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Très bon
22 novembre 2025
Si l’on en était resté au seul titre, en dehors des personnes intéressées par l’architecture, on aurait sans doute passé son chemin : une BD documentaire de plus, sur un sujet très précis. Et bien, on aurait eu tort.
Le premier intérêt de cette BD est d’abord son sujet, parfaitement en phase avec les problématiques les plus actuelles : crise écologique et climatique, crise migratoire et crise politique. Mais si ces enjeux globaux sont traités, ils le sont à hauteur d’hommes et de femmes de Mayotte, une île particulièrement touchée par tous ces enjeux. Et si l’utilisation d’un végétal endémique, le bambou, pouvait, si ce n’est sauver le monde, tout au moins le rendre un peu meilleur et un peu plus habitable ? La grande force de cette BD est de traiter un sujet sérieux sur un ton apaisé et doux. Le dessin, rond, les couleurs douces, le dessin au crayon et l’utilisation de l’aquarelle, contribuent d’ailleurs pleinement à ce projet. Certes, le capitalisme est clairement désigné comme l’origine du problème (ah, cette belle page sur Jeff Bezos et sa soif insatiable d’argent de grosses maisons en béton, d’aventure spatiale, de virilité, que la fusée-phallus ne saurait mieux résumer, ainsi que l’adage final « Milliardaires de tous les pays...Désarmez-vous ! »).
Pas d’angélisme plan-plan pour autant. La violence de la société mahoraise, la question migratoire, la montée du RN ne sont pas masqués. Quant au bambou, il n’est pas vu comme le remède absolu à tous les problèmes, qui pourrait se substituer totalement au béton. Simplement, l’utilisation de ce dernier doit être réduite et associée à celle, beaucoup plus raisonnable, du bambou.
Le deuxième intérêt de cet ouvrage réside dans son hybridité et sa nouveauté : l’anthropographie ! Soit la description des activités humaines en associant ceux qui font (l’architecte Matthias Cambreling et tous les « praticiens du bambou » rencontrés), celui qui cherche (l’anthropologue Frédéric Joulian), celle qui dessine (l’autrice mais aussi un peu anthropologue Aurélia Aurita, bien connue des amateurs de BD). Ce trio improbable met ses compétences au service de ce projet commun, où chacun.e apprend de l’autre, sans compétition. En soi, là encore, le fond [1] et la forme sont raccord.
Last and least, cet ouvrage joue aussi des atouts de la BD, de son hybridité intrinsèque, de sa capacité à traiter tous les thèmes avec une grande économie de moyens (crayons, pinceaux, couleurs). La nature même de ce médium lui permet de mettre facilement en images les concepts et idées (y compris les quatre ontologies de Descola), de jouer des couleurs et du noir et blanc pour distinguer présent et passé ou différencier les scènes.
Cela fait quand même beaucoup d’atouts pour passer à côté de cet ouvrage.
Par Philippe LEBAS
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Le Béton et le Bambou bénéficie d’une exposition durant la 42e édition du festival BD Boum de Blois, les 21, 22 et 23 novembre 2025
[1] Pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus, l’ouvrage est accompagