Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Walthéry & Co 3/3 : « Rubine – The 90’s », le préquel de l’incendiaire policière de Chicago [INTERVIEW]

Par Charles-Louis DETOURNAY 5 juillet 2024 
Les Éditions du Tiroir mettent le paquet sur Rubine : ils ont non seulement repris la série dans la foulée du Lombard, et voilà qu'ils innovent désormais avec une seconde série parallèle. Back to the future : Rubine se souvient de ses aventures dans les années 1990, de quoi nous donner l’occasion de mieux découvrir le caractère de cette héroïne co-créée par François Walthéry et Mythic. Les deux auteurs ont pris le temps de répondre à nos questions, ainsi que Nico Van De Walle, le dessinateur de cette nouvelle série dont le tome 2 est déjà en préparation !

Walthéry & Co 3/3 : « Rubine – The 90's », le préquel de l'incendiaire policière de Chicago [INTERVIEW]
Un des essais pour Rubine

Pour ceux qui n’auraient pas encore découvert ce nouvel album paru en février dernier toujours aux Éditions du Tiroir, sachez qu’on retrouve notre rouquine au tempérament de feu dans une petite ville du Montana.

Le juge du comté - qui abuse clairement de ses pouvoirs pour fournir de la main d’œuvre gratuite aux fermes de ses amis - la condamne à des heures d’intérêt général. Mais voilà, l’exploitation où Rubine est tombée semble être le repaire d’une milice du KKK avide d’armes et de sensations fortes. Dès lors, cet album qu’on aurait pu appeler « Rubine à la ferme » se transforme rapidement en « Rubine ne se laisse pas marcher sur les pieds ». De quoi livrer son lot de scènes d’action et de répliques incendiaires !

Qui a eu l’idée de cette série parallèle, à savoir explorer le passé de Rubine avant qu’elle ne devienne flic à Chicago ?

François Walthéry : Projeter Rubine dans les 90’s ? Hé hé ! Je pense que c’est Mythic qui en a eu l’idée, non ?

Mythic : Merci pour les fleurs, François, mais dans ce cas-ci, le mérite en revient à l’éditeur. Même si j’ai d’emblée accroché au concept parce que voir Rubine sous le crayon d’un autre dessinateur me plaisait beaucoup. Plusieurs dessinateurs ont été pressentis, dont Ghyslain Duguay, le dessinateur de la série MacGuffin & Alan Smithee, puis Nicolas Van De Walle, l’auteur d’Adelin & Irina. Les deux me plaisaient, mais le choix de François Walthéry a finalement été Nico, un dessinateur issu de l’école liégeoise plus proche de sa fibre artistique.

François Walthéry : Et cela se vérifie avec ce premier album qui déménage ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Nicolas est un passionné et un travailleur ! Il donne beaucoup de lui-même dans chaque page, j’étais impressionné !

Mythic : Oui, Nico s’est emparé du projet avec fougue et passion, lui consacrant, durant des mois, toute son énergie. Si j’ai été ravi du résultat, c’est au public que l’album appartient à présent.

Nico, comment avez-vous approché le graphisme de cet album ? Avez-vous essayé de vous glisser dans le style des précédents dessinateurs de Rubine ?

Nico : J’aurais bien voulu dessiner des pages dans le style de François Walthéry, à l’origine graphique de la série Rubine, mais pour ça j’aurais dû d’abord recopier plusieurs de ses planches et le délai était trop court pour faire ça. J’ai donc dessiné cet album dans mon propre style, en essayant de faire des clins d’œil à des scènes dessinées par François dans Natacha, comme lorsque le camion percute un barrage de rondins, ou dans la scène finale, quand la limousine se crashe.

Vous aviez déjà réalisé un préquel de Caroline Baldwin : quels sont les avantages et les difficultés de ce type de reprise ?

Nico : Pour Caroline Baldwin, je n’ai pas non plus essayé de recopier le style d’André Taymans, parce que c’était ce qu’il désirait : un album de Caroline avec un style graphique différent. Dans la mesure où il me fournissait un découpage dessiné, les cadrages et certains éléments de mise en scène avec des cases muettes ont donné ce style un peu hybride.

François Walthéry, Nico Van de Walle et André Taymans
Photo : DR.

