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Moriarty T.20, La bande mouchetée - par Hikaru Miyoshi – Éd. Kana

Par Milan MORALES Pas mal 4 mai 2026 
Le tome 20 marque un véritable redémarrage de la série, avec une ellipse temporelle de trois années. William Moriarty et Sherlock Holmes ont quitté le devant de la scène, leurs grands plans ayant profondément bouleversé l’aristocratie britannique. À présent, ce n’est plus seulement la guerre des oligarques qui occupe le devant de la scène, mais l’inquiétude d’un Empire qui se sent traqué par des forces invisibles.

Le récit se centre surtout sur Louis Moriarty, désormais au cœur du MI6, chargé de protéger l’État contre les menaces extérieures et internes.
Le nouveau dossier qui lui est confié porte sur un trafic de drogue de contrebande, surnommé « le sucre d’orge », un produit psychotrope qui s’infiltre dans les ports anglais et dont les conséquences se révèlent aussi bien sociales que politiques.
Entre enquêtes de terrain, manipulations diplomatiques et luttes de pouvoir au sein même des services britanniques, Hikaru Miyoshi construit une toile plus géopolitique que jamais, tout en laissant percer l’ombre de William Moriarty, lointaine mais toujours présente.
Ce ne sont plus seulement les crimes de la haute société qui se jouent, mais la manière dont un État se défend contre une criminalité qui s’adapte aux failles de la modernité.

Les éditions Kana, dans la présentation du tome, insistent sur cette nouvelle matrice : le « sucre d’orge » devient un symbole de la corruption sous forme d’addiction, de manipulation de masse et de commerce d’influence.

La scission opérée à compter de ce tome ne relève pas d’un simple effet éditorial. Elle correspond à l’achèvement du premier arc, qui avait pour moteur la destruction systématique de l’aristocratie par le clan Moriarty. Une fois ce projet atteint, la série avait le choix : s’enliser dans de petites variations ou franchir un seuil en reprenant le récit sur une autre base narrative.

Les auteurs ont clairement choisi la seconde option. La « Part Two » ne se contente pas d’ajouter quelques chapitres : elle change le centre de gravité de l’histoire. On passe du récit de conspirateurs révolutionnaires à une intrigue d’espionnage et de renseignement, où ce n’est plus seulement la morale de William qui est scrutée, mais le fonctionnement même de l’État britannique. Louis Moriarty, longtemps relégué au second plan, devient une véritable tête de pont, ce qui ouvre la voie à une arborescence de conséquences plutôt qu’à une simple répétition des motifs fondateurs.

Cette relance implique aussi une logique d’extension de l’univers. Avec le spin‑off « Moriarty – The Remains » déjà publié, on voit que la matière n’avait pas encore été entièrement exploitée. Ce tome 20 positionne donc la série non plus comme un simple one‑shot social, mais comme un diptyque plus large : d’abord la chute du système, puis ce qui se construit après – et ce qui se cache dans les interstices. On peut donc légitimement se montrer optimiste quant à ce nouvel arc.

Partir du postulat que la série se perdait de plus en plus dans un entre‑deux eaux, bien loin de la puissance narrative qu’elle dégageait au départ, n’est pas une accusation infondée. Pendant un moment, ce manga a parfois donné l’impression de se répéter : même climat de corruption, même schéma de plan machiavélique, même mise en scène de la démesure de William. Le ton restait noir, mais certaines intrigues secondaires avaient du mal à se démarquer, au point de faire ressembler certains arcs à des variations sur le même thème, sans véritable rupture.

C’est précisément ce manque de renouvellement qui rend la seconde partie si prometteuse : elle recentre la série sur un nouveau dispositif dramatique. Le passage de flambeau à Louis, au MI6, est une réécriture en profondeur de ce que Moriarty peut être. On quitte la fable de la destruction de l’aristocratie pour entrer dans une autre logique, plus froide, plus rationnelle, plus proche du thriller d’espionnage.

Cependant, pour l’heure, ce tome 20 reste extrêmement verbeux, comme si la série hésitait encore à plonger dans le vif du sujet. Les dialogues s’étirent, les explications s’accumulent et les dissertations sur le sens des enjeux prennent parfois le dessus sur la tension narrative.
Derrière cette logorrhée se devine pourtant une volonté claire : relancer proprement la série après son premier grand arc, poser les nouvelles bases et installer Louis Moriarty comme un véritable protagoniste. On sent notre mangaka planter les piquets, organiser les enjeux, cadrer les alliances et les menaces. Le discours est dense, presque pédagogique, au point que certains passages ressemblent davantage à des exposés de situation qu’à des scènes de front.

Mais cette prolixité n’est sans doute qu’une étape : la promesse du mangaka est bien là : le décor, les personnages‑clés et les nouveaux enjeux sont installés. Le ton est posé, le terrain est dégagé.
Place maintenant à l’action et aux déductions, à la mise en pratique de ce que l’on a tant expliqué (dans le prochain tome) !

Par Milan MORALES

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Code EAN : 9782505126133
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