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Yusaku Sawada (ABC Bazooka) : « À mon avis, le Japon n’est pas encore prêt à entendre la voix des communautés Queer » [INTERVIEW]

Par Kelian NGUYEN 11 juin 2025 
Auteurice japonais, Yusaku Sawada publie en France son premier ouvrage, ABC Bazooka. L’histoire d’Aiko Glenn, lycéenne américaine d'origine japonaise fraîchement arrivée à New-York, qui cherche à s’intégrer malgré les discriminations qu’elle subit à cause de ses pouvoirs magiques.

ABC Bazooka est un ovni, un récit hybride entre teenage movie et film de superhéros, il l’est aussi par sa forme, entre manga et comics. Un divertissement tout public défendant les communautés LGBTQIA+ sans en faire son fer de lance. Un album qui préfère se définir comme un hymne à la tolérance.

- Par la couleur ou même la mise en pages, on sent des influences américaines...

– J’ai d’abord découvert Batman enfant. Ça a été mon premier contact avec la bande dessinée. C’est en grandissant, vers 10/12 ans que j’ai commencé à lire des mangas japonais. Ça peut être surprenant mais j’ai toujours plutôt été attiré par les productions étrangères, principalement DC Comics et Batman donc. Côté Japon, je lis beaucoup Takako Shimura qui fait plutôt des mangas Seinen, des mangas plus adultes.

- Est-ce que vous pensez que la couleur manque dans le manga japonais ?

– Au Japon, on a l’habitude qu’une œuvre complète soit sans couleur. Pourtant, je suis persuadé que ça apporte beaucoup d’énergie à l’intrigue. En revanche, le processus de création est très fatigant. De même, certains mangakas sont passés à la couleur, et pour certains, le résultat n’est pas au rendez-vous. En définitive, j’aimerais bien qu’il y ait plus de couleurs dans les mangas, mais ça ne fonctionne pas toujours.

- ABC Bazooka est un album définitivement Queer mais qui ne fait pas de ce sujet son objet principal. Il est d’abord une aventure de super-héros. Pourquoi ce choix ?

– En travaillant sur le script, j’ai senti une tendance dans la communauté à vouloir exclure certains membres (les personnes trans, par exemple) et à se replier entre minorités. J’ai trouvé ça absurde. Pourquoi créer ce communautarisme entre nous, alors que l’on est déjà discriminés par des acteurs extérieurs ?

Je voulais donc que le point fort de mon récit soit la tolérance. Évidemment, les questions Queer sont des éléments essentiels du récit. Ils en sont même la fondation. Mais il y a d’autres enjeux, liés à la famille, au harcèlement scolaire ou au passage à l’âge adulte, qui intègrent ABC Bazooka dans une histoire globale.

Mon message, c’est la tolérance et je voulais surtout m’adresser au plus grand nombre. Faire une histoire de super-héros avec de l’action me permet donc de toucher un autre public, peut-être plus jeune, dans l’espoir de faire passer mon message. On a tous nos combats intérieurs à mener, et l’action superhéroïque était un moyen de les représenter.

- Quel effet ça vous fait d’être édité en France ? Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

– Je trouve qu’en France, il y a une plus grande liberté graphique et narrative qu’au Japon. Même si je lis plutôt des mangas pour adultes, je trouve qu’il manque encore beaucoup de questionnements sociaux dans les mangas. C’est pourquoi je me tourne plutôt vers des BD européennes ou américaines Underground pour avoir ces réponses.

- Est-ce que la France est vue comme un Eldorado pour de jeunes auteurs japonais ?

– Je ne peux pas parler au nom de toute l’industrie mais je pense qu’évidemment, les auteurs qui, comme moi, traitent de sujets moins populaires au Japon, aimeraient s’exporter en France. Les auteurices Queer, entre autres. L’obstacle principal est d’entrer en contact avec les éditeurs étrangers. Je pense que c’est la même situation pour les auteurices français ou européens qui veulent se faire éditer au Japon. Personnellement, c’est après de nombreux refus par des éditeurs japonais que j’ai eu l’occasion de rencontrer les équipes de Glénat en 2017, lors d’un festival qui s’appelle la Comitia, spécialisé dans les œuvres originales autopubliées. Je savais que c’était la seule occasion de rencontrer un éditeur étranger, et je l’ai saisie.

- ABC Bazooka est une création française donc, mais est-ce que vous avez envie de le voir édité au Japon ?

– J’aimerais bien, je pense même qu’il y aurait un public-cible. En revanche, je pense que ça coincerait plutôt du côté des maisons d’édition. À mon avis, le Japon n’est pas encore prêt à entendre la voix des communautés Queer. Le problème vient surtout du fait que les Japonais ne prennent pas le temps d’y réfléchir.

En France, les gens ont une approche différente du travail, ils prennent plus leur temps, et prennent donc du temps pour eux, pour se poser, se questionner. Au Japon, les gens travaillent tout le temps, ils sacrifient leur temps personnel et ne prennent pas le temps de se questionner sur eux-mêmes. Mais heureusement, les mentalités évoluent, en dépit du long chemin à parcourir.

Par Kelian NGUYEN

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Code EAN : 9782344041963

ABC Bazooka - Par Yusaku Sawada - Ed. Glénat

Glénat ✏️ Yusaku Sawada Queer / LGBTQIA+ Japon
 
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