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25 février 2026
Bien sûr, quand on vous évoque, pour les plus jeunes d’entre vous, les albums de Blake & Mortimer, d’Alix, de Corentin, de Chick Bill, de Modeste & Pompon…, vous pensez à ces grands albums classiques imprimés en offset, souvent aux couleurs refaites. Vous pensez que le rapport émotionnel est lié au dessin, à l’histoire, aux heures enfuies de l’enfance de vos aînés.
Mais il y a plus que cela pour ces mômes nés au siècle dernier dans les années 1950-1960 : il y a l’objet, ces couleurs pimpantes, ce papier d’une qualité supérieure, ce dos d’étoffe rouge, ces ouvrages cousus, truffés de dessins inédits (pages de titres, culs de lampes…), ces maquettes et ces typographies souvent faites à la main, avant l’ère de Photoshop et d’In Design.
On oublie que le soin qu’apportent souvent aujourd’hui les éditeurs à leurs ouvrages descend d’une tradition, une longue lignée qui part des « livres de prix » du début du XXe siècle, dont faisaient partie les Bécassine, les Gédéon, les Zig & Puce, les Mickey d’Hachette, et les Tintin, jusqu’aux albums du Lombard et de Dupuis des années 1950, qui étaient, il faut en convenir, de véritables œuvres d’art.
Vous en doutez ? Sachez que les albums Tintin d’avant-guerre ont été exposés dans les plus grandes institutions muséales comme le MoMArt de New York non seulement parce qu’ils étaient porteurs d’une icône de la pop culture que personne ne conteste, mais aussi en raison de la qualité de leur design. Ces albums noir et blanc de Tintin d’avant-guerre avec leur pagination généreuse, leur papier bouffant, leur hors-textes couleurs, leur dos rond en percaline, constituent pour les collectionneurs une part importante et indispensable du mythe. C’est pour cette raison, et non pour le seul dessin ou pour l’histoire, que certains de ces volumes à l’état neuf peuvent valoir de nos jours plusieurs dizaines de milliers d ‘euros.
De Tintin à Blake et Mortimer
Il y a une filiation, bien évidemment, entre ces Tintin d’avant-guerre et les beaux albums couleurs du Lombard qui apparaissent dans les années 1950, notamment le premier d’entre eux, Le Secret de l’Espadon de Blake et Mortimer d’Edgar P. Jacobs : c’est le graphiste qui les a conçus. Il faut dire qu’il était un familier de Jacobs (il avait été son témoin de mariage), mais aussi d’Hergé !
Il s’appelle Eugène Van Nijverseel (1910-1984), alias Evany. Employé comme garçon de courses au Petit Vingtième, il est le premier assistant d’Hergé qui lui confia des travaux d’encrage et même le dessin de la suite de Totor CP des hannetons au Boy-Scout belge. C’est à lui que l’on doit les fameux titres biseautés de Tintin, ou encore les maquettes faussement nommées « peau d’ours » et les dos à damier de la collection du Lombard.
Au lieu des dos de percaline ou de papier colorés de guerre ou d’avant-guerre, il choisit une toile rouge au vermillon superbe. Les albums sont imprimés chez Van Cortenbergh, l’un des meilleurs imprimeurs bruxellois, sur des machines offset récentes achetées juste après la guerre. Les couleurs, faites sur bleus de coloriage, une méthode mise au point par Casterman pour Hergé et Tintin pendant la guerre, étaient parfaitement reproduites, avec une colorimétrie particulièrement soignée. Hergé, directeur artistique du Journal tintin, en prit même ombrage, trouvant l’Espadon mieux imprimé que ses propres albums !
Une enquête impressionnante
Ces anecdotes, et bien d’autres, sont rapportées par la brillante enquête que Jérôme Dupuis a faite pour cet ouvrage. C’est n’est pas tous les jours qu’un grand reporter de L’Express et de Paris Match, consacre son temps et sa méthode d’investigation à un sujet aussi pointu.
Bien écrit, appuyé sur des documents et une enquête solide, cet ouvrage est passionnant car il raconte l’écheveau d’intrigues qui caractérise les coulisses de l’histoire du Journal Tintin dans les années 1950-1960 avec « l’association concurrentielle » un peu forcée entre Casterman, l’éditeur historique de Tintin, et le jeune entrepreneur plein de fougue et de talent que fut Raymond Leblanc, l’éditeur du Journal Tintin et des éditions du Lombard. Entre les tentatives de « putsch » de Hergé et Casterman jusqu’à l’avènement mythique de la collection qui permit à Leblanc et au Lombard à prendre son envol, les anecdotes foisonnent.
L’autre partie passionnante de l’ouvrage est le travail érudit d’Olivier Bigard qui recense chaque édition, chaque variation, de chacun de ces albums mythiques. C’est éblouissant et on referme cet ouvrage de référence avec une bouffée de nostalgie nimbée de plaisir. Si vous n’êtes pas collectionneur des albums de l’éditeur bruxellois, la simple lecture de cet ouvrage merveilleux fera de vous un converti. Gare au portefeuille !
Par Didier PASAMONIK
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Les Secrets de la collection du Lombard – Par Olivier Bigard et Jérôme Dupuis – Ed. PLG, collection « Mémoire vive ».
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