Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Jeff Mistral T.2, Les 3 symboles d’Arelate - par Olivier Andrieu et Alain Julié – Éd. Klev

Par Milan MORALES Excellent 29 mai 2026 
Avec Les 3 symboles d’Arelate, Jeff Mistral retrouve une Arles qui n’a rien d’une simple toile de fond : la ville antique y devient un personnage à part entière, chargé de mémoire, de secrets et de violences enfouies. Klev poursuit ainsi une série qui marie polar, patrimoine et fiction historique avec un vrai sens du décor, dans un esprit qui parlera surtout aux amateurs d’énigmes bien charpentées et de belles mécaniques narratives.

Arles, mars 1963.
Jeff Mistral vole au secours de son ami Jérôme Durandeu, journaliste au Petit Méridional, après une série de meurtres commis avec des armes romaines et liés à des lieux emblématiques de la ville antique, des cryptoportiques aux thermes de Constantin, en passant par les arènes.
L’enquête glisse rapidement vers un secret enfoui dans les sous-sols, avec une pierre mystérieuse, une société secrète et une menace qui semble remonter très loin dans le passé.

Ce qui frappe, ici, c’est la manière dont le récit articule le polar et l’imaginaire archéologique. Le crime ne naît pas dans le vide : il s’enracine dans des lieux porteurs d’histoire, comme si les pierres romaines refusaient de rester silencieuses.

Arles n’est pas seulement une ville pittoresque du Midi ; c’est l’ancienne Arelate, cité romaine majeure fondée à l’époque de César, puis développée sous Auguste et, plus tard, sous Constantin. Ses grands monuments antiques (amphithéâtre, théâtre, cryptoportiques, thermes) datent, pour les plus anciens, du Ier siècle avant notre ère, et témoignent d’une ville qui fut à la fois centre politique, économique et symbolique

C’est précisément ce contexte qui donne du poids à l’enquête : les lieux visités par Jeff Mistral ne sont pas des décors fictifs, mais des vestiges d’une cité qui a traversé les siècles en changeant de visage sans jamais perdre sa puissance évocatrice.
Dans la fiction, cette profondeur historique nourrit naturellement le mystère, car chaque pierre semble conserver la trace d’un monde disparu

Les auteurs, grands amateurs des années 1950 et 1960, placent aussi les voitures au premier plan. On croise ainsi des modèles emblématiques comme la Panhard, la Peugeot 404 ou le prototype Facel Véga, qui installent immédiatement l’atmosphère de l’époque et donnent au récit une vraie saveur de reconstitution.
Cette passion des belles carrosseries culmine dans un final spectaculaire, bâti comme une course-poursuite automobile d’anthologie, ce qui devient peu à peu une signature de la série.

Outre les lieux historiques, les auteurs introduisent aussi des représentations de symboles romains comme l’aigle stylisé, le bâton d’Esculape ou le faisceau de licteur. Le récit prend alors le temps d’en rappeler le sens premier, mais aussi les détournements opérés par le régime fasciste italien de Mussolini, ce qui élargit l’album à une réflexion plus politique sur la récupération des images antiques.
On sent derrière tout cela un énorme travail de documentation d’Olivier Andrieu, d’autant plus visible qu’un dossier historique très fourni complète l’album en fin de tome, notamment sur Arles et sur le fascisme mussolinien.

L’autre joli coup de l’album, c’est le retour inattendu d’un personnage du premier tome. Cette réapparition éclaire plusieurs zones d’ombre restées sans réponse dans l’épisode originel et renforce l’impression d’un univers plus vaste qu’un simple one-shot. L’imbrication de ce retour dans l’intrigue fonctionne bien, parce qu’elle ajoute une touche de mystère supplémentaire sans casser l’élan du récit.

La série s’adresse clairement à un public de lecteurs quinquagénaires, volontairement curieux, érudits, amateurs de polars construits et de récits à énigmes.
On pense naturellement à cette tradition de la bande dessinée policière magnifiée autrefois par Maurice Tillieux avec Gil Jourdan, dont l’esprit continue de séduire les lecteurs grâce à une réédition luxueuse chez l’éditeur Black & White.
Jeff Mistral s’inscrit donc naturellement dans cette filiation sans la singer, en reprenant le goût du détail, des dialogues à l’ancienne et des machineries d’intrigue qui avancent avec élégance et intelligence.

Par Milan MORALES

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782959206627
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Milan MORALES  
A LIRE AUSSI  
Albums