Angoulême 2025 : une quête d’identité avec Vinland Saga

Par Malgorzata NATANEK 1er février 2025 
Publiée depuis 2005, la série Vinland Saga est mise à l'honneur dans une exposition à la médiathèque l'Alpha, pour la 52e édition du Festival d'Angoulême jusqu'au 2 février. Cette dernière vous invite à prendre le large et à plonger dans ce seinen nordique aux côtés du héros.

Récompensée de multiples fois et toujours en cours, le récit de Makoto Yukimura nous conte l’histoire de Thorfinn, un jeune homme en quête de vengeance puis de rédemption. L’intrigue se déroule dans un univers viking, qui mêle fiction et faits historiques. C’est dans ce monde rempli de violence que l’auteur a décidé de parler de non-violence, en développant une réflexion sur la paix et la façon de devenir un meilleur être humain.

Cet évènement vous entraîne sur les pas de Thorfinn. La sélection de planches originales couvrent l’intégralité de l’œuvre, donc faites attention aux spoils lors de votre visite.

Angoulême 2025 : une quête d'identité avec Vinland Saga
© Makoto Yukimura / Photo de Didier Pasamonik

L’exposition démarre avec une présentation globale de l’œuvre, en traitant des vikings et de la représentation de la violence. Les planches exposées mettent notamment l’accent sur l’exploration et la guerre. Les massacres sont dépeints de façon frontale, avec notamment des détails anatomiques sur lesquels l’auteur met l’accent. Comme par exemple, une main tranchée. De quoi susciter le dégoût. C’est en dessinant la violence dans sa forme la plus crue que l’auteur pousse à une réflexion anti-violence. Les scènes en mer quant à elles illustrent la navigation et l’exploration, faisant tous deux partie de la culture vikings. Ancrée dans le réel, la série fait preuve de réalisme, sans pour autant être un documentaire. Les armes ou encore les tenues ont été dessinées pour être le plus authentique possible.

© Makoto Yukimura / Photo de Didier Pasamonik
© Makoto Yukimura

La salle suivante s’attarde sur le héros et son évolution, en partant de son enfance et de sa soif de vengeance suite à la mort de son père. L’auteur parvient à mettre en scène aussi bien des évènements d’une grande cruauté et sanguinolents, que des instants contemplatifs d’une grande beauté. Le passage brutal de l’innocence enfantine à la violence se traduit sur le visage du héros, par une expression dure et grave. L’errance morale de Thorfinn le pousse à être une brute semblable à ceux dont il veut se venger. Il agit avec une cruauté, qui paraît irréversible. Une question vient alors à l’esprit : comment sortir de cette violence et du cycle de la vengeance ? C’est là un des premiers grands défis du héros.

© Makoto Yukimura / Photo de Didier Pasamonik
© Makoto Yukimura / Photo de Didier Pasamonik
© Makoto Yukimura

En poursuivant, le visiteur tombe dans une pièce consacrée au Valhalla - dans la mythologie nordique, il s’agit du lieu où les valeureux guerriers sont emmenés après leur mort -, avec des crânes en guise de décor. Considéré par les guerriers comme le paradis promis, il est complètement déconstruit par le mangaka.

Un épisode particulièrement impactant, qui sort du réalisme habituel de la série. Les corps en décomposition font penser à des zombies. Les scènes de décapitation et d’empalements créent un tableau terrifiant, pouvant en choquer plus d’un. C’est un véritable enfer dont le héros tente de s’extirper, alors que d’anciens ennemis essaient de l’emporter dans les abîmes. C’est une réelle métaphore de la bataille interne que traverse Thorfinn pour renaître.

© Makoto Yukimura
© Makoto Yukimura

Le héros sort de cet enfer. Vient alors le temps de la rédemption, de la paix et de la recherche du Vinland - le nom donné par les Vikings, notamment l’explorateur islandais Leif Erikson, pour désigner l’Amérique du Nord. Le nouveau départ du héros marque un changement dans sa posture, avec des expressions qui montrent sa maturité, mais aussi une instabilité dans son regard dû à son vécu. Malgré sa grande volonté de se reconstruire, son passé revient le hanter.

Les champs de bataille laissent place à des paysages de champs de blé. Parmi les planches poignantes, on assiste aux retrouvailles touchantes entre le héros et sa mère. Thorfinn prend la main de sa mère avec un regard rempli de regrets et de tristesse, tandis que sa mère évoque la ressemblance du héros avec son père. On remarque qu’au cours du temps, le trait de Makoto Yukimura a évolué. Son passage au numérique a rendu son dessin plus cinématographique et moins rugueux.

© Makoto Yukimura
© Makoto Yukimura
© Makoto Yukimura / Photo de Didier Pasamonik

Le parcours a été intelligemment pensé. Il reprend les moments clés du manga, ainsi que les réflexions développées par l’auteur au travers de l’évolution de Thorfinn. La précision et la splendeur du travail artistique du mangaka sont frappantes. Les décors et le fond sonore nous plongent réellement dans le monde viking. Cette exposition est une belle réussite.

Le seul petit bémol concerne les panneaux explicatifs pour chaque thème. Ils ne sont pas simples à trouver et les visiteurs peuvent facilement passer à côté. La plupart d’entre eux sont également dans l’ombre, ce qui rend leur lecture un peu difficile.

Par Malgorzata NATANEK

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