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« Une Rose seule » : le Japon comme miroir intérieur

Par Jessy LEMESLE Favori de la rédaction 19 juillet 2025 
Dans Une Rose seule, Kan Takahama signe un roman graphique délicat et introspectif, d’après l'œuvre éponyme de Muriel Barbery, où le Japon, entre temples silencieux et jardins suspendus, devient le théâtre d’une quête identitaire bouleversante. À travers le parcours de Rose, l’autrice nous livre une méditation poétique sur les origines, le deuil et la réconciliation avec soi-même.

Il y a des bandes dessinées qui se lisent comme on traverse un jardin zen, à pas lents, en silence, absorbés par les moindres vibrations de l’air. Une rose seule, de Kan Takahama, adapté du roman éponyme de l’écrivaine française Muriel Barbery, est de ceux-là. Il y est question d’un voyage, d’un deuil, mais surtout d’une rencontre avec soi-même. Rose, héroïne discrète et écorchée, arrive pour la première fois au Japon à la suite du décès de son père, un marchand d’art contemporain qu’elle n’a jamais connu. Une lettre l’y a conduite, et derrière cette missive, un passé inconnu qui réclame d’être révélé.

Kyôto devient le cadre d’un lent dévoilement. Accompagnée de Paul, ancien assistant de son père, Rose arpente temples, sanctuaires et ruelles anciennes comme autant de jalons d’un chemin initiatique à travers un itinéraire imaginé par le défunt, semé d’émotions et de rencontres. Lui permettant ainsi de dépasser l’amertume et la colère liées à l’absence pour se laisser emporter par le tourbillon de ses origines enfin retrouvées. À chaque étape, surgit un pan d’histoire, un fragment d’émotion, une fissure dans l’armure qu’elle s’est construite. Le Japon n’est pas ici un simple décor exotique, mais un espace de transition, entre silence et révélation. « Chaque jour, Rose découvre une nouvelle facette de son passé, de son père et de sa propre histoire », écrit Barbery dans son roman, avec cette grâce qui lui est propre.

 « Une Rose seule » : le Japon comme miroir intérieur
© Editions Rue de Sèvres

Une retranscription fidèle du roman

L’écriture de l’autrice, ciselée et méditative, épouse parfaitement le rythme intérieur de son personnage. Il y a dans ses phrases une respiration, une forme d’écoute du monde, qui rend la lecture presque sensorielle. Les descriptions ne sont pas de simples cartes postales : elles vibrent d’une intériorité. Les jardins, les pierres moussues, les encens des temples deviennent les reflets d’un esprit en recomposition.

Mais Une rose seule est bien plus qu’un roman graphique d’atmosphère. C’est une exploration fine de l’identité. Que nous disent nos racines ? Comment se construit-on avec l’absence ? Peut-on faire la paix avec un héritage qu’on n’a pas choisi ? À travers Rose, Barbery interroge les blessures invisibles, les silences familiaux, mais aussi cette faculté que l’on a, parfois malgré nous, à avancer, à s’ouvrir, à pardonner ; tandis que, de l’autre côté, Kan Takahama les transpose en phylactères par le truchement d’un regard pénétrant. Cette dernière n’est pas à son coup d’essai. En France, paraissent Mariko Parade avec Frédéric Boilet, Le dernier envol du papillon ou encore Tokyo, amours et libertés. L’amant, l’adaptation du roman éponyme de Marguerite Duras est sa première œuvre chez Rue de Sèvres, suivie de l’adaptation d’Une Rose seule de Muriel Barbery en 2024.

© Editions Rue de Sèvres

Les personnages secondaires, eux aussi finement dessinés, enrichissent ce parcours. Paul n’est pas un simple guide, mais un passeur entre deux mondes, entre un père absent et une fille en quête de sens. D’autres rencontres ponctuent ce voyage, apportant chacune leur pierre à l’édifice intérieur de Rose.
Roman graphique de l’apaisement, de la lente réconciliation avec soi et avec l’autre, Une rose seule nous invite à la lenteur et à l’écoute. Il ne cherche pas à bouleverser par des rebondissements, mais à toucher en profondeur. À la fin, on referme le livre comme on sortirait d’un temple : un peu plus calme, un peu plus en paix, un peu plus soi. Finalement, une histoire familiale sensible, prenant place dans un Kyoto fidèlement retranscrit.

Un conseil : ne lisez pas cette BD trop vite. Laissez-la infuser, comme un thé fumant dans une tasse de porcelaine. Car Une rose seule, c’est aussi cela : un rituel, une offrande, une invitation à la contemplation.

© Editions Rue de Sèvres

Par Jessy LEMESLE

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Code EAN : 9782810210596
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