L’art de Gabrielle Vincent, la créatrice d’Ernest et Célestine

Par Didier PASAMONIK Favori de la rédaction 22 octobre 2024 
On pense toujours que la génération des créateurs de l’âge d’or de la bande dessinée belge est sortie ex nihilo, comme Athéna, armée et casquée, du crâne de Jupiter ; elle est en réalité le produit d’une longue tradition artistique qui va des primitifs flamands à Magritte. Gabrielle Vincent (1928-2000), si elle l’avait voulu, avec son trait virtuose et juste, aurait pu faire de la bande dessinée, genre Catherine Meurisse ; elle a fait quelques pages d’ailleurs qui relèvent de l’art séquentiel. Mais elle a préféré se consacrer au livre pour enfants, avec le succès que l’on sait, et c’est donc son dessin qui nous éblouit avant tout.

De son vrai nom Monique Martin, Gabrielle Vincent est née à Bruxelles en 1928 et fait les Beaux-Arts dans la même ville quelque vingt ans plus tard, où elle reçoit une solide formation de peintre et de sculptrice classique. Disciple du Malinois Jan De Smedt, elle s’engage dans une vie d’artiste et sa peinture accroche l’œil des critiques de l’époque. Elle dessine au quotidien de beaux carnets pris sur le vif où elle croque des instants de la vie bruxelloise, ou des impressions de voyage.

En 1981, elle publie son premier livre pour enfants aux éditions Duculot, l’éditeur du Bon Usage de Maurice Grévisse, ce sont les premières aventures d’Ernest et Célestine. Son crayonné ample rehaussé à l’aquarelle, croque avec justesse la petite ménagerie dans laquelle évoluent la petite souris Ernestine et son mentor l’ours Ernest, quasiment au rythme d’un par an jusque vers l’an 2000. Entretemps, le catalogue Jeunesse des éditions Duculot a été absorbée par Casterman, aujourd’hui filiale du groupe Gallimard.

L’historien d’art Roger Avermaete avait cette théorie : « Les Flamands sont des peintres et les Wallons des dessinateurs. » Même si cela se vérifie quelque peu, la Bruxelloise Gabrielle Vincent est en parfait équilibre entre ces deux pratiques. Les aquarelles, quand elles se laissent aller, ont bien cette dimension picturale plutôt héritée d’une lecture attentive de la pratique de Degas ou de Toulouse-Lautrec.

À une époque où l’édition parisienne du livre pour enfants s’esbaudit des audaces de l’éditeur Harlin Quist ou du Sourire qui mord, la collection de Gabrielle Vincent, un peu à la manière des albums du Père Castor, reste dans une tradition classique d’albums pour enfants sages. On est dans la lignée -même si elle détestait la comparaison et se revendiquait plus d’Arthur Rackham- des graphismes de Beatrix Potter : un dessin doux, tendre, enveloppant, qui aide l’enfant à s’endormir d’une manière apaisée.

Gabrielle Vincent a été plusieurs fois primée que ce soit au titre de Meilleur livre de jeunesse au Salon du Livre de Montreuil ou par le Prix Sankei Children’s books Publications Prize au Japon,…

Les Editions Maghen viennent de publier une magnifique monographie à son sujet, un artbook qui rend justice à cette autrice qui a vendu ses héros à plus d’un million d’exemplaires, magnifiquement adaptée au cinéma en 2012 par Benjamin Renner et Vincent Patar, César 2013 du meilleur film d’animation. Les amateurs de dessin et les nostalgiques de l’enfance arriveront bien à glisser cette merveille sous le sapin à Noël.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782356741752

Patchwork – Une biographie en images de la créatrice d’Ernest et Célestine – Par Gabrielle Vincent – 304 pages – 39€

Daniel Maghen ✏️ Gabrielle Vincent Etude sur la BD Belgique Bruxelles Toulouse Montreuil Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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