Bon
6 janvier 2026
Dustin, une jeune fouine, survit à New York avec sa grand-mère Chana, croyante stricte qui le pousse à se « remettre dans le droit chemin », alors qu’il enchaîne les petits boulots et la débrouille. Par une ironie typiquement « blacksadienne », c’est la pasteure Lubansky — une brebis en croisade contre les comics, qu’elle voit comme le mal moderne — qui devient l’un des pivots de son destin, en l’orientant vers un travail jugé « respectable ».
Dustin se retrouve ainsi embarqué dans une maison funéraire, puis dérive vers Proper Comics, une boutique dirigée par Venables, ennemi des ligues de vertu, où il doit réaliser un roman-photo, tandis que l’ombre d’une censure organisée (et d’intérêts bien plus troubles) commence à se dessiner autour des Lubansky, surveillés jusque par les services secrets.
Le sentiment qui domine, c’est celui d’un Blacksad « dans le bon ton », mais qui laisse un goût de peut mieux faire une fois la dernière page tournée, tant l’intrigue avance sur des rails familiers. On apprécie l’écrin — l’atmosphère, la mise en scène — mais le scénario, lui, manque de surprises et d’aspérités. Et c’est ce qui m’a personnellement surpris : Juan Díaz Canales est pourtant le scénariste de la série mère !!! Je m’attendais à ressentir le même frisson, la même fébrilité devant les avancées de l’histoire contée…
Ce Weekly coche d’abord toutes les cases qui font envie : un parfum de polar noir, une ville qui colle aux semelles, et cette manière si intéressante, propre à la série mère, de faire entrer la politique par la porte de service, via une croisade morale contre les publications jeunesse et les pressions qui en découlent.
L’album convoque le spectre du Comics Code Authority, né en 1954, ce grand verrou moral qui voulait bannir des planches toute violence et toute image jugée « déviante », au nom de la sacro-sainte protection de la jeunesse. Difficile de ne pas y voir un écho très actuel, tant la tentation de censurer reprend du terrain dans l’Amérique de Trump. Là-dessus, difficile de bouder son plaisir : ça raconte bien, ça avance vite, et l’ambiance a ce petit quelque chose de poisseux et élégant qui fait le sel de la série.
D’autre part, le choix de Weekly comme personnage principal paraît logique : personnage attachant, souvent en retrait mais indispensable, maladroit et malin à la fois, parfait contrepoint au détective félin. L’album a d’ailleurs l’intelligence de ne pas tomber dans le travers du préquel qui « explique tout » trop vite : son passé et sa future posture se dessinent sans que l’on sente une checklist de caractéristiques à valider.
Là où ça se complique, c’est du côté de l’histoire elle-même : efficace, mais avec des effluves de “recette” déjà bien connue, avec cette sensation de suivre une enquête supplémentaire plutôt qu’une trajectoire vraiment singulière pour Weekly. Et quand l’album arrive à son point de bascule, la résolution donne une impression d’accélération, comme si le final devait rentrer de force dans le format, au lieu de laisser les enjeux respirer.
Le point, cependant, qui me faisait peur était que le dessin ait été confié à un autre que le flamboyant Juanjo Guarnido. Heureusement, Giovanni Rigano a eu l’intelligence de ne pas chercher à imiter, mais a proposé un autre style, avec une mise en scène dynamique et une colorisation qui aère et donne du relief au scénario, tout en conservant « l’esprit Blacksad ».
C’est donc plus grâce à sa composition graphique qu’à son scénario que cet opus indépendant parvient à se maintenir au-dessus du simple « produit dérivé » et à me donner envie de suivre la collection Blacksad Stories. Un oneshot à conseiller en priorité aux fans de la série, mais qui pourrait aussi servir de porte d’entrée à un nouveau lectorat.
Hâte de découvrir la suite, donc (un nouveau Blacksad est annoncé pour 2027), tandis que l’on espère un prochain Blacksad Stories centré sur la douce Alma…
Par Milan MORALES
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Weekly, Blacksad Stories, par Juan Diaz Canales et Giovanni Rigano – Éd. Dargaud. Paru le 31 octobre 2025. 17,95 €.