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Entrer dans l’école Émile Cohl, c’est un peu toucher du doigt — et fouler du pied — l’histoire culturelle et industrielle de Lyon.
Culturelle, d’abord, car l’établissement qui porte le nom du pionnier du dessin animé français a formé — et compte parmi ses enseignants — quelques-uns des grands noms de la bande dessinée de ces quarante dernières années : Florence Dupré-Latour, Théo Grosjean, Chloé Cruchaudet, Félix Delep ou encore Fred Bernard, pour n’en citer que quelques-uns.
Industrielle ensuite, puisque l’école a investi il y a une dizaine d’années une ancienne usine Renault où étaient construits camions et automobiles. L’ensemble du complexe qui l’accueille aujourd’hui est une ancienne friche industrielle réhabilitée et revalorisée par la Ville de Lyon et plusieurs acteurs privés.
Théo Chappert, étudiant à Émile Cohl et chargé de communication du festival Repère, précise une particularité du lieu : « Au niveau de l’architecture, le toit en vague du bâtiment de l’école représente une pellicule de film, par rapport à Emile Cohl qui est l’inventeur du dessin animé. »
Ce choix architectural n’a rien de surprenant dans la ville des frères Lumière et du cinéma. Pourtant, le festival Repère, dont l’école a lancé la première édition ce 25 avril 2026, entendait mettre l’accent non pas sur l’animation, mais sur l’illustration, comme l’explique Théo Chappert :« L’objectif, c’est aussi de mettre en avant tout le côté formation d’illustration parce qu’à la sortie de l’école, les étudiants travaillent beaucoup dans le cinéma d’animation ou dans le jeu vidéo. Or, ce sont des milieux qui sont assez bien représentés par les médias et par les festivals. Pour l’illustration c’est un peu plus compliqué donc on voulait créer quelque chose d’important pour toute la filière de l’illustration.. »
Autre ambition : permettre aux habitants du quartier de découvrir ou redécouvrir un lieu habituellement fermé au public : « On a beaucoup de retours de personnes qui passent dans la rue et qui voudraient venir explorer l’école, chose qui n’est pas possible malheureusement, le lieu n’étant pas fait pour cela. Mais on voulait créer quelque chose pour justement accueillir les personnes du quartier, que ce soit les familles, les retraités.... »
Emmanuel Perrier, directeur général délégué d’Émile Cohl, revient sur la genèse du projet Repère : « C’est l’héritage d’un évènement précédent qui s’appelait "La Collection", que l’on organisait une fois par an avant Noël. On y invitait déjà nos auteurs, des gens qui ont fait l’école, donc soit des professeurs, soit des anciens étudiants sortis d’école et qui éditent. On était associés à une librairie qui nous fournissait les livres. Les gens venaient, achetaient leurs livres et les faisaient dédicacer. Cela servait la plupart du temps aux cadeaux de Noël. Il y avait de l’illustration jeunesse, toutes sortes de styles aussi, c’était très varié et c’est ce qu’on retrouve aujourd’hui dans le festival qui est en train de démarrer. »
Repère a toutefois été conçu différemment. Si le nouveau festival conserve un espace de dédicaces, celui-ci n’en constitue plus le cœur. La vedette revient désormais au marché de l’illustration, stratégiquement installé dès l’entrée du long hall qui accueille les visiteurs.
Autre différence notable avec La Collection : les exposants invités ne sont pas nécessairement issus de l’école. Dans un souci d’ouverture, l’établissement a présélectionné une centaine d’artistes venus de Lyon et de Paris. Une trentaine d’entre eux ont finalement répondu présent, chacun avec son univers propre.
