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Ding Pao-Yen (Console 2073) : « En jouant aux jeux vidéo, j’ai commencé à développer des sentiments pour des personnages virtuels. »

Par Kelian NGUYEN 4 mars 2025 
S’il était possible de trouver l’auteur de Yun Cheng Shang sur le pavillon Taiwan Comics à Angoulême, le dessinateur Ding Pao-Yen était lui aussi présent. L’occasion pour lui de défendre son nouveau One-Shot Console 2073. Une histoire d’amour impossible qui progresse sur une ligne de crête entre virtuel et réel.

- Console 2073, bien sûr, mais vos autres albums explorent la frontière entre monde réel et virtuel ?

– Il y a deux raisons à cela. La première, c’est que quand j’étais petit, j’ai grandi avec la saga Matrix. Depuis je me demande constamment si le monde qui nous entoure est bien réel ou virtuel. Ce qui me fascine aussi dans la question des mondes parallèles, ce sont les rêves. Quand on est dans un rêve, on a l’impression d’être dans une réalité semblable à la nôtre. Sauf que, quand on se réveille, on se rend compte que non. Ce sont des questions qui me travaillent constamment.

- Console 2073 est une forme de relation à la Roméo et Juliette conçue avec l’introduction d’une IA. Est-ce que cet album est une critique de l’IA ou est-il là pour aborder la question de l’isolement ?

– L’origine du livre c’est la crise du COVID. Le confinement a été très strict à Taïwan, donc je suis beaucoup resté chez moi à jouer à des jeux vidéo et à me demander ce qui était réel et virtuel. Mais surtout, à force de jouer, j’ai fini par développer des sentiments pour un des personnages de mes jeux. Avec cette question : comment est-ce possible de ressentir de l’affection pour une personne fictive ?

- Justement, le personnage fictif dans l’histoire a un prénom : Saya. Pourtant, le personnage principal qui est, lui, bien réel n’a pas de prénom, il s’appelle Monsieur J. J Comme jeux vidéo ?

– Non, « J. » l’initiale ressemble à l’idéogramme de mon nom en chinois, donc ça me représente. Saya en revanche vient du Japon, c’est le nom d’une lycéenne mais virtuelle. Un avatar utilisé pour accueillir les gens dans les aéroports. Une hôtesse d’accueil virtuelle comme on peut en voir aujourd’hui avec les robots. Mais ça, ça date de 2015/16 donc bien avant les IA actuelles.

- Quel regard portez-vous sur la production européenne ?

– L’Europe possède une histoire et une tradition de la BD plus longue que Taïwan. En ce qui concerne le manhua [Bande dessinée chinoise. NDLR], je trouve qu’il y a beaucoup de hauts et de bas. On passe de fortes périodes d’expansion à des moments où cela s’effondre. La censure joue un rôle, certes, mais pas systématiquement. En Europe, les artistes ont une liberté énorme. À Taïwan, en revanche, les auteurs ont une pression perpétuelle. Souvent, ils se la mettent eux-mêmes. Ils se comparent aux mangas japonais, soit pour s’y conformer soit, au contraire, pour s’en détacher.

Mais en ce moment les investissements faits par le gouvernement taïwanais pour la promotion des artistes taïwanais sont une aubaine, que ce soit à Angoulême ou ailleurs. Sans cette visibilité, le manhua ne pourrait pas pu émerger et serait toujours sous le joug de la création japonaise. Et puis, c’est génial d’être ici en France, ça me permet de découvrir pleins de choses, en particulier la création indépendante de fanzines, que j’adore.

Par Kelian NGUYEN

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Code EAN : 9782505126782

Console 2073 - Par Pao-Yen Ding – Éd. Kana

Photos : Kelian Nguyen

Kana ✏️ Pao-Yen Ding à partir de 10 ans Science-fiction Romance Taiwan
 
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