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Bon
26 mars 2026
Si vous suivez un peu l’actualité manga de ces dernières années (ou si vous êtes des personnes de bon goût et suivez ActuaBD), vous n’avez pas pu manquer L’Atelier des sorciers. Entre une critique dithyrambique signée notre rédacteur Aurélien Pigeat et une exposition qui lui a été consacrée à Angoulême en 2025, la série s’impose clairement comme l’un des nouveaux piliers des éditions Pika. Dans la lignée de The Ancient Magus’ Bride, le manga raconte une histoire de magie intimiste, bien loin des shōnen aux enjeux galactiques et des shōjo romantiques.
L’histoire de L’Atelier des sorciers est plutôt simple. Né sous la plume de Kamome Shirahama, pour qui il s’agit seulement de la deuxième série, le manga raconte l’histoire de Coco, une petite fille fascinée par la magie et les sorciers. Mais dans ce monde fantastique, seuls quelques élus peuvent manipuler cet art. Or, Coco est la fille d’une couturière et semble dépourvue de tout pouvoir. Résignée à laisser la magie au placard des rêves inaccessibles, elle se console en relisant un étrange livre de dessins acquis lors d’un festival de son enfance. Tout bascule le jour où un mystérieux sorcier, Kieffrey, s’arrête devant la boutique familiale. Fascinée, Coco découvre alors le secret de la magie : ce ne sont ni des formules alambiquées ni des pactes de sang qui confèrent des pouvoirs, mais des dessins à l’encre ! Plus motivée que jamais, elle rouvre son vieux livre et tente de reproduire l’un des croquis. Mais la curiosité est un vilain défaut… Par inadvertance, elle lance un puissant sort, qui emprisonne sa maison et sa mère dans du cristal. Sauvée in extremis par Kieffrey, Coco se retrouve seule et rongée par la culpabilité. Brisant les protocoles des sorciers, Kieffrey décide de la prendre sous son aile et de lui enseigner la magie afin de briser le sort. Lui aussi semble particulièrement intéressé par l’ancien livre de Coco…
C’est en 2022 que le studio Bug Films, filiale de Twin Engine fondée en 2021, annonce se charger de l’adaptation. Initialement prévue pour 2025, la sortie est finalement reportée à 2026 afin d’éviter le crunch et de préserver la qualité de production (on vous regarde, One Punch Man…). Le grand jour est enfin arrivé ! Les premiers épisodes seront diffusés sur Crunchyroll à partir du 6 avril 2026, mais nous avons eu la chance de les découvrir en avant-première. Alors, cette adaptation tient-elle ses promesses ?
D’emblée, on retrouve le ton de l’œuvre originale. Bug Films a su capturer l’atmosphère envoûtante de Kamome Shirahama et l’adapter avec brio. Les couleurs chaudes et lumineuses, les jeux de lumière, l’esthétique autour du livre et de l’encre : le studio a parfaitement saisi l’essence du matériau de base. L’anime prend son temps, ralentit le rythme et laisse plusieurs secondes aux sorts pour se déployer et se matérialiser. Il s’inspire clairement du concept du « Ma » (le vide, l’espace), cher à Hayao Miyazaki. Le « Ma », ce n’est pas l’absence d’action, mais le temps suspendu entre deux actions, celui qui permet au spectateur de respirer et de s’immerger dans l’univers. Le meilleur exemple est sans doute le voyage en train dans Le Voyage de Chihiro, où les personnages restent assis, sans rien faire, pendant de longues minutes. L’Atelier des sorciers s’inspire de cette approche, laissant chaque sort se tracer et s’animer, ce qui met aussi en valeur le talent du studio. Chaque incantation devient un moment onirique, bien loin des simples rayons lasers.
Plus largement, L’Atelier des sorciers apparaît comme une métaphore et une ode à la création artistique. On y suit de jeunes sorciers dont la magie fait naître des émotions merveilleuses chez autrui. Et surtout, ils utilisent une plume et de l’encre pour lancer leurs sorts, tout comme un auteur ou un mangaka dessine ses planches. Dessiner un sort, c’est créer de la magie : en japonais, « lancer un sort » se dit « mahō wo kakeru », tandis que « dessiner un sort » se dit « mahō wo kaku ». Bien que les kanji diffèrent, la proximité phonétique établit un lien entre les deux actes. Créer par le dessin, c’est déjà de la magie. Pas étonnant donc que des dessinateurs comme Dominique Bertail gardent un exemplaire du manga à portée de main.
Ces thèmes sont présents aussi bien dans le manga que dans l’anime. Cependant, l’adaptation apporte une dimension supplémentaire : les voix des personnages. Le casting est globalement réussi et met en avant des doubleurs moins connus : Rena Motomura, qui prête sa voix à Coco, avait jusqu’ici joué des rôles secondaires dans Re:Zero ou Yu☆Gi☆Oh ! Go Rush !!, tandis que Kurumi Haruki, qui double Tetia, décroche là son premier rôle ! On notera aussi quelques figures emblématiques. Le Ver-pinceau, mascotte de la série, sera ainsi doublé par Misaki Kuno, voix du cochon Hawk dans Seven Deadly Sins (une autre mascotte !). Cerise sur le gâteau : Kotono Mitsuishi, légendaire interprète de Misato Katsuragi (Neon Genesis Evangelion) et d’Usagi (Sailor Moon), prête sa voix à la sorcière Alaira . C’est surtout du côté des personnages masculins que le casting brille. Kieffrey et Olruggio sont respectivement doublés par Natsuki Hanae (Tanjirō dans Demon Slayer) et Yūichi Nakamura (Gojō Satoru dans Jujutsu Kaisen) .
Les performances sont convaincantes, à une exception près. Nous n’allons pas nous faire d’amis, mais Natsuki Hanae n’est pas totalement convaincant dans le rôle de Kieffrey. Le problème ? Il sonne trop jeune. Dans le récit, on ignore son âge exact, mais on l’imagine mal avoir la voix de début de vingtaine de Natsuki Hanae. Kieffrey est un personnage sage, un sorcier expérimenté qui a déjà trois apprenties sous sa tutelle au moment où l’histoire commence. De plus, son esthétique aux cheveux blancs et yeux bleus le rapproche beaucoup de Gojo Satoru. Peut-être aurait-il été préférable de changer les rôles : confier Kieffrey à Yūichi Nakamura et Olruggio à une voix plus rauque, comme celle de Kenjirō Tsuda (Kento Nanami dans Jujutsu Kaisen) ? Natsuki Hanae ne livre pas une mauvaise prestation (il reste un doubleur professionnel), mais sa voix d’adolescent ne correspond pas tout à fait à l’aura du personnage.
L’Atelier des sorciers est une adaptation réussie, qui s’inscrit dans la lignée de The Ancient Magus’ Bride et propose une histoire poétique plus qu’épique. L’animation soignée rendra aussi bien sur smartphone que sur une télévision 4K. Si vous avez aimé le manga, vous n’avez pas besoin d’être convaincu ; mais si vous découvrez la série et que vous aimez les histoires au style poétique et enchanté, L’Atelier des sorciers saura sans doute vous séduire.
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
L’Atelier des sorciers, tome 1, par Kamome Shirahama, éditions Pika. Parution le 23 janvier 2017. 13,00 €.