Le déplacement de l’événement au printemps devrait également lui insuffler une nouvelle dynamique, selon Emmanuel Perrier : « Le changement de date était volontaire. La période de Noël était finalement plus compliquée pour nous à organiser parce que dans l’école, il y a des moments forts, plus ou moins denses en termes d’évènements, et la date ne convenait plus. C’est pour cela qu’on l’a déplacée au printemps. C’est une date qui coïncide avec le festival du livre jeunesse de Villeurbanne pour la première fois cette année mais aussi avec la Japan Touch. On espère donc que les gens vont sortir de chez eux, se promener ! »
Il rappelle également l’ancrage local du projet : « On espère aussi accueillir des gens du quartier puisque c’est un évènement assez local mais on sait déjà qu’il y a des gens qui viennent de plus loin et spécifiquement pour ce festival. »
Dans cette optique, plusieurs ateliers ont été imaginés pour accueillir petits et grands. Les étudiants actuellement en formation à l’EEC animent ainsi quatre ateliers destinés aux enfants à partir de 6 ans : cadavre exquis dessiné, fresque collective, création de marque-pages et atelier de découpage-collage-peinture.
La buvette du festival est quant à elle approvisionnée par une brasserie de quartier, la brasserie Montchat. Tenue par les étudiants et gérée par l’association de l’école, elle permettra de financer de futurs projets pédagogiques grâce aux bénéfices réalisés.
Enfin, l’espace dédicaces est confié à la Librairie du Cours, commerce de proximité qui a soigneusement sélectionné les ouvrages proposés sur son stand. Artistes invités comme Jonathan Muñoz, enseignants publiés tels que Chloé Cruchaudet ou anciens élèves devenus auteurs reconnus comme Théo Grosjean s’y côtoient tout au long du week-end.
Au fond du hall, des collectifs d’artistes, liés ou non à l’école, anciens ou plus récents, présentent leurs travaux. Outre l’incontournable Épicerie Séquentielle qui édite le magazine Rue de Lyon depuis plus de vingt ans, les visiteurs pouvaient découvrir le Studio Rouli Roulant, fondé par deux anciennes étudiantes de l’école, ou encore le festival d’illustration Bourrage Papier, qui se tient chaque année à Lyon mais a dû renoncer à son édition estivale faute de moyens suffisants.
« Col’art, c’est le collectif de l’école, avec des étudiants qui éditent des fanzines dans lesquels ils créent des BD autour d’un thème. Le dernier numéro porte sur la nourriture », explique Théo Chappert, qui en profite pour satisfaire notre curiosité concernant les œuvres qui habillent l’ensemble du hall et que le public peut admirer librement pendant le festival : « C’est ce qu’on appelle l’expo permanente. Elle évolue quand même plusieurs fois dans l’année. C’est classé par niveau, on voit en haut les écriteaux des classes avec les différents cours et les professeurs qui les encadrent. »
Des collages aux illustrations, en passant par les planches de bande dessinée et les exercices conceptuels à thème imposé, l’œil du visiteur ne peut qu’être attiré par la diversité des œuvres exposées, qu’elles soient accrochées aux murs ou présentées sur les différents stands. « Pour cette première édition, on voulait faire quelque chose d’un peu plus à taille humaine, pas trop gros non plus et qui soit gérable. Vu que c’est la première édition, on n’avait aucune idée de la fréquentation mais on espérait quand même avoir du monde ! On s’est dit : "On lance la chose et on verra bien !" »
Avec environ 1 200 visiteurs sur l’ensemble du week-end, plus de 170 participants aux ateliers créatifs (fresque murale, création de marque-pages, découpage-collage-peinture et cadavre exquis) et un public particulièrement varié — familles, étudiants, retraités, habitants du quartier ou visiteurs venus de plus loin — le pari semble réussi.
Repère a ainsi atteint son double objectif : remettre en lumière l’illustration, discipline au cœur de l’enseignement dispensé par l’école, tout en ouvrant davantage l’établissement sur son environnement immédiat.
Un rendez-vous à suivre donc, et que l’on espère voir rejoindre durablement la grande famille des festivals d’illustration et de bande dessinée d’Auvergne-Rhône-Alpes, aux côtés du Lyon BD Festival, de BDécines ou encore d’Eurêka à Eurre, dans la Drôme.
Voir en ligne : LE SITE DE L’EVENEMENT
Par Gaëlle BEDIS
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