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Choses vues à Québec : la lutte contre l’IA !

12 avril 2026 Commenter
✏️ Jean-Paul Eid ✏️ Pascal Colpron Québec (Canada) 🛒 Acheter

RÉVOLUTION ! L’IA, débattue, controversée, haïe, est clairement devenue l’ennemi numéro 1 des auteurs de BD. Au Québec, le problème a été pris à bras le corps. Lancé en 2025 et mené par le bédéiste Pascal Colpron, le collectif Regroupement pour l’Art Humain se dresse fièrement contre l’utilisation de l’Intelligence Artificielle dans l’édition. Plutôt que d’en parler nous-mêmes, nous laissons la parole à Jean-Paul Eid qui a été l’un des membres fondateurs du mouvement.

Jean-Paul Eid : Le Regroupement pour l’Art Humain (RAH), c’est un mouvement qui est né en marge du Salon du livre 2025, où on s’est rendu compte qu’il y avait des tas de couvertures de romans, de livres jeunesse, de livres toutes sortes, qui sont de plus en plus faits par l’intelligence artificielle. Nous, on a l’œil, on les voit. En allant au Salon du Livre, on a vu qu’il y avait des éditeurs qui avaient des murs entiers de couvertures faites par IA. Tout ça a suivi une lettre ouverte que j’avais fait passer dans Le Devoir où je dénonçais ça. L’Intelligence Artificielle Générative (IAG) qui remplace en ce moment notre travail, elle pille nos portfolios en ligne, ni plus ni moins. C’est ça qui nous énerve, c’est qu’employer ça, c’est ni plus ni moins que d’aller acheter des contrefaçons.

Notre coup de gueule en 2025, tout de suite après le Salon du livre, a eu beaucoup d’écho, et on a aujourd’hui plus de 70 éditeurs québécois qui nous appuient officiellement et qui se sont manifestés publiquement pour dire que l’IA ne faisait pas et ne ferait pas partie de leur façon de faire des livres. On est vraiment rassurés de voir que la grande majorité du milieu de l’édition est d’accord avec ça. Il reste des mauvais joueurs, des éditeurs qui sont capables de justifier le fait que certains projets ne sont rentables que s’ils emploient l’Intelligence Artificielle, ce qui sous-entend que leur profit se base sur le vol de nos droits d’auteur.

Nos actions ont été de toutes sortes. Juste avant Noël, on a sorti une liste d’éditeurs éthiques pour être bien sûr que les gens puissent acheter de façon éthique, étant donné qu’évidemment, les éditeurs qui emploient l’Intelligence Artificielle se gardent bien de le dire. On a fait des revendications politiques aussi, on a déposé une motion qui a été acceptée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale du Québec pour revoir les critères de subventions à la culture. Parce que si la culture est très largement subventionnée au Québec – et au Canada de façon générale – on ne comprend pas pourquoi des projets qui remplacent nos artistes par des IA qui pillent leur travail devraient être soutenus par l’État. On va aussi faire des démarches dans toutes sortes de domaines. On a un premier libraire qui a officiellement renvoyé à son distributeur des livres faits par l’intelligence artificielle.

Un des grands prix littéraires, le prix des Libraires justement, qui a une grosse incidence sur la vie d’un livre au Québec, a officiellement publié des critères où ils n’accepteront pas les livres qui ont été faits au niveau textuel ou graphique avec l’apport d’intelligence artificielle.

On est là pour faire comprendre aux gens que ce n’est pas éthique d’utiliser l’IA, et qu’il va falloir qu’ils défendent leur position si jamais ça se fait et ça se sait. Aujourd’hui, on est plein d’espoir parce qu’on a le public derrière nous. Dans le milieu de l’édition, le public ne veut pas d’intelligence artificielle. S’il voit un livre écrit par ChatGPT, il ne l’achètera pas. Là, on a un projet long terme de certification, qui serait pancanadien et qui ferait en sorte que les livres qui ont été faits sans IA auraient un logo (un peu comme le label « Fabrication Humaine » en France). Éventuellement, ce logo-là pourrait être reconnu, voire exigé par des grands prix littéraires, pour des expositions, pour toutes sortes, que ça devienne une espèce de forme de reconnaissance d’usage éthique dans le livre.

Le collectif a même fait une action choc au Salon du Livre de Québec, accompagné de véritables luchadors ! La lutte contre l’IA ne fait que commencer !

AO

Propos de Jean-Paul Eid, recueillis par Akira Oikawa

Photo de couverture prise par Akira Oikawa : De gauche à droite, Bach, Paul Bordeleau, Jean-Paul Eid, Julien Paré-Solel

Voir en ligne : Le site du collectif

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