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Bon
3 avril 2025
Après les remakes de Cendrillon ou de la Belle et la Bête, plutôt conformes aux originaux ; Des sortes de spin-off tels que le film sur Cruella des 101 dalmatiens et ceux sur Maléfique de La belle aux bois dormant place maintenant à une revisite pure et dure du premier film de Walt Disney.
Dès le départ, une grande surprise attend les spectateurs : le prince charmant est évincé du projet, au profit d’un certain Jonathan, inconnu au bataillon. Ce nouveau personnage de la sphère Disney est un simple voyou roturier. À première vue, il n’a rien du prince et aucun lien avec lui. Et pourtant, Disney insiste bien sur le fait qu’il est là pour le remplacer dans l’histoire.
Aussi, il reprend plusieurs codes du personnage d’origine et des princes en général. Un choix qui, malgré les critiques initiales, permet à Jonathan de s’imposer comme un personnage clé, avec plus de relief, tout en laissant la vedette et l’indépendance à Blanche-Neige.
Rachel Zegler, l’interprète de la princesse, avait rappelé que nous ne sommes plus en 1937 et que Blanche Neige n’a donc pas besoin d’un prince. Mais elle aurait besoin de Jonathan ? En somme, Jonathan est une sorte de mélange entre Robin des Bois et le prince charmant.
La représentation des sept nains a été un sujet de débat à l’annonce du remake en prise de vue réelle. L’acteur Peter Dinklage, bien que non impliqué dans le film, a critiqué une vision qu’il jugeait « arriérée » des personnages. On comprend. Disney a pris en compte ces signaux et a opté pour une solution radicale : remplacer les nains par des « créatures magiques », animées en CGI. Néanmoins, certains des comédiens de doublage engagés pour faire les voix en VO sont atteints de nanisme.
Le rendu visuel de ces “créatures” présente un design semi-réaliste intégrant des traits exagérés (oreilles proéminentes, nez imposants dignes des plus grands amateurs de vin). Malgré tout, leur apparence rappelle fortement celle des nains des récits fantastiques. De plus, ils sont toujours à travailler en mine, ce qui est caractéristique des nains de la culture fantastique et de la mythologie.
En outre, de façon paradoxale à cette idée de progressisme et de lutte contre la stigmatisation, on a encore l’impression d’avoir à faire aux 7 nains, même si sur le papier, non. Le fait qu’ils soient les seuls personnages humanoïdes entièrement en effets spéciaux constitue tout de même un étrange décalage artistique.
Au niveau du scénario et de la mise en scène, c’est une réussite totale. Une remarquable entrée en matière avec la revisite de l’emblématique chanson Heigh‐ho. Les caractéristiques propres à chaque nain sont bien marqué, fidèles aux originaux, drôles et attachants.
Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est le travail fait autour de Simplet, le plus jeune des nains. En 1937, il était surtout le clown de service, nunuche mais attachant. Dans le remake, il prend une nouvelle dimension, en restant toutefois fidèle à lui-même. Il prend de l’importance, se distingue positivement et nous étonne même. Il est sûrement le personnage les plus touchant de cette adaptation.
L’une des plus grosses polémiques a concerné l’actrice incarnant Blanche-Neige, en raison de sa peau qui n’est littéralement pas “blanche comme neige”. Évidemment que l’on peut comprendre la déception des fans face à ce choix, tant que ce n’est pas du racisme déguisé, bien entendu. Racisme qu’a subi en grande pompe l’actrice quand elle a été annoncée dans ce rôle. La production va même jusqu’à modifier les origines du patronyme de la princesse.
Au-delà de ce point physique superficiel, l’interprète brille dans ce film par son charisme, son énergie et son talent. On a là une Blanche Neige plus mature, vaillante, audacieuse et indépendante. Mais toujours avec une part de fragilité, de sensibilité et de douceur. Blanche Neige a pris de la profondeur. Toujours fidèle à elle-même, la princesse prête attention aux autres, allant jusqu’à limite jouer les thérapeutes.