Puis la série Rubine – The 90’s se déroule à une autre période que la série-mère, il ne fallait donc pas nécessairement que les styles soient identiques !

François Walthéry : Bien entendu ! On part en arrière dans le temps, donc les lecteurs doivent accepter un autre graphisme parce que Di Sano est plus proche de mon style pour la série-mère. Mais je pense qu’on rentre facilement et agréablement dans l’histoire dessinée par Nico.

Mythic, vous aviez déjà évoqué la jeunesse de Rubine dans la série-mère. Restait alors à explorer la période entre son enfance provinciale et son métier de flic ?

Mythic : Vous évoquez l’album America qui traite de l’enfance de Rubine en Louisiane. Pourquoi la Louisiane ? Par souci d’exotisme (et un peu d’érotisme à cause du film Body Heat de 1981). Les états du Sud m’ont toujours fasciné, j’étais un partisan inconditionnel de la Confédération, du général Lee et de Scarlett O’Hara. En cela, je suis une victime du cinéma américain qui a sublimé durant toute mon enfance ce doux Sud où il fait si bon vivre et où règnent les grandes familles chevaleresques dans leurs superbes demeures antebellum. Il faut se rendre à l’évidence que les Sudistes ont perdu la guerre de Sécession mais ont gagné la bataille de l’image et de la pellicule jusque dans les années 1980. Mais revenons à Rubine et son passé à Belmont, ville tranquille dont son père est le shérif ! Ce voyage dans le temps n’a pas du tout été une sinécure car si j’avais utilisé çà et là des bribes de sa vie, je n’en savais guère plus que les lecteurs de la série. La gageure a donc été de créer un passé à un personnage existant et de trouver dans ses racines celles qui allaient former sa psyché de femme-flic.

Nous n’allons pas tout dévoiler au lecteur, mais vous avez imaginé un passé dense à Rubine : était-ce une façon de montrer pourquoi cette rousse incendiaire n’est pas une flic comme les autres ?

Mythic : Merci pour la question ! Je suis parti du fait que dans sa vie antérieure Rubine avait été un (ou une) marine. Du coup, ce n’était plus l’histoire d’une jeune femme nantie d’une toison opulente et rousse héritée de ses ancêtres irlandais mais un être brut de décoffrage avec la boule quasi rasée à zéro. Il a fallu composer avec cette donne.

Dans cet album, vous évoquez les milices indépendantistes du Montana…

Mythic : À ma connaissance, le Montana et le Wyoming sont les états les plus sauvages des USA et les plus opposés au gouvernement central de Washington qui est leur ennemi juré au même titre que l’Union européenne. Il s’agit sans doute d’une image fort spinalienne (quoiqu’on a vu le pouvoir des milices lors de la prise du parlement par les partisans de Trump à la fin de son mandat). Rassurons-nous toutefois : si le territoire des deux États mesure 20 fois la superficie de la Belgique, le nombre d’habitants est à peine celui de Bruxelles et de sa périphérie. Mon élément de départ (le déclencheur) se situe au début du film « Code Mercury » (Mercury Rising) datant de 1998, lorsque des hommes d’une milice braquent une banque du Dakota du Sud…

Vouliez-vous donner plus de place à la gent féminine, même chez les méchants ?

L’une des méchantes de cette nouveauté

Mythic : Que peut-on déduire d’un homme qui choisit de créer une série avec une femme comme héroïne ? Le plus simple est sans doute d’avouer qu’il les aime et les déteste à la fois. Il faut également tenir compte que hors public de festival, la série possède un nombre non négligeable de lectrices qui sont parfois très jeunes malgré les thèmes adultes abordés : meurtres, trafic d’organes, problématique des mères porteuses…

Nico, quel a été le moment où vous vous êtes le plus amusé et celui où vous avez le plus galéré sur cette reprise ?

Nico : La scène de l’enterrement a été ma préférée à illustrer : on aurait dit que c’était écrit pour moi, alors qu’au départ, c’est Ghyslain Duguay qui était pressenti. J’ai bien aimé aussi la poursuite à moto, la baston dans la ferme et les scènes avec la gamine diabolique, Lilith. Les planches intérieures de dialogues étaient graphiquement un peu plus ennuyeuses, même s’il faut bien passer par là pour livrer les informations nécessaires au lecteur. J’ai alors choisi de faire pleuvoir à un moment pour rajouter de l’ambiance à ces séquences plus statiques.

