L’annonce du décès de Kiriko Nananan

Par Didier PASAMONIK 26 décembre 2025 
On n’apprend qu’aujourd’hui, pour des raisons familiales, le décès il y a un an exactement de Kiriko Nananan (14 décembre 1972 - 25 décembre 2024) à l’âge de 52 ans. Cette mangaka, que l’on connaît en France grâce au travail d’éditeur de Frédéric Boilet qui avait publié son premier titre, Blue, chez Casterman dans la collection Sakka dès 2004, avait reçu en 2008 le Prix de l’EESI (École européenne supérieure de l'image) ce qui lui valut d’être distinguée par une exposition à Angoulême en 2009.

Mangaka par vocation, elle sait très tôt que le dessin sera son langage et copie comme beaucoup les mangas de sa jeunesse. Sa trajectoire bascule avec la découverte d’Okazaki Kyoko, l’une des grandes signatures du manga josei (féminin pour adultes) en particulier Pink (1989) qui agit sur elle comme une révélation : oui, une femme peut s’emparer du manga avec une liberté totale, hors des carcans moraux et narratifs imposés aux revues pour jeunes filles ! Cette prise de conscience fonde son rapport à la création.

Arrivée à Tokyo, elle découvre la fameuse revue Garo, creuset du manga moderne des années 1960-1980. Elle y publie à vingt ans ses premières histoires (1993). Étape décisive : elle lui permet de définir son propre style, lequel s’affirme rapidement : un dessin dépouillé, minimaliste, où chaque case est pensée comme une image autonome, presque une affiche. Le blanc et le noir deviennent des matières expressives à part entière, le positionnement d’un visage ou d’un texte relève d’une décision quasi architecturale. Elle fait partie de cette génération que Frédéric Boilet qualifia de « Nouvelle Manga ».

Dans Blue (1996), cette recherche atteint une rare intensité. Le vide y devient un outil narratif, capable d’exprimer la tristesse ou le trouble avec plus de force qu’une image « normale ». Le mot de Mallarmé, « Suggérer, voilà le rêve ! » s’applique ici. Blue puise dans une expérience intime : l’ambiguïté des sentiments adolescents, la jalousie, l’attachement amoureux encore sans nom. Sans jamais revendiquer l’autobiographie pure, ses fictions sont nourries de sensations réellement vécues, accentuées, déplacées, recomposées. Ce manga sera adapté en 2001 au cinéma.

Travaillant seule, sans assistant, elle revendiquait un contrôle total sur chaque élément nécessitant des dizaines de retouches pour atteindre la justesse recherchée dans l’exploration des émotions, des silences, des failles... Une méthode pas vraiment en phase avec l’industrie dominante au Japon...

En France, la plupart de ses œuvres ont été publiées par Casterman dans la collection Sakka : Blue (2004) puis dans la collection Ecritures, Every Day (2005), Strawberry Shortcakes (2006, adapté à l’écran elle aussi), Amours blessantes (2008), Rouge Bonbon (2008), Water (2009) et Fragments d’amour (2010).

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : ‎ 97822030567
Casterman Sakka ✏️ Kiriko Nananan Japon Tokyo Marché de la BD : Faits & chiffres Décès 2025
 
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2 Messages :
  • L’annonce du décès de Kiriko Nananan
    28 décembre 2025 08:09, par cjmusashi

    Une triste nouvelle, elle était vraiment à part
    Dommage que ses titres soient laissés à l’abandon par les éditeurs

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    • Répondu le 31 décembre 2025 à  00:08 :

      Probablement parce qu’ils ne se vendaient pas beaucoup. Mais elle était géniale. Elle a dessiné certaines des plus belles planches de la bande dessinée japonaise, toutes époques confondues.

      Répondre à ce message

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