Caroline de Pierre Probst : portrait d’une héroïne des Trente Glorieuses

Par Benoit MARCHON 19 août 2024 
Après la Seconde Guerre mondiale, la bande dessinée a connu un développement important à travers des journaux pour jeunes comme Tintin, Spirou, Mickey, Pif Gadget, etc. et des albums édités par Dupuis, Casterman, Le Lombard et Dargaud. Mais les héros en étaient quasiment exclusivement masculins et les lectrices n’avaient aucun modèle d’identification possible. En marge de la BD, certains éditeurs ont développé des séries d’albums illustrés mettant en vedette de jeunes héroïnes, que dévoreront plusieurs générations de baby-boomeuses. C’est ainsi que sont nées Martine en 1951 (publiée par l’éditeur belge Casterman) et Caroline en 1953 (publiée par l’éditeur français Hachette), qui est le sujet de cette très intéressante étude.

Le sous-titre situe d’emblée le propos de l’auteur : « Héroïne des Trente Glorieuses ». Il fait référence à un célèbre ouvrage de l’économiste Jean Fourastié, paru en 1979, intitulé « Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible de 1945 à 1975. »

Caroline de Pierre Probst : portrait d'une héroïne des Trente Glorieuses
© Christophe Meunier / Ed. Presses universitaires François Rabelais

L’auteur, Christophe Meunier, docteur en géographie, décortique les 44 albums écrits et dessinés par Pierre Probst (1913-2007), avec une grande virtuosité et un humour certain de 1953 à 2007. Dans cet épais ouvrage de plus de 200 pages, au format carré, richement illustré en couleurs, il nous livre son travail de recherche universitaire. Minutieusement documenté, celui-ci relate les débuts dans l’édition de Pierre Probst, ses premiers albums chez Hachette, les réunions de travail et les recherches de personnages qui ont mené à la naissance de cette jeune fille dynamique et intrépide à la salopette rouge.

© Christophe Meunier / Ed. Presses universitaires François Rabelais

Il énumère avec beaucoup de pertinence les ressemblances mais surtout les différences (autant physiques, que psychologiques, graphiques et sociologiques) entre ces figures « concurrentes » que sont Caroline et Martine. Comme le ferait un historien d’art, il entreprend des analyses visuelles approfondies de doubles pages de certains albums. Il repère des variations révélatrices effectuées par l’illustrateur au cours des réimpressions. Et surtout, il met brillement en parallèle les sujets traités au fil des albums et l’évolution de la société française entre 1945 et 1975, pendant cette « révolution invisible » qui va de la pénurie de l’après-guerre à l’abondance des années soixante-dix : les transports, les vacances, les voyages, les loisirs, la consommation, l’urbanisme, etc. Il pointe enfin les sympathies pro-américaines et les aversions anti-soviétiques de l’auteur, ainsi qu’un colonialisme et un racisme sans doute inconscients, comme chez d’autres créateurs à l’époque - chez Hergé par exemple.

© Christophe Meunier / Ed. Presses universitaires François Rabelais

La lecture de cette somme est passionnante, même si certains passages n’évitent pas un langage universitaire parfois un peu hermétique et l’emploi de néologismes difficiles à comprendre pour le grand public.

Une bibliographie exhaustive de l’oeuvre de Pierre Probst complète l’ensemble.

Ce livre est le dernier-né de la très sérieuse collection « Iconotextes », (23 titres parus) qui accueille des travaux consacrés à la bande dessinée, à l’album, et plus généralement à toutes les formes de création qui combinent le texte et l’image.

Par Benoit MARCHON

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Code EAN : 9782869069350

Caroline, Héroïne des Trente Glorieuses -Par Christophe Meunier - Ed. Presse universitaire François Rabelais

Presses universitaires François-Rabelais ✍ Christophe Meunier tout public Critiques, essais et analyses de littérature Histoire littéraire France
 
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6 Messages :
  • Je vais jeter un coup d’œil sur l’ouvrage chroniqué içi car j’aime bien en savoir plus sur un souvenir d’enfance.
    Je n’ai pas l’impression que ce soit de la BD mais des illustrations en double page avec un peu de texte en dessous de la littérature jeunesse mais bon.
    Mon principal souvenir des albums de Caroline est que je cherchais à chaque double page où etait le chat noir à qui il arrivait toujours des bricoles contrairement aux autres animaux
    C’est bizarre que tout au long de ma scolarité , je n’ai pas vu le moindre album de Martine. Je l’ai découvert avec les détournements sur internet.

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  • Intéressant. Juste une précision sur les tentations de racisme ou d’anti-communisme . Hergé après guerre et dans ces fameuses années que l’on dit glorieuses avait bien mûri. Ses réactions primaires datent des années 30 et même 20. Ça les excuse pas mais c’est quand même un autre contexte. Étonnant en effet que toute la bd était à ce point masculine alors qu’aux débuts la presse, par exemple avec la semaine de Suzette, avait les filles comme lectorat . Sans oublier les lectures style Comtesse de Ségur qui précéderent et puis vinrent aussi les duos , Sylvain et Sylvette en France, Bob et Bobette en Belgique . Hergé (encore lui !) a tenté aussi le coup.

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    • Répondu par Lieutenant Y le 19 août 2024 à  18:35 :

      "Ses réactions primaires datent des années 30 et même 20. Ça les excuse pas mais c’est quand même un autre contexte. " écrivez vous à propos de Hergé.
      Je ne peux que confirmer, lorsque Hergé débute son Tintin chez les soviets, c’est douze ans à peine aprés la Révolution russe, sans parler des millions de morts, déportés ou éxilés (cela se chiffre en dizaines de millions si l’on va jusqu’à la fin de Staline), donc il est, comme la plupart des habitants des démocraties européennes abasourdi et inquiet d’une propagation dans d’autres pays, dans le cadre d’une internationale communiste. Cette peur favorisera l’arrivée au pouvoir de Mussolini en Espagne, puis Hitler et Franco en Allemagne et en Espagne.
      Mais les Soviets de Hergé était sans doute un travail de commande sur un thême imposé par le fameux abbé, son mentor. De plus, le monarchiste Hergé était entouré de collègues plutôt à droite.
      Dans le Congo (belge, bien sûr, l’actuel Zaïre), il dénonce certains méfaits de la colonisation. Et dans en Amérique, il montre bien qu’il n’est pas dupe du grand Rêve américain. Donc, tout est à relativiser.

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      • Répondu par Alison Marcpelle le 20 août 2024 à  12:05 :

        le Zaïre n’existe plus... depuis 1997 ! république démocratique du Congo aujourd’hui est son nom.

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        • Répondu par Karolina le 20 août 2024 à  18:52 :

          Et alors ? Oui le pays a changé de nom comme beaucoup de partis politiques français récemment.
          Cela change quoi ? Il y a l’ex-Congo français (capitale Brazzaville) et le Congo belge dont parlait Hergé !

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          • Répondu le 21 août 2024 à  09:02 :

            Ça a quand même une certaine importance le nom qu’on donne à un pays, voire celui qu’il se donne lui-même. Il s’est passé beaucoup de choses dans l’ancien Zaïre, et aujourd’hui le conflit en RDC est un des plus dévastateurs de la planète.

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