Mention spéciale pour la scène de l’arrivée de Blanche-Neige dans la forêt sombre - qui bien que courte - est particulièrement bien faite, rappelant les émotions fortes du film d’origine.
Quant à la méchante Reine, incarnée par Gal Gadot, elle marque les esprits grâce à des répliques percutantes et des métaphores bien pensées. Cependant, si Blanche Neige prend beaucoup de relief dans cette adaptation, ce n’est pas le cas de la méchante Reine qui reste une tyrannique égocentrique, vaniteuse doublée de narcissique. Bien que ces caractères soient plutôt accentués. Au niveau du jeu, l’actrice reste bonne dans son rôle.
Sa version sorcière aurait mérité une transformation plus accentué. Non seulement on reconnaît trop la méchante Reine, mais elle ne fait pas assez sorcière dans l’esthétique. Elle a juste l’air d’avoir pris un sacré coup de vieux. À moins que l’idée soit là aussi de revoir l’image des sorcière. M’enfin...
Ce qui est d’avantage développé par rapport au film d’animation, c’est la confrontation entre Blanche et la reine. Deux visions du monde, deux caractères diamétralement opposés. Au vu de la carrière de Gal Gadot et du fait qu’elle soit en tête d’affiche, on aurait pu imaginer que son interprétation vole quelque peu la vedette à l’héroïne. Ce qui ne s’avère pas être le cas, au final.
Au niveau de la musique, le film offre aussi de belles performances. Est-ce que les nouvelles chansons atteindront le succès des originales ? Seul le temps nous le dira. Il est tout de même très agréable que certaines chansons du film d’animation soient reprises ici. Moins agréable que d’autres soient absentes, même pas en version modernisée...
En version française, le doublage parlé et chanté d’Emmylou Homs dans le rôle de la princesse sublime encore plus le personnage avec une interprétation vocale de grande qualité.
Les chorégraphies ajoutées aux nombreuses séquences chantées renforcent l’image de comédie musicale, plus que dans le film original.
Les décors, eux, sont assez réussis même si le fond vert est ressenti. Quant aux costumes, ils restent plutôt fidèles à l’animé. Les animaux ne sont pas représentés de la plus réaliste des façons, mais ce choix semble assumé : ils adoptent un style à la fois mignon et attendrissant.
Enfin, le film met en avant un message fort sur l’entraide, l’unité et la loyauté. Avec Blanche Neige, l’union fait la force et la beauté intérieure l’emporte sur le superficiel. Même si le film réussit à ne pas être niais, certaines choses auraient pu être mieux travaillées. Notamment le final, pas assez spectaculaire pour ce qu’on en attend.
Ce Blanche-Neige ne se contente pas d’être un simple remake. Il propose une véritable revisite qui saura séduire ceux prêts à comprendre cette modernisation nuancée. Au 17e siècle, les frères Grimm ont adapté sur papier ce conte originaire de la tradition orale. Walt Disney et son équipe ont en leurs temps fait un gros travail d’adaptation, en proposant une version déjà pas mal éloignée du conte.
Aujourd’hui, les nouvelles équipes des studios ont, elles aussi, fait leur travail d’adaptation. Mais il est clair que toucher à un tel chef-d’œuvre était un parie risqué. Chaque époque a sa Blanche Neige. En cas de non satisfaction, la version de 1937 est toujours disponible, tout comme le conte des Grimm ou n’importe quel autre.
Le nouveau film ose explorer certains points qui n’étaient pas abordés ou seulement effleurés dans l’original. Deux reproches opposés sont souvent faits pour ce genre d’adaptation : Que ce soit une simple copie ou que ça n’ait plus rien à voir avec le film de notre enfance. Finalement, on peut dire objectivement que Disney réussit plutôt bien à trouver l’équilibre et à sortir un film plutôt correct. Plus de peur que de mal !
Visionner la bande annonce :
Par Rémi BARNAULT
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