Bon
20 octobre 2025
Dans cette nouvelle aventure, Martine revient sur les terres de son enfance. Septante et un ans après sa première apparition dans les albums illustrés de Gilbert Delahaye et Marcel Marlier, la fillette à la robe rouge et au nœud blanc explore pour la première fois son pays d’origine : la Belgique. Intitulé Martine en Belgique, cet album publié chez Casterman marque un tournant dans la série, à la fois hommage à son héritage et promesse d’un nouvel élan éditorial.
Depuis le décès de Marcel Marlier en 2011, Casterman a entrepris un patient travail de réinvention de la série. Pour maintenir la dynamique d’un univers devenu patrimonial, l’éditeur a amorcé un relifting graphique et éditorial : nouvelles couvertures plus contemporaines, palette plus lumineuse, typographies modernisées, et textes actualisés pour mieux parler aux enfants d’aujourd’hui. Certaines situations ont été adaptées pour refléter l’évolution des mentalités — Martine petite maman est ainsi devenue Martine garde son petit frère. Cette modernisation, parfois critiquée par les puristes, a permis à la série d’élargir son lectorat sans renier son charme d’origine.
Comme le rappelait notre collègue Bérengère Hallier, dans son article publié l’an dernier à l’occasion des 70 ans de la série, cette refonte s’inscrit dans un mouvement plus large : celui d’un repositionnement éditorial et visuel visant à inscrire Martine dans son époque sans effacer la nostalgie qui fait partie de son identité. Casterman a alors introduit une nouvelle direction artistique, marquée par des couvertures plus « girly » et contemporaines, ainsi qu’une série de titres à tonalité plus touristique. Martine a ainsi visité le Louvre, le château de Versailles, la Bretagne, Paris, et même les Galeries Lafayette dans un album qui fit débat, Martine aux Galeries Lafayette (2022). Certains y ont vu une forme de dérive commerciale, d’autres une consécration pour une héroïne devenue icône populaire.
C’est dans cette continuité que s’inscrit Martine en Belgique, fruit de la collaboration entre Rosalind Elland-Goldsmith, coordinatrice éditoriale et scénariste, et le graphiste Neil Desmet.
« Nous nous sommes demandé comment poursuivre la série tout en respectant la volonté de Marcel Marlier, qui ne souhaitait pas que de nouvelles images de Martine soient créées après sa mort »
, explique Elland-Goldsmith. Le défi : puiser dans le trésor iconographique des soixante albums existants et y mêler des photographies contemporaines des lieux visités par Martine. Le résultat, traité avec un soin quasi cinématographique, renouvelle la série sans en trahir l’âme.
Cette approche hybride repose sur un travail d’orfèvre et un dialogue constant entre texte et image.
« Concevoir un album, pour moi, commence par une destination, puis une intrigue, une tension narrative qui puisse captiver les enfants »
, confie la scénariste.
« Je propose à Neil Desmet une sélection d’illustrations qu’il peut intégrer dans les photographies. Parfois, c’est lui qui en suggère d’autres. C’est un vrai travail de collaboration. »
Le choix de la Belgique s’est imposé naturellement :
« Martine est originaire de Tournai, tout comme Marcel Marlier et les éditions Casterman. Il était donc naturel, et même important, de la réancrer explicitement dans son pays d’origine. »
Dans Martine en Belgique, la fillette part présenter son pays à ses camarades de classe. De Namur à Bruges, en passant par Bruxelles et les Hautes Fagnes, elle découvre la diversité des paysages, des traditions et des habitants. À travers elle, le jeune lecteur explore la richesse d’un pays où la ville, la campagne et la mer cohabitent harmonieusement.
La scénariste insiste sur la dimension pédagogique et sensorielle du voyage :
« Je voulais qu’elle puisse évoluer dans des environnements variés : la ville, la mer, la campagne, la capitale, mais aussi de plus petites localités. »
Le récit se lit comme une promenade initiatique, une invitation à la curiosité et à l’émerveillement, fidèle à l’esprit d’origine de la série.
Le projet revêt également une portée symbolique pour Casterman. Depuis 1954, Martine a séduit plus de 45 millions de lecteurs et a été traduite en plus de 120 langues. Rosalind Elland-Goldsmith en témoigne :
« Lors des séances de dédicaces, je vois autant d’enfants que de parents ou de grands-parents. Pour beaucoup d’adultes, Martine est une “madeleine de Proust” : elle évoque l’enfance, la vie de famille, la simplicité du quotidien. »
Formée à la psychanalyse, l’autrice voit en Martine bien plus qu’un personnage littéraire : un archétype affectif.
« Martine témoigne de l’attachement profond que nous portons tous à notre enfance. Elle participe à la formation de notre imaginaire et nourrit notre inconscient. »
En conciliant fidélité et modernité, Martine en Belgique réussit à prolonger le charme intemporel d’un univers ancré dans la mémoire collective. Derrière ses photomontages minutieux, l’album défend une vision douce et poétique du monde, où chaque découverte devient source d’émerveillement.
Et l’aventure continue :
« Le prochain album de Martine est en tout début d’élaboration : elle y visitera l’Opéra de Paris »
, confie Rosalind Elland-Goldsmith. Fidèle à ce que son créateur appelait “le merveilleux du réel”, Martine poursuit son chemin, entre tendresse, transmission et modernité.
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
À lire sur ActuaBD.com :
Les nouveaux albums de Martine - Martine en Belgique - Par Gilbert Delahaye, Rosalind Elland-Goldsmith, d’après l’œuvre de Marcel Marlier, éditions Casterman. Album paru le 20 aout 2025. 32 pages, 20.1 x 25.1 cm. 7,95 euros.
Participez à la discussion