Bon
5 janvier 2026
La Voie des Arts vient clore une série riche, généreuse et profondément marquante. Après l’Inde et Venise, Sara Crewe nous entraîne jusqu’au Japon, dont la culture, à la fois délicate et mystérieuse, imprègne l’album d’une atmosphère singulière. Au dessin, Nora Moretti continue de livrer un travail somptueux, foisonnant de détails, dans une ambiance steampunk merveilleuse.
Mais plus qu’un récit d’aventure, ce dernier tome est avant tout un album de transition émotionnelle, centré sur les relations humaines et sentimentales. Depuis plusieurs tomes déjà, un glissement s’opérait. James, longtemps présenté comme l’évidence romantique, perdait peu à peu de sa superbe, tandis que Lavinia, l’ancienne antagoniste, gagnait en épaisseur, en complexité et en humanité. Ici, le renversement est pleinement assumé.
Lavinia, autrefois cruelle et arrogante, devient une héroïne à part entière, tant dans le récit que dans le cœur du lecteur. La question se pose alors : qui est réellement le personnage principal de Princesse Sara ?
Sara Crewe est accomplie, brillante, parfaite. Lavinia, elle, est imparfaite, égoïste, cynique, drôle, passionnée, mélancolique… et surtout libre. Elle lutte pour sa rédemption dans un monde qui peine à lui pardonner, malgré l’évolution évidente de son personnage. Cette dualité donne au tome une profondeur inattendue et particulièrement touchante.
La romance occupe ici une place centrale, traitée avec douceur et modernité. Déjà inscrite dans une démarche féministe depuis ses débuts, la série affirme désormais clairement une dimension LGBTQ+. Cette évolution s’inscrit naturellement dans le parcours des personnages et dans les thématiques portées par Audrey Alwett depuis toujours : l’émancipation, l’acceptation de soi et la liberté d’aimer.
Si l’ensemble fonctionne émotionnellement, certains choix peuvent néanmoins interroger. La résolution de la relation entre James et Sara, reléguée hors champ, paraît un peu facile et légèrement incohérente avec l’évolution du personnage de James, devenu au fil des tomes plus rigide et moins attachant.
De même, voir certains personnages historiques de la série, notamment Betty, critiquer la relation entre Sara et Lavinia est décevant. Ce rejet de la repentance de Lavinia, pourtant clairement établie depuis plusieurs tomes, rend ces figures secondaires soudainement moins sympathiques.
Malgré ces réserves, La Voie des Arts demeure une conclusion forte pour une série qui a accompagné toute une génération de lectrices et lecteurs. En réconciliant ses héroïnes, Audrey Alwett semble aussi réconcilier son récit avec ses thèmes les plus intimes.
Princesse Sara s’achève, mais son héritage, féministe, inclusif et profondément humain, continuera sans doute longtemps de résonner. Et si l’on en croit les autrices, l’idée de retrouver ces personnages dans de futures aventures n’est peut-être pas totalement exclue…
Par Alice D’ANDREA
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Princesse Sara T. 15 : la Voie des Arts - Par Audrey Alwett & Nora Moretti - Ed. Soleil