Intégrales sous le sapin : Dargaud fait feu de tout bois

Par Charles-Louis DETOURNAY 24 décembre 2024 
La fin d'année est toujours synonyme de sorties patrimoniales, surtout pour Dargaud pour qui la dernière semaine de l'année est souvent la meilleure. Et une fois de plus l'éditeur français a mis les petits plats dans les grands afin de s'assurer une place dans la liste des cadeaux du réveillon. Petit tour d'horizon d'un programme diversifié et de qualité !

À tout seigneur, tout honneur : débutons par le plus célèbre amnésique de la bande dessinée qui fête ses 40 ans cette année ! En effet, XIII a débuté en juin 1984 dans Le Journal de Spirou, avant la publication de son premier album la même année. Un démarrage en douceur, qui a connu une croissance progressive jusqu’à devenir le phénomène que l’on connaît aujourd’hui !

Afin de célébrer cet anniversaire tel qu’il le mérite, la maison d’édition Dargaud a décidé de clôturer cette année-anniversaire en fanfare en s’associant avec Frédéric Niffle, afin de faire paraître la totalité des albums réalisées par Vance et Jean Van Hamme, sans oublier La Version irlandaise dessinée par Jean Giraud.

Mettant de côté l’album The XIII Mystery - L’Enquête, Niffle regroupe donc ces dix-huit tomes à raison de six albums par volume au sein de sa Grande Bibliothèque. Dans la foulée des intégrales en plus petits formats parus en 1997 et 1998, l’éditeur reproduit à nouveau les planches de la saga en noir et blanc. La taille de ces grands volumes (27 x 34 cm, toujours avec cette jaquette blanche si indentifiable) permet de profiter pleinement des magnifiques planches de Vance (et de Giraud),

Difficile de trouver un plus bel écrin pour fêter cet anniversaire, surtout que de splendides illustrations ont été également reproduites en fin de chaque volume, accompagnée d’un tiré à part couleur.

Pirates Vs Pirates

Si Long John Silver eut également les honneurs d’intégrer La Grande Bibliothèque, c’est dans une version couleur que Dargaud a choisi de rééditer à nouveau le mythique personnage de Stevenson, revu et corrigé par l’habilité et le talent de Xavier Dorison et Mathieu Lauffray.

Nous avons déjà maintes fois vu le contexte de ce récit de pirates, où les personnages de L’Île au trésor renouent avec un destin tourmenté, pour un récit qui vous tient en haleine du début à la fin. Mais à chaque lecture, on ne peut s’empêcher de se passionner pour cette histoire tumultueuse, celle de la quête romanesque d’un improbable trésor.

Disposant d’une magnifique couverture, cette nouvelle mouture reprend la totalité de la série et se distingue surtout par les cent pages de compléments : la plus grande partie de ces ajouts fait la part belle au travail de Mathieu Lauffray ! C’est un florilège de peintures, de croquis, de couvertures d’éditions limitées et d’ex-libris, qui permettent au lecteur de prolonger encore l’aventure après avoir été secoué par la fin du récit.

Les trente dernières pages de l’imposant volume regroupent quatre interviews des auteurs, réalisées par leur éditeur François Le Bescond. L’occasion de se balader dans leurs imaginaires pour comprendre ce qui les a nourris, les routes qu’ils ont empruntées et les arcanes de ce qui reste, sans doute, comme l’une des plus belles revisites d’un personnage secondaire de littérature au sein de la bande dessinée.

D’un forban à l’autre, il n’y a qu’une encablure que Dargaud franchit allégrement, vu que Mathieu Lauffray est toujours à la barre ! Nous parlons bien entendu de Raven, la trilogie que l’auteur vient de terminer comme il nous l’expliquait le mois dernier. Comme pour chacun des tomes précédents, une version grand format à tirage limité de ce dernier opus vient de paraître, ici tiré à 2500 exemplaires.

L’occasion de pouvoir s’immerger dans les pages de cette conclusion, pour ressentir toutes les émotions que Lauffray y a glissées. Le cahier graphique permet d’analyser plus en profondeur son travail : plusieurs versions de couvertures y sont présentées, mais on profite surtout pleinement des croquis et des dessins plus jetés des différents personnages qui en composent la majeure partie. Un beau point final !

D’aventures en aventures...

Raven n’est pas l’unique série actuelle à bénéficier de ces grands formats, il partage cet honneur à le best-seller actuel des westerns, à savoir Undertaker ! Pour vous faire patienter avant la sortie du tome 8 intitulé Le Monde selon Oz, cette version de Miss Prairie reprend la totalité de l’album en couleurs, complété par quelques magnifiques illustrations de Ralph Meyer qui s’étale pour la plupart sur des doubles pages. De quoi profiter de son dessin en très grand format. Par contre, pas de planche noires et blanches du tome 8... Eh oui, il va vraiment falloir être patient !

