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Bon
21 janvier 2026
Dans ce premier tome les Boucles de Céladon, Fred Blanchard et EMEM unissent leurs talents. Blanchard , au design apporte son sens du découpage et de la lisibilité, tandis qu’EMEM, au dessin et à la couleur, impose une identité visuelle forte, notamment à travers la variété des espèces, des vaisseaux et des architectures. Le travail à quatre mains donne naissance à un univers cohérent, immédiatement identifiable, où chaque civilisation a sa propre culture visuelle. Apogée s’inscrit dans une science-fiction classique mais raffinée. Les planches sont riches, parfois chargées, mais toujours lisibles. Les décors spatiaux alternent entre immensité cosmique et environnements industriels ou organiques, soulignant la diversité des mondes explorés.
La couleur joue un rôle essentiel : elle structure les ambiances, distingue les lieux et accentue les oppositions culturelles entre les peuples. Le dessin privilégie une mise en scène cinématographique, avec des plans larges pour les scènes d’ampleur et des cadrages plus serrés lorsqu’il s’agit d’explorer les dilemmes intimes des personnages.
Le scénario est signé Fred Duval, un auteur bien connu des amateurs de BD de genre ( Carmen Mac Callum , Travis et Hauteville House). Habitué aux récits historiques, d’aventure et de science-fiction, il développe ici une narration dense, structurée autour de plusieurs points de vue. Duval ne cherche pas l’efficacité immédiate mais à la construction patiente d’un monde crédible, laissant au lecteur le temps d’en comprendre les règles, les tensions et les enjeux. Il situe son épopée cosmique dans le prolongement de la saga « Renaissance » publiée aussi chez Dargaud en 2 cycles de 3 albums.
L’intrigue est un préquel qui se déroule dans un futur lointain où plusieurs espèces cohabitent au sein d’une vaste organisation interstellaire. Cet équilibre fragile est rompu par un conflit majeur opposant différentes puissances galactiques, chacune poursuivant ses propres intérêts stratégiques et idéologiques.
Plutôt que de suivre un héros unique, Apogée adopte une narration chorale qui entremêle plusieurs trajectoires : deux jeunes issus d’un monde périphérique, pris au piège d’une guerre qui les dépasse, une dirigeante Ouröbörös lucide sur les dérives de son propre camp, et un officier romain humain, Marcus Valérius, capturé avec ses hommes derrière les lignes ennemies. À travers ces regards croisés, la série dévoile une guerre où intérêts politiques, chocs culturels et stratégies militaires se mêlent, révélant les failles profondes d’un système galactique présenté comme harmonieux.
À travers ces trajectoires croisées, la série interroge la notion de domination, le poids de l’héritage culturel et la difficulté de préserver une forme d’humanité — ou d’altérité — dans un contexte de guerre totale. Une saga prometteuse
Avec Apogée, Fred Duval, Fred Blanchard et EMEM posent les bases d’un univers ambitieux, pensé pour se déployer sur 3 tomes. Loin du simple récit d’action spatiale, la série privilégie la construction d’un monde complexe et crédible, quitte à demander un certain investissement au lecteur, afin de mieux définir par la suite la personnalité des humains romains capturés
Une BD exigeante mais généreuse, qui s’adresse autant aux amateurs de science-fiction qu’aux lecteurs en quête de récits au long cours, où l’ampleur du spectacle va de pair avec la profondeur du propos
Par Stéphane GROBOST
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