divinité tutélaire du foyer, née d’un étalon et d’une femme. Les amours inter-espèces sont assez courantes dans le folklore asiatique, et l’histoire suivante, autour des Kappas, créatures aquatiques, propose également ce thème. Les commentaires de Masaki Ishii aident à comprendre le sens que pouvait revêtir ce type d’histoire, comme la dangerosité des rivières, mais aussi l’abandon de nouveau-nés pour réguler la population des villages de montagne.
Le troisième chapitre présente les fameux renards métamorphes, les Kitsune. Ici ce n’est pas tant leur propension à duper les humains dont il est question que de leur faculté à accueillir les âmes humaines pour leur servir de véhicule. Quant à la quatrième histoire, c’est la plus longue de toutes, occupant presque la moitié de l’ouvrage. Il s’agit d’une immense fresque sur le loup du Japon, aujourd’hui disparu, narrant son extinction, sous le regard d’un dieu cerf impuissant. Une histoire forte et émouvante, qui rappelle que ces légendes sont avant tout l’expression du rapport de l’homme à la nature.
Un recueil d’histoires fascinantes, poétiques et parfois cruelles, portées par le trait gracieux et doux de Kujiraba. Bien que court et centré sur quelques mythes, la lecture se révèle passionnante, et même les habitués du folklore japonais apprendront certainement des choses. Son seul défaut est finalement de ne proposer qu’un bref aperçu de l’immensité des mythes et folklores japonais.
Par Guillaume BOUTET
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Les Contes de Tôno. Par Kujiraba. Supervision : Masaki Ishii. Traduction : Grégoire Labasse. Éditions Vega, collection "Alpha". Sortie le 9 janvier 2026. 216 pages. 12,50 euros.