Autre série mythique de Dargaud, Les Mondes d’Aldébaran qui livre l’intégrale des trois tomes de Retour sur Aldébaran. Rappelez-vous : Leo nous avait expliqué qu’il voulait réaliser des cycles plus courts avec des tomes plus denses. Un pari réussi avec cet arc narratif de 180 pages qui revient aux sources de la série tout en intégrant les informations et les personnages rencontrés en chemin. Une belle façon de renouer avec cet univers addictif et novateur pour ceux qui n’auraient pas suivi les derniers développements !

Tout aussi intrigant, mais plus sombre et contemporain, l’intégrale de Paci regroupe les trois tomes que Vincent Perriot avait réalisés entre Belleville Story et Negalyod. Ce polar sombre rehaussé par les couleurs d’Isabelle Merlet nous place dans les pas d’un trafiquant nommé Pacifique qui est sorti de prison et tente de rester dans le droit chemin malgré les relances de son ancien patron. Le problème avec les emmerdes, c’est qu’elles arrivent toujours en paquet. Et même quand on croit en être sorti, l’odeur vous colle à la peau. On aurait apprécié un cahier graphique un peu plus dense, avec quelques exemples de storyboard par exemple, mais on ne boude pas son plaisir avec ce récit nerveux et plein de rebondissements !

Changement de tempo avec Les Bidochon qui reviennent pour la neuvième fois nous démontrer qu’humour et art ne sont pas incompatibles, surtout lorsqu’on continue à visiter les musées en compagnie de Robert et de Raymonde. Les explications des peintures sont parfaitement contrebalancées par les saillies des personnages de Binet : on se passionne, on se cultive, on s’amuse, on s’instruit et surtout on apprend à apprécier l’art tout en prenant du recul. Une philosophie salutaire qui devrait être remboursée par la Sécu !

Le miracle de Noël

Cela peut sembler puéril, mais l’intégrale francophone de Valentina a si souvent été arrêtée au cours des années, que la parution de chaque nouveau volume chez Dargaud nous fait l’effet d’un petit événement. L’héroïne-phare de Guido Crepax née des Sixties n’est pourtant pas uniquement ancrée dans cette période. Vieillissant en même temps que son auteur, elle a traversé les décennies pour livrer à chaque fois de nouvelles facettes de sa personnalité.

Se déroulant dans le début des années 1970, ce quatrième recueil reflète parfaitement l’ambiance de son époque, une suite des années 1960 où l’on cherche maintenant à donner un sens. En couple avec Philippe (alias Neutron, Valentina continue d’exercer ses talents de photographe professionnelle... sauf qu’il n’arrive que des malheurs à ses modèles ! Serait-ce dû à cette rencontre fortuite avec cette étrange femme sans âge ? Il est évident que cette incarnation blafarde a des vues sur la belle...

Fantastique et onirique, le récit prend aux tripes dès les premières pages. L’encrage de Crepax est juste incroyable, sans parler de son découpage qui surprend à chaque page, tout autant que son récit labyrinthique dans lequel on apprécie se perdre, surtout dans la foulée de Valentina. Le grand format des pages permet d’en profiter encore plus, certes elles sont en couleurs, passage obligé pour intéresser le grand public de nos jours, et Dieu sait que Valentina mérite pleinement de charmer les foules, afin d’enfin devenir la star qu’elle est déjà en Italie.

Ce recueil chronologique regroupe parfaitement toutes les aventures liées à Baby$a Yaga. Les chanceux qui posséderaient l’édition 1985 de Futuropolis pourront s’amuser à comparer chaque page pour profiter de la nouvelle traduction. Ils bénéficieront aussi d’une histoire inédite en français : Qui a peur de Baba Yaga ?, et surtout d’un dossier signé par Antonio Crepax, truffé de notes et d’explications. Passionnant !

Disposant de deux des images les plus iconiques de Valentina, ce quatrième recueil est une porte d’entrée toute trouvée pour ceux qui n’auraient pas encore eu la chance de découvrir l’univers aux multiples ramifications. Quant aux fans de Crepax, ils sauteront sans réfléchir sur ce merveilleux cadeau de Noël tout trouvé !

Par Charles-Louis DETOURNAY

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Code EAN : 9782505126065
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1 Message :
  • Intégrales sous le sapin : Dargaud fait feu de tout bois
    24 décembre 2024 17:44, par Gina Vanilla

    Je lis "toutes les aventures liées à Baby$a Yaga", sans doute un erreur de frappe, cher Monsieur Detournay !
    Maintenant, la différence de ce Valentina 4 est qu’il ne reprend pas bêtement des albums parus chez Dargaud, mais des histoires parues dans le Charlie-Mensuel de Wolinski, années 70 !

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