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Le Luxembourg ? Ce confetti blindé de banques fiché au cœur de l’Europe entre l’Allemagne, la Belgique et la France, il y a de la BD là-bas ? Eh, bien oui, ma bonne dame, il y a de la bande dessinée partout, figurez-vous ! Et ça parle français ? Ah non, mon bon monsieur, luxembourgeois, un idiome germanique pas très loin de l’allemand. Et ça vaut le coup ? Mais oui. Voyons cela.
On prend en main L’Histoire de la bande dessinée au Luxembourg du XIXe siècle à nos jours, dirigé par Lydia Alegria et Renaud Chavanne sous la supervision de Claude Kremer. On nous y apprend que le Grand-Duché du Luxembourg est un produit du Congrès de Vienne (1814) à la suite de la chute de Napoléon. La BD y naît comme partout ailleurs vers la fin du XIXe siècle. Elle est très locale, apparaissant dans des quotidiens, des revues ou des feuilles satiriques du coin. Des noms émergent à diverses périodes, de vrais talents. Leur méconnaissance rejoint celle que nous avons de la presse régionale (la PQR, comme disent les Français) : ce sont des artistes dont les sujets et la langue ne s’adressent qu’aux locaux.
Quand même, on découvre au XIXe les feuilles satiriques D’Wäschfra et De Gukuk, ainsi qu’une première individualité nommée Albert Simon qui va rayonner plusieurs décennies et dont le talent est tel que l’on se demande pourquoi il n’a pas traversé la frontière. Les noms et les titres s’enchaînement sans que ce soit marquant, jusque dans l’après-guerre où l’on remarque Pierre Bergem, très influencé par Milton Caniff et dont les BD auraient très bien pu être publiées dans Tintin, sous le label liégeois Gordinne, ou encore dans Cœurs Vaillants. Idem pour Félix Mersch, Gab Weis qui règne jusqu’en 1972, auquel succède Serge Weis dont le talent est tout aussi indéniable.
Les années 1980 sont marquées par un phénomène : Superjhemp (1987). C’est une espèce de SuperDupont luxembourgeois, best-seller régional dessiné par Roger Leiner (1955-2016), qui a regardé aussi bien Robert Crumb que Marcel Gotlib et scénarisé par Lucien Czuga. Un superhéros qui tire sa force du Kachkéis que les Français nomment la cancoillotte (un fromage fondant à base de metton) et qui, sous son identité superhéroïque, est un fonctionnaire de l’État se nomme Charel Kuddel. C’est le gros succès luxembourgeois (31 titres et 200 000 exemplaires vendus) qui a même fait l’objet d’une adaptation au cinéma !
Ce personnage, « cousin de SuperDupont » (selon Lucien Czuga [1], dont les aventures font allusion à la politique et autres people luxembourgeois, peut-il intéresser un public au-delà du Grand-Duché ?
Le festival SoBD et les éditions Patayo pensent que oui, puisqu’ils ont traduit en français le premier tome de ses aventures à l’occasion de l’événement parisien. Et, de fait, cet album où des « exploseurs » multiplient les attentats en dépit de la vigilance de la police (dont le chef est une caricature de l’inspecteur Bourdon dans Ric Hochet) voit arriver le super-héros luxembourgeois dans une suite d’aventures loufoques émaillées de jeux de mots. C’est drôle, cela se lit comme un Astérix, avec des jeux de mots plutôt fûtés (et même une citation de Raymond Queneau, si, si…) qui doit sauver le « Luxebourg » des exactions d’un terroriste « par principe » qui veut que l’on vire toutes les banques du pays, c’est dire si c’est loufoque. Une sympathique découverte !
Par Didier PASAMONIK
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Photo et vidéo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
[1] Renaud Chavanne rend hommage à Jacques Lob et à Gotlib, ainsi qu’à tous les cousins du super-héros français dans la postface