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Scott Adams, créateur de Dilbert, est mort à 68 ans

Par Benjamin HERZBERG 14 janvier 2026 
Le dessinateur et auteur américain Scott Adams, créateur du célèbre comic strip Dilbert, est décédé à l’âge de 68 ans des suites d’un cancer agressif de la prostate. L’annonce a été faite par son ex-épouse, Shelly Miles, lors d’un livestream qu’animait Adams jusqu’ à ces derniers jours. Il y avait laissé un message rédigé le 1er janvier, dans lequel il écrivait : « J’ai eu une vie incroyable. J’y ai tout donné. »

Créé en 1989, Dilbert s’était imposé dans les années 1990 comme l’une des grandes bandes dessinées de la presse américaine, au même titre que les Peanuts, Garfield ou Doonesbury. À travers un humour sec, absurde et souvent cruel, Scott Adams y chroniquait le quotidien aliénant du travail de bureau : open spaces, managers incompétents, jargon managérial et absurdité bureaucratique. Le personnage principal, ingénieur sans qualités distinctives, entouré d’une galerie de collègues devenus emblématiques (le « Pointy-Haired Boss », Alice, Wally, Dogbert…), permettait à des millions de lecteurs de projeter leur propre expérience professionnelle dans ces situations volontairement génériques.

Le succès fut considérable. À son apogée, Dilbert était diffusé dans près de 2 000 journaux à travers le monde. La série donna lieu à de nombreux recueils, à une série animée, à des produits dérivés, ainsi qu’à plusieurs essais à succès, dont The Dilbert Principle, où Adams formulait sa célèbre théorie selon laquelle « les employés les moins compétents sont promus à des postes où ils peuvent faire le moins de dégâts : le management ».

Cette réussite tardive (Adams n’abandonna son emploi salarié qu’en 1995) reposait largement sur son expérience personnelle. Diplômé en économie puis titulaire d’un MBA, ancien employé de banque puis ingénieur chez Pacific Bell, il nourrissait son strip de situations observées lors de réunions et de la vie d’entreprise. Il expliquait souvent que le caractère volontairement neutre de Dilbert, sans âge précis ni fonction clairement définie, expliquait l’identification massive des lecteurs.

Mais la carrière de Scott Adams a aussi été marquée par de nombreuses polémiques, bien antérieures à la chute brutale de Dilbert dans la presse. À partir des années 2000, ses prises de position sur son blog puis sur son podcast Real Coffee With Scott Adams ont régulièrement suscité de vives critiques, notamment pour des propos sexistes, complotistes ou certains propos jugés antisémites (dans un billet de blog publié en 2006, où il mettait en doute le chiffre de six millions de Juifs assassinés pendant la Shoah).
Son positionnement de plus en plus favorable à Donald Trump depuis plusieurs années, même s’il se présentait initialement comme un simple analyste des mécanismes de la communication politique, a progressivement effacé cette distance analytique et contribué à éloigner une partie de son lectorat.

La rupture définitive survient en février 2023, lorsqu’ Adams qualifie les Afro-Américains de « groupe haineux » lors d’un épisode de son podcast, appelant les Blancs à « s’en éloigner ». En quelques jours, des centaines de journaux cessent la publication de Dilbert, et son syndicateur met fin à leur collaboration. Adams refuse de s’excuser, parlant d’hyperbole, et se lance dans une auto-publication par abonnement sous le titre Dilbert Reborn. Affaibli par la maladie, il cesse de dessiner fin 2025, tout en continuant à écrire les strips.

La mort de Scott Adams referme ainsi une trajectoire profondément paradoxale. D’un côté, celle d’un auteur qui a su capter avec une rare justesse le malaise du travail contemporain et marquer durablement l’histoire du comic strip de presse. De l’autre, celle d’une figure publique dont les dérives idéologiques et les déclarations répétées ont fini par éclipser l’œuvre et provoquer son effondrement médiatique.

Reste Dilbert, témoignage acide d’une époque et d’un monde du travail qui, pour beaucoup, n’a pas tant changé. Un strip devenu à la fois miroir générationnel et cas d’école sur la manière dont un auteur peut, par ses prises de position, rompre le lien avec son propre public.

Par Benjamin HERZBERG

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Dilbert ✏️ Scott Adams Humour Marché de la BD : Faits & chiffres Décès 2026
 
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5 Messages :
  • Scott Adams, créateur de Dilbert, est mort à 68 ans
    14 janvier 15:25, par Centrebert

    « "cancer agressif de la prostate" »
    A noter que le cancer a aussi des effets sur l’humeur en symptômes qui peuvent d’ailleurs être interdépendants, c’est à dire qu’une dépression chronique peut faire apparaitre un cancer et un cancer peut désorganiser la gestion de l’humeur. Ca vaut aussi pour les délires de Lovecraft, la gauche sous estime les raisons cliniques de certains radicalismes dérivatoires qu’ils soient à gauche ou à droite.

    « "un message rédigé le 1er janvier, dans lequel il écrivait : « J’ai eu une vie incroyable. J’y ai tout donné. »" »
    Il a surtout écrit qu’il avait voulu être utile à la société et il concluait que les gens devraient viser la même chose. A noter qu’il a fait une dernière blague sarcastique en se convertissant au christianisme.

