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Enki Bilal, c’est avant tout une expérience artistique. Que ce soit dans ses peintures, dans ses films, ses scénographies, ses bandes dessinées, il y a une atmosphère, obsessionnelle, lancinante, étrange qui s’insinue en vous, qui sidère… Ce n’est pas un artiste qui vous impose son univers. Il vous englobe dans le sien.
Avec toujours, depuis Les Phalanges de l’ordre noir, un regard politique. Il faut dire qu’il est né dans un pays qui n’existe plus de parents qui eux aussi ont vu disparaître leur « mère patrie » : son père est yougoslave, aujourd’hui on dit bosniaque, et sa mère tchécoslovaque, aujourd’hui la République tchèque. Il sait donc que les civilisations, comme les régimes politiques, sont mortelles.
Toute son œuvre est traversée par ce constat : rien ne subsiste. Cette vigie des apocalypses nous avait montré, avec Pierre Christin, le communisme en décomposition, puis seul la fragilité de l’individu face aux régimes totalitaires et à l’obscurantisme, sa menace d’extinction enfin face au changement climatique et aux violences qui sont faites à la planète.
Dans Bug, dont vient de sortir le quatrième volume sur cinq, l’enjeu est la mémoire, individuelle comme collective, que l’on stocke sur des serveurs gérés par des algorithmes et, ces dernières années par l’Intelligence artificielle. Et si un bug venait à terrasser tout cela ? Tel est le sujet.
Dans cet entretien, il nous parle de son dernier ouvrage, mais aussi de technique, d’art, de philosophie… et nous fait partager ses réflexions, à la fois concernée et tranquille, sur le spectacle du monde.
Par Didier PASAMONIK Kelian NGUYEN
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