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Feeding ghosts - Par Tessa Hulls - Éd. Sarbacane

Par Philippe LEBAS Excellent 29 juin 2026 
Premier roman (autobio)graphique de Tessa Hulls, le multirécompensé Feeding ghosts nous balade dans la vie et dans les têtes d'une famille sino-américaine sur trois générations et deux continents. Une oeuvre impressionnante et d'une grande richesse.

S’attaquer à un tel ouvrage peut être intimidant : 400 pages, au dessin et aux textes profus ; sept bonnes heures de lecture ; plusieurs prix, dont le Pulitzer (second roman graphique à l’obtenir après Maus de Spiegelman en 1992, rien que ça), et le Will Eisner en 2025.
L’histoire est pourtant très simple : une plongée dans l’histoire et les cauchemars d’une famille sino-américaine sur trois générations de femmes : grand-mère, mère et fille, Tessa Hulls donc.

Feeding ghosts - Par Tessa Hulls - Éd. Sarbacane

Ce faisant, Tessa Hulls nous entraîne vers la Chine, où sa grand-mère est née et où elle a été brisée par le système communiste, qu’elle a donc dû fuir pour Hong Kong, cabossée à jamais. Elle en tirera un ouvrage à succès, ses Mémoires, dans lesquelles elle restera quelque part enfermée tout le reste de sa vie, sa folie aidant. Ces rapports entre la grande Histoire (avec sa grande hache, comme disait Perec) et la petite (à l’échelle des gens) sont particulièrement intéressants et bien croisés dans cet ouvrage, même si, pour celles et ceux qui ont lu l’extraordinaire Une vie chinoise de Li Kunwu et P. Otier, d’ailleurs cité dans Feeding ghosts, il n’y aura pas de grandes découvertes sur l’histoire de la Chine communiste et ses folies (comme cette campagne contre les quatre nuisibles, dont les moineaux, qui a un peu inauguré la politique maoïste du Grand bond "en avant" en 1958, p.156)

C’est à la mère de notre autrice que revient la lourde charge de s’occuper de sa propre mère, brisée mentalement. Cela ne pouvait évidemment pas bien se passer, au gré des déménagements successifs, que ce soit à Hong Kong, dans un premier temps, puis aux États-Unis, à partir de 1970. Elle fait pourtant au mieux, ayant recours à diverses thérapies pour essayer d’aller mieux. Cela allait aussi forcément entraîner sa propre fille, Tessa Hulls, dans des tourments psychologiques et dans une cavalcade de fantômes, très bien rendus par un noir et blanc intense et des planches d’une grande densité.

À cette histoire verticale de filiation s’ajoute aussi une véritable géographie plus horizontale : celle des relations entre deux continents, l’Asie et l’Amérique, et deux pays, la Chine et les États-Unis. Qui est-on exactement, quand on est issu d’une famille mixte (le grand-père était un diplomate suisse, le père, un Britannique, qui brille par son absence, dans le livre y compris) ?

Tessa Hulls ne se sent pas légitime, ne se trouvant pas assez chinoise quand elle va en Chine, mais pas assez américaine quand elle est aux États-Unis. La question de la langue est elle aussi très importante, même si Tessa Hulls produit de gros efforts pour apprendre le mandarin. Lui faut-il donc choisir ?

Le résultat de toutes ses interrogations, c’est Feeding ghosts, qui a coûté une décennie de travail à son autrice.
Plongez donc à votre tour dans cet ouvrage hors-norme qui ne laisse pas indifférent : soit qui vous happe littéralement, soit qui vous laisse de marbre du fait de sa profusion et de son caractère autocentré. Dans les deux cas, il y a quand même beaucoup à prendre et à apprendre.

Par Philippe LEBAS

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Code EAN : 9791040808145
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