Les Résidents : le mythe de l’ossuaire - Par Lemire & Sorrentino - Éd. Urban Comics

Par Romain GARNIER Bon 23 décembre 2024 
Jeff Lemire et Andrea Sorrentino étendent leur univers partagé du « Mythe de l’Ossuaire », avec la publication d’un troisième tome aux éditions Urban Comics. Les Résidents succède à Des milliers de plumes noires et Le Passage. Une série qui explore le genre de l’épouvante sanguinolente, ainsi que les sentiments attenants tels l’angoisse et la tristesse. Une plongée dans l’étrange et l’ésotérisme où le malfaisant peut surgir à tout instant.

Le jeune Isaac, Amanda, Justin, Félix, Tanya, Bob et Gary habitent dans un grand immeuble où s’entrelacent leurs destins, dans la grande banalité du quotidien : drogue, travail, maladie, impayés, vie de couple, etc. Un jour, Issac croise un vieillard, Félix. Ce dernier dit être certain qu’Isaac voit des choses étranges. L’homme a raison.

Le petit garçon s’inquiète de toutes ces anomalies. Des bruits incompréhensibles, des manifestations étranges qui nourrissent des tensions entre certains locataires. Un soir, Félix est emmené, décédé. Dans l’appartement du mort, Isaac trouve une enveloppe à son nom avec une clé à l’intérieur.

Les Résidents : le mythe de l'ossuaire - Par Lemire & Sorrentino - Éd. Urban Comics
© Jeff Lemire & Andrea Sorrentino / Éditions Urban Comics (2024)

Le temps passe. Un bruit assourdissant et une couleur anormale déforment quelques instants tous les sens des résidents. Chacun(e) sort de son appartement dans l’espoir de comprendre ce qui s’est passé. Isaac a disparu. L’ascenseur ne fonctionne plus. La baie vitrée de l’immeuble donne à voir un extérieur infernal et rougeoyant, avec des entités gigantesques et des pyramides.

L’angoisse gagne les protagonistes. Réunis devant l’appartement de Félix, Tanya se sent poussée à ouvrir la porte. La sortie est par là. Un gigantesque escalier bordé par un vide abyssal s’enfonce dans une obscurité insondable. Le mal rôde et l’horreur attend. Ont-ils la moindre chance ?

© Jeff Lemire & Andrea Sorrentino / Éditions Urban Comics (2024)
© Jeff Lemire & Andrea Sorrentino / Éditions Urban Comics (2024)

Au terme de la lecture, on se dit deux choses : l’horreur, l’angoisse et la surprise fonctionnent sur le lecteur ou la lectrice, tandis que le dessin et ses couleurs retranscrivent des ambiances macabres et horrifiques avec beaucoup de talent. Le coloriste Dave Stewart, génie en son domaine, déploie des univers colorés qui sont léchés avec des nuances de rouge évocateurs.

Quant à Andrea Sorrentino, déjà co-créateur de Gideon Falls avec Jeff Lemire, il donne à voir aux lecteurs un monde graphique marqué par la symbolique. Celui-ci est dynamisé par un découpage qui favorise l’immersion et la tension latente, propre à l’horreur et au mystère. Néanmoins, ce dessin numérique marqué par un trait pictural, s’il est efficace, peine à se démarquer de la production étasunienne contemporaine. À cet égard, le travail de Jason Shawn Alexander sur la série d’horreur Killadelphia, nous semble plus marquant.

© Jeff Lemire & Andrea Sorrentino / Éditions Urban Comics (2024)

Quant au scénario, le tout est, une fois encore, efficace et réussi dans son style. Jeff Lemire maîtrise parfaitement les codes du genre et interprète sa partition avec talent pour ce troisième opus. Le mystère et l’inexplicable constituent une chape de plomb qui éreintent le lecteur ou la lectrice tout au long de l’album.

Les personnages, banals, servent le récit et la mise au premier plan du jeune Isaac, héros malgré-lui. Incontestablement, nous sommes happés par le même désir que les protagonistes : comprendre et découvrir. L’univers horrifique, cryptique et infernal développé ici est un syncrétisme qui devrait plaire aux amatrices et amateurs de ce type de comics. Cependant, dans la carrière de Jeff Lemire, qui a une création pléthorique et globalement de grande qualité, il ne s’agit pas d’une série appelée à y occuper la première place.

Jeff Lemire et Andrea Sorrentino réalisent un bon album, qui s’adresse avant tout aux lecteurs de bandes dessinées horrifiques et infernales qui en apprécient les codes. La lecture est plaisante, tant sur le plan graphique que narratif, sans parvenir pour autant à se distinguer durablement dans l’offre pléthorique du genre. Pour ceux qui ont lu les albums précédents, il est intriguant de voir cet univers mythologique horrifique contemporain se développer. Pour les autres, passez votre chemin, Le Mythe de l’Ossuaire fera sans vous.

Par Romain GARNIER

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Code EAN : 9791026820543
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