Bon
1er août 2025
La vulgarisation de l’histoire de France suscite toujours l’intérêt d’un large public. Que ce soient les émissions télévisées présentées par Stéphane Bern ou les ouvrages littéraires de Max Gallo, l’attrait pour cette présentation simplifiée (quand elle n’est pas romancée) de l’histoire ne se dément pas.
Quelle gageure que de tenter de nous expliquer les guerres de religion du XVIᵉ siècle ou la lutte pour l’hégémonie en Europe durant ces deux règnes en un album de bande dessinée. Que dire de l’art, alors que le nom de Léonard de Vinci n’est même pas prononcé (si ce n’est dans le maigrelet dossier en fin d’album) ; qu’il n’est pas mentionné que les somptueux palais de Fontainebleau, Chambord, Blois, Amboise ont été construits ou agrandis à l’instigation de François Ier. Qui étaient Ronsard, Montaigne, Rabelais, … ?
Si une partie de chasse nous est présentée dès la superbe couverture signée Ugo Pinson, on cherche les bals et les représentations théâtrales qui font pourtant rêver et sont le reflet de la vie fastueuse de la Cour.
Ces doléances formulées, il est vrai qu’à l’impossible nul n’est tenu et qu’on ne s’attendait pas non plus à un cours complet sur la Renaissance en 120 pages. Si le scénario et le graphisme laissent le lecteur sur un goût de trop peu, il a toutefois le mérite de nous montrer les rois dans leur intimité et de nous en exposer quelques facettes.
Au nombre de pages consacrées aux combats menés par François Ier, le souverain absolu nous est présenté comme un roi guerrier. Bien sûr, on ne pouvait pas passer à côté de la bataille de Marignan ni de celle de Pavie, au cours de laquelle il fut fait prisonnier (et les conséquences nous sont bien exposées). Mais n’oublions pas, et pour rester dans l’essentiel, les grandes décisions prises au cours de son règne, comme les actes judiciaires qui seraient désormais écrits en français (alors qu’ils l’étaient en latin), ou qu’il créa l’enseignement supérieur qui devint le Collège de France, pour ne citer que deux incontournables.
Ce double album ne propose pas ce qu’il ne promet pas, à savoir une vision exhaustive du règne de François Ier et d’Henri IV. On regrette que cette collection ne consacre pas le double de pages à ce sujet si prenant. La lecture reste néanmoins intéressante. Des détails comme la « mazze » (figurine accrochée à une porte, dans laquelle enfonçaient des clous ceux qui votaient pour l’ostracisme de la personne visée et dont on confisquait tous les biens par la même occasion) sont explicites.
De manière concrète, les auteurs décrivent le jeu très changeant des alliances entre royaumes. Ils démontrent le besoin incessant d’argent et que les tout-puissants étaient, en fait, les plus vulnérables (complot, assassinat, tentatives d’empoisonnement, maladies contagieuses, et un décès pouvant bouleverser complètement le rang d’accession au trône). En dépit d’une vie fastueuse, leur sort n’était pas si enviable.
Cette collection allumera sans doute cette flamme chez certains apprentis historiens en devenir, et c’est en soi déjà un très grand mérite. Il est toutefois dommage que certains aspects majeurs aient été relégués aux oubliettes.
Par David SPORCQ
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