Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Moyen
14 juillet 2026
Voilà comment commence Une Vie normale, avant d’enclencher une longue analepse relatant les événements qui y ont conduit. On y retrouve deux jeunes hommes blonds aux yeux bleus, dont l’allure évoque celle d’éphèbes. Ils ont à peine 17 ans et viennent de louer un appartement à Marseille. Chacun d’eux porte les meurtrissures de son passé. Romain, tout particulièrement, semble avoir subi une relation abusive avec son père...
L’album l’annonçait dès sa campagne Ulule : Une Vie normale est une histoire d’inceste et de violences sexuelles. Le viol n’est jamais montré, mais ses conséquences imprègnent tout le récit, comme autant de cicatrices laissées sur la carcasse de Romain. C’est lui qui demeure le plus profondément marqué par ce traumatisme.
Mais ce n’est pas seulement une histoire d’inceste. En parallèle, un thriller psychologique se déploie afin de répondre à l’intrigue introduite dans l’incipit. Les protagonistes entrent rapidement en contact avec plusieurs personnages aux activités pour le moins douteuses...
C’est peut-être là que réside la principale faiblesse du récit. Annoncé comme une œuvre intime et profonde sur les violences incestueuses, il se voit enrichi de plusieurs intrigues secondaires complexes, qui rendent la situation aussi spectaculaire que dramatique. En postface, l’autrice rappelle pourtant les chiffres : un enfant sur dix est victime d’abus sexuels, dont 81 % au sein de son entourage, selon une étude.
Ce travail de documentation et cette volonté de dépeindre les conséquences de l’inceste sur le long terme se trouvent malheureusement parasités par ses sous-intrigues qui détournent progressivement l’attention du cœur du récit. Elles se révèlent davantage envahissantes qu’enrichissantes, au point de brouiller un discours dont la conclusion demeure finalement assez simple. On peut s’interroger sur le bien-fondé d’une fiction aussi mélodramatique pour aborder un sujet aussi sensible, qui fait chaque jour de nouvelles victimes.
Ces réserves étant faites, on salue néanmoins le choix d’aborder un sujet encore largement tabou, ainsi que le travail de recherche mené pour construire des personnages crédibles et profondément humains.
Par Colin BESNIER
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Une Vie normale - Par Virginie Humbrecht - Éd. Kuma - 22 €