Excellent
22 mars 2025
C’est la vie, le destin, l’Histoire… Chaque drame en recouvre un autre et celui qui a eu lieu en 1995, par son unicité, n’est pas comparable aux massacres du 7 octobre, ni historiquement, ni médiatiquement (qui, en France, a entendu parler de l’accident dramatique d’Arad ?). Pourtant, cet épisode a profondément marqué Gilad Sheliktar qui raconte cette journée particulière où, dans l’un de ces festivals qui ont lieu chaque année, vendu comme une sorte de « Woodstock israélien », 95 personnes ont été blessées et deux adolescents de 16 et 17 ans piétinés à mort dans un mouvement de foule incontrôlé lors d’un méga concert.
Ce drame, Gilad Sheliktar le décrit avec art. Nous sommes d’abord dans une joyeuse insouciance. Trois jeunes gens se rendent dans un festival réputé. Oh, c’est bien sage, rien à voir avec les débordements de l’époque hippie. On y croise des filles bien sûr, on partage un verre, une cigarette, des impressions… Gilad est un petit blondinet frisé et timide qui ne se sépare pas de son carnet de dessins. Avec ses deux copains, il découvre trois jeunes femmes de leur âge : Ravit, Nathalie et Nir. Un lien se tisse entre les jeunes gens, en particulier entre Nathalie et Gilad… Sheliktar décrit cela avec une ligne claire lumineuse, paisible. On déambule sur les pelouses, on assiste aux premiers concerts, joies insouciantes de la jeunesse…
Arrive le concert le plus important. La foule est compacte. On se pousse, on se bouscule… Jusqu’à la chute. C’est la mêlée, la foule est en panique, ceux qui sont debout marchent sur ceux qui sont à même le sol. Là, le trait de Sheliktar part en coups de pinceaux furieux. Pour Gilad, c’est l’évanouissement.
Heureusement, lorsqu’il s’éveille, il est indemne. Ce n’est pas le cas d’un de ses copains, blessé. C’est l’évacuation. Les secours sont là, le bilan est terrible. Après avoir évacué son ami, il retrouve Nathalie. Elles et ses copines ont réussi à éviter d’être happées par la foule. Les deux jeunes gens appellent leurs parents, les rassurent, partagent leurs impressions… et leur premier baiser.
Sheliktar que l’on avait découvert dans Ferme 54 (Cà et là, 2008) puis dans Démons de mongol (avec sa sœur Galit, chez Atrabile en 2009), enfin dans Tsav 8 (ça et là, 2014), confirme son talent de conteur apte à capter les moments précieux et parfois terribles de son dessin tendre. Bien qu’oblitéré, ce souvenir d’un drame de jeunesse ponctué d’un baiser garde toute la force de l’instant.
Par Didier PASAMONIK
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