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Frans Masereel et ses alter egos aux 25e Imaginales d’Epinal

Par Didier PASAMONIK 29 mai 2026 
C’est un événement qui anime chaque année la « Cité des Images » au mois de mai : les Imaginales d’Epinal, l’un des premiers festivals littéraires de l’Est de la France, dédié à l’imaginaire durant tout ce week-end. Une occasion pour s’interroger sur la direction que prennent nos imaginaires en ce début du XXIe siècle, alors que l’un des illustrateurs et pionnier du « roman graphique » les plus importants du siècle précédent, le Belge Frans Masereel, fait l’objet d’un magnifique accrochage rétrospectif au fameux Musée de l’Image dans la même ville.

Epinal, la « Cité des Images » est à la croisée des chemins. Le nouveau maire de la ville, Benoît Jourdain, qui vient d’arriver, découvrant une situation financière compliquée alors que les dotations pour la culture se réduisent de partout, s’interroge sur les moyens de dynamiser et son Festival et son musée…

Frans Masereel et ses alter egos aux 25e Imaginales d'Epinal
Le grand chapiteau du "Salon littéraire"
Le directeur artistique du Festival, Gilles Francescano

Le marché du livre aussi est en pleine interrogation. Les illustrateurs, les auteurs, les éditeurs sont à la peine et certains pans entiers de la chaîne du livre (on pense à Gibert, au Furet du Nord et à Decitre…) sont appelés à se « restructurer »… Le numérique, plus que jamais, avec l’IA notamment vient perturber la donne, tant au niveau de la production que de la création. C’est le moment d’avoir ce que l’IA n’a pas : de l’imagination et de la créativité, notamment en essayant d’obtenir de nouvelles ressources et de boucler de nouveaux partenariats.

Le maire d’Epinal, Benoît Jourdain

En attendant, le sémillant Gilles Francescano a eu l’idée de donner comme thème cette année celui de « L’Alter Ego ». Ils ne manquent pas en littérature : Dr Jekyll & Mister Hyde, Le Portrait de Dorian Gray, les Dupond et Dupont… posant la question de l’Autre qui peut être mon ami comme mon ennemi. « L’autre qu’il est plus que temps de considérer comme un cadeau  » insiste le directeur artistique qui met en avant le fait qu’il a lui-même un frère jumeau.

Le thème est magnifiquement illustré sur l’affiche des Imaginales par la dessinatrice Babayaga Peperland dont les illustrations parcourent la ville.

"Une telle qualité d’impression, de finition, avec des couvertures très belles..."

Et en fait d’imaginaire, on retrouve dans le Salon Littéraire d’Epinal le même phénomène que nous avons pu constater au récent Festival de Paris : la vitalité de la Romance, de la Fantasy avec ses variations SF et médiévale. « C’est rempli de fous furieux déguisés, nous dit un exposant qui vient au festival depuis plus d’une décennie. Ils viennent déguisés. À 14 ans, c’est un peu marrant, mais à 35, 40 ou 50 ans, on s’interroge sur la façon dont ces bouquins sont lus. »

Et de pointer le phénomène : « Il y a une telle qualité d’impression, de finition, avec des couvertures très belles, Avant, les mauvais livres étaient moches, on voyait que c’était fait par des amateurs ! Maintenant, cela ne se voit plus, déplore-t-il. C’est très bien entouré, ce sont de beaux emballages, mais qui contiennent une littérature médiocre ! On s’intéresse à des banalités, à des futilités… »

Qu’est-ce que cela dit de notre époque ? « Cela indique un appauvrissement de la réflexion, de l’intelligence,… Ça se voit à l’écriture : pour plaire, par peur que l’on ne comprenne pas, que cela puisse choquer, on amende les textes, on met des notes en bas de page, on réduit ce qui amenait les gens à réfléchir un peu, à exercer un sens critique. On pousse les gens à s’enfermer dans de la facilité ! Ce n’est pas glorieux ! »

En dehors de cette note renfrognée, le public était heureux de déambuler dans le parc du Cours et de profiter de chacun des stands sous les arbres. Près d’une quinzaine d’auteurs de bande dessinée, de Valérie Mangin à Daria Schmidt seront présents ce week-end.

Les Imaginales dans le parc du Cours

Nous avons pu pousser notre balade le long de la Moselle jusqu’au Musée des Images très bien climatisé où les illustrations de Masereel nous ont ébloui (l’exposition dure jusqu’au 20 septembre 2026) et dont le fonds des Images d’Épinal nous montre à la fois la technique de ces proto-bandes dessinées et leur diffusion en Europe et dans la Terre entière dès le milieu du XIXe siècle. Étonnant !

Les merveilleuses réalisations de Frans Masereel
Des "proto-bandes dessinées" qui existent depuis le XVIIIe siècle.

Par Didier PASAMONIK

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