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Olivia Lufkin : « En grandissant, j’ai appris à faire confiance à ce moment instinctif dans la création, à cette énergie du présent. » [INTERVIEW]

Par Malgorzata NATANEK Jade MOUTI 24 octobre 2025 
Rarement une voix aura marqué à ce point l’imaginaire collectif des fans d’anime et de musique japonaise. Avec son timbre délicat et mélancolique, Olivia Lufkin a su donner une âme unique à Trapnest, le groupe fictif de la série culte Nana. Vingt ans plus tard, l’émotion reste intacte et son influence continue de résonner à travers la mode, la pop culture et les générations d’auditeurs.

Dans cet entretien, Olivia Lufkin, chanteuse et interprète des musiques de Reira dans la série Nana, revient avec sincérité sur son parcours artistique, ses influences changeantes, et la liberté créative qu’elle a trouvée au fil du temps. Entre spontanéité en studio, souvenirs marquants, et réflexion sur l’héritage de Nana, elle se confie sur ce lien indéfectible entre musique, fiction et authenticité.

Comment vos influences ont-elles évoluées au fil de votre carrière ?

Olivia Lufkin : Le genre de musique que j’écoute a beaucoup évolué au fil des années.
Surtout au début, mes goûts changeaient sans arrêt. Parfois, je me plongeais dans des expériences très éloignées de la pop, des choses plus expérimentales, sans voix, axées sur la conception sonore et l’électronique. Je peux vraiment m’immerger dans ce genre de musique pendant un moment.
Et puis, tout à coup, je ressors de cette phase et je me dis : « Bon, maintenant, je ne vais écouter que de la K-pop ! »
Tu vois ce que je veux dire ? Parfois, j’ai juste envie de pop : des mélodies accrocheuses, des productions soignées, quelque chose de léger et vibrant.
D’autres fois, c’est le rock qui m’attire, puis un peu moins après. En fait, mes envies changent constamment, j’ai des phases, des tendances.

Parmi toutes vos collaborations et projets, y a-t-il un souvenir marquant ou inattendu qui vous a particulièrement touchée  ?

Olivia Lufkin : « En grandissant, j'ai appris à faire confiance à ce moment instinctif dans la création, à cette énergie du présent. » [INTERVIEW]
Couverture de l’album Synchronicity d’Olivia Lufkin

Avec tous mes projets ?
Vous savez, il y a eu un album que j’ai réalisé, qui s’appelle Synchronicity. C’était vraiment, vraiment, vraiment longtemps avant Nana, et avant tous mes mini-albums. J’avais un très bon directeur de musique.
Il y avait quelque chose magique, de très cool avec la façon dont on a réalisé ça. J’ai l’impression que toutes les autres musiques que j’ai réalisées étaient plus dans le genre... Go, go, go, go, go ! Et c’était beaucoup de pression. Vous devez être comme ça, vous devez faire ci. La musique que je proposais pouvait être jugée trop sombre. Ou alors il fallait plus de mélodie pop. Mais pour cet album, il n’y avait rien de ça.
C’était juste que le directeur écoutait ma musique et il acceptait tout ce qui sortait. Et il était très à l’écoute. Je crois qu’il y avait une très bonne communication entre lui et moi.
Et ça m’a permis de faire un album très particulier à mes yeux.

Illustration du groupe Trapnest
Image : Nana Wiki fandom

Qu’est-ce qui est particulier quand on interprète les chansons d’un groupe fictif comme Trapnest ?

Quand je pense aux paroles de la chanson, je n’y arrive pas tout de suite.
Je dois vraiment réfléchir à l’histoire de Trapnest, à ce qu’elle voudrait dire, à ce que mon personnage voudrait exprimer.
Déjà, rien qu’en pensant au thème, je dois vraiment prendre le temps de réfléchir.
Je dois tout imaginer : quelles seraient les guitares ? C’est une manière très différente de voir les choses.
Si c’était moi, je me demanderais plutôt : qu’est-ce que j’aime ? ou qu’est-ce qui m’inspire ?
Mais là, c’est un autre narrateur, une autre voix. Est-ce que cette histoire, cette émotion, m’intéresse ?
Est-ce que je parviens à la ressentir assez profondément pour la traduire en mots, en musique ?
Je crois que c’est ça, le plus difficile : sortir de soi pour comprendre ce que quelqu’un d’autre voudrait dire, sans trahir ce qu’on est soi-même.

Avec le recul, quel projet ou moment de votre carrière vous rend le plus fière, et pourquoi  ?

Je pense que… mon moment le plus fier, c’est quand on est en studio et qu’on réfléchit à des idées sur le moment, à la volée. J’ai l’impression que beaucoup de musique intéressantes naissent justement de cette spontanéité.
Et j’aime vraiment ça ! Improviser, laisser les choses venir naturellement plutôt que de dire : « Oh, ça doit être comme ci, ça doit être comme ça… »
Je crois que mes plus beaux moments de fierté viennent de là.
Avec les années, je me sens de plus en plus à l’aise dans cette manière de créer, sur le vif. Que ce soit pour les idées de refrain, les mélodies ou les riffs de guitare, je trouve une vraie liberté dans cette approche. En grandissant, j’ai appris à faire confiance à ce moment instinctif dans la création, à cette énergie du présent.

Aujourd’hui, en voyant l’impact de NANA et de votre interprétation des chansons du groupe fictif Trapnest, quel est votre ressenti sur cette œuvre et sur la place qu’elle occupe dans la culture musicale et le shōjo  ?

Couverture de l’album NANA BEST
Album-compilation d’Anna Tsuchiya et Olivia Lufkin

L’impact que tout ça a sur le monde… Je ne sais pas. Oui, enfin, c’est difficile à exprimer. Je suis juste très heureuse de faire partie de cette aventure.
Comme je le disais tout à l’heure, même après tout ce temps, je continue d’être impressionnée par la portée que ça a. Quand je retourne au Japon et que je vois tout ça à la télévision, aux informations, dans les reportages, ce n’est pas juste un phénomène ponctuel, c’est quelque chose qui revient, encore et encore.
Je vois des choses comme la « Nana Fashion » revenir à la mode, et ça me frappe à chaque fois. Le manga a une puissance incroyable. C’est comme s’il vivait pour toujours, comme si son influence ne s’éteignait jamais.
Je trouve ça tellement fort, tellement beau. Et, vraiment, je suis simplement heureuse d’en faire partie.

Par Malgorzata NATANEK Jade MOUTI

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