    « "Scott Adams y chroniquait le quotidien aliénant du travail de bureau" »
    Le truc étrange c’est que ça le porterait à être démocrate mais il était républicain.

    « "il nourrissait son strip de situations observées lors de réunions et de la vie d’entreprise" »
    On pouvait même lui apporter des histoires, je crois que c’était par mail sur son site ou en commentaire de ses comics sur son site.

    « "Real Coffee With Scott Adams" »
    Sans parler du fait que c’était tellement hors de propos avec Dilbert, ça gâchait Dilbert et la dénonciation du monde du travail qui était important car c’était l’une des rares choses que les managers lisaient périodiquement et qui pouvaient parfois les réveiller. Et le coup de payer pour avoir accès à son émission qu’on en avait rien à faire pour avoir Dilbert Reborn c’était tellement... j’ai l’impression que très peu de personnes on eu le courage de payer, perso je l’ai pas fait.

    « "parlant d’hyperbole" »
    D’après ce que j’ai lu de la retransmission complète, il faisait une comparaison et du coup il concluait sur une hyperbole sarcastique, ce qui est légitime de ce point de vue, les médias de gauche américains auraient dû compléter quand ils ont tout fermé que c’était l’allusion de trop à des choses qu’ils disaient plus franchement d’autres fois.

    « "le malaise du travail contemporain" »
    Et du coup on perd le seul auteur qui en parlait, j’ai regardé dans le monde j’en ai pas trouvé en français ou en anglais, si je veux des comics faut que je cherche dans les milliards de memes ou que je les fasses moi-même en fait...

    « "rompre le lien avec son propre public" »
    Juste avec celui de gauche qui se rétrécit de plus en plus si vous jetez un oeil aux élections à travers le monde, au centre on fait la différence et on encaisse parce qu’on a que lui, et à droite bah ça les amuse deux fois plus et eux sont de plus en plus nombreux.

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  • À partir des années 2000, ses prises de position sur son blog puis sur son podcast Real Coffee With Scott Adams ont régulièrement suscité de vives critiques, notamment pour des propos sexistes, complotistes ou certains propos jugés antisémites (dans un billet de blog publié en 2006, où il mettait en doute le chiffre de six millions de Juifs assassinés pendant la Shoah)

    Pourquoi prendre des pincettes ? la tournure de cette phrase pourrait laisser plâner un doute sur la nature antisémite de ses paroles, comme s’il pouvait s’agir d’un triste malentendu. Il n’y a pas à hésiter, Scott Adams a multiplié les positions racistes (exhortant les blancs à s’éloigner des noirs et assimilant les groupes comme BLM à des groupes de haine), antisémites (remise en question de la Shoah), sexistes et sans doute d’autres saillies tout aussi inacceptable. La mort n’efface pas les ardoises.

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    • Répondu par Benjamin Herzberg le 22 janvier à  16:50 :

      Hiérarchiser n’est pas minimiser. Sur le sexisme et le complotisme, les positions de Scott Adams sont nombreuses, répétées et documentées, y compris dans ses livres, ainsi que son discours récurrent sur un prétendu racisme anti-blanc et sa mise en scène en victime de la "cancel culture", et je les ai traitées sans détour. Sur l’antisémitisme, j’ai été plus prudent. Il existe bien une prise de position publique de 2006 où il remet en question le chiffre de la Shoah dans un registre du « on pose juste des questions », largement identifié comme une forme de négationnisme par insinuation, alors même que les données sont établies de longue date par des institutions de référence et très faciles à trouver. Cet épisode, aussi problématique soit-il, ne s’inscrit toutefois pas dans une continuité de prises de position antisémites. Il relève plutôt d’un "contrarianisme" systématique qu’Adams a cultivé sur de nombreux sujets, de la science à l’histoire, souvent sans les maîtriser (il explique par exemple dans un de ses livres que la gravité n’existe pas et que les objets ne s’attireraient pas, mais grossiraient en permanence). Cela n’excuse rien, mais explique pourquoi je n’en ai pas fait de l’antisémitisme un axe central de son portrait, contrairement à d’autres dérives plus constantes.

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  • Scott Adams, créateur de Dilbert, est mort à 68 ans
    16 janvier 14:18, par Fk lehodey sebert

    Le « cartoonisme » n’est malheureusement pas toujours une antidote aux prises de positions populistes voire aux dérives racistes, si tant est qu’il puisse être démontré (contrairement aux conclusions de l’anthropologue et ethnologue français Claude Lévi Strauss) qu’il puisse exister sur cette terre une autre race humaine que la seule race humaine.
    Dans son article nécrologique, Benjamin Hezberg, (par ailleurs spécialiste du monde humaniste d’un Will Eisner pionnier du genre), parvient à saluer à la fois le succès réel rencontré par Scott Adams en soulignant la partie la plus lumineuse de son trait, très critique envers le monde de l’entreprise, mais n’oblitère pas pour autant, à l’occasion de sa disparition, les dérives et la partie plus obscure du créateur des strips de Dilibert.
    Une performance critique toute en nuance, à mettre à son crédit .

    F.K.Lehodey © 2026 LA NORMANDIE LIBRE/ NORMANSLAND fautvousfaireundessin

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    • Répondu le 17 janvier à  08:25 :

      On parle de « dérive »… mais des artistes de droite, ou d’extrême-droite, il y en a toujours eu.

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