Est-ce que la recherche de documentation n’a pas été trop compliquée ?

Nico : Pas du tout. Mythic me fournissait tout ou presque. Et même quand ça n’y était pas, c’était facile à trouver. De toute manière, c’est une bande dessinée que l’on fait pour s’amuser, pas un documentaire. Ce n’est pas comme si je devais dessiner la Grande Armée de Napoléon, on peut être plus coulant avec la documentation.

Mythic, l’album est également truffé de références : des musiques et des films des années 1990 qui ont marqué une génération ?!

Mythic : Tout à fait ! Mais cela doit rester de l’ordre de l’habillage de la série et ne pas l’alourdir. Je dois également rester le plus international possible au niveau des références car les aventures de Rubine sont traduites en une demi-douzaine de langues. On doit surtout éviter les erreurs car en trente ans, notre vie au quotidien a changé de manière furieuse et dès que l’on veut parler de quoi que ce soit, il faut pianoter sur le net, la question étant : est-ce que cela existait à l’époque ? Chaque recherche m’a apporté son lot de surprises.

Au bout du compte, comment s’est déroulé cette première collaboration entre vous deux ? Car je crois, Mythic, que vous appréciez gratifier les lecteurs d’albums denses ?!

Nico : Mythic est charmant, pas casse-pied pour un sou, et c’est très agréable de travailler avec lui. Il est vrai que sur certaines pages, j’ai dû me casser un peu la tête pour donner à certains dessins l’amplitude qu’ils étaient censés avoir, mais c’est ce qui donne le sel du défi !

Mythic : Nico est un pro et la réalisation d’une page recadrée par Walthéry - qui lui a précisé certains de ses codes propres - a suffi. En ce qui concerne le couple scénariste-dessinateur, c’est à chaque fois une histoire d’amour différente et nous n’en sommes encore jamais qu’aux fiançailles…

Quant à savoir si je veux donner au lecteur un album touffu, la réponse est oui. Il est vital pour le genre qu’il en ait pour son argent. Raison pour laquelle je déteste les romans graphiques… pour les meilleurs, on dirait un brouillon. Le dernier que j’ai « lu » : près de 150 pages, des trucs à peine esquissés, des répétitions à l’envi et un scénario vu mille fois qui tient sur un ticket de métro. Temps de lecture : 3 minutes.

En exclusivité, une page du tome 2.

Et pour la réalisation de la couverture ?

François Walthéry : Comme pour la série principale, nous nous partageons le travail sur la couverture : je me suis occupé de Rubine, tout en restant cohérent avec la façon dont Nico la réalise, puis il a assuré pour le reste. C’était intéressant de me confronter à sa manière de dessiner, car il travaille sur des formats jusqu’à trois fois plus grands que l’original ! Et l’ensemble est très bien agencé, car l’album a beaucoup de rythme : à la lecture, on a vraiment envie de découvrir la suite, et je trouve que la fabrication des Editions du Tiroir est très qualitative.

Justement, un deuxième album de Rubine – The 90’s est-il prévu ?

Mythic : Il est même complètement écrit même si cela a été un peu dans l’urgence. L’album se déroule au Brésil et à Los Angeles, aux États-Unis, et s’intitule Bodyguards & Co.

Nico : Je l’ai déjà commencé : j’en suis à la page 14.

A paraître : Adelin et Irina tome 4

Sans oublier votre série Adelin & Irina ?

Nico : Je termine les couleurs du quatrième tome intitulé La Cité pétrifiée. Je fais aussi quelques pages d’histoires courtes pour m’amuser. Je prévois également un spin-off avec pour héroïne la capitaine Linielle, déjà apparue dans plusieurs histoires d’Adelin & Irina. Ce sera un album plus épais que la moyenne, dont j’ai déjà découpé cinquante pages.

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

A paraître : Adelin et Irina tome 4

Par Charles-Louis DETOURNAY

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782931251034
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Charles-Louis DETOURNAY  
A LIRE AUSSI  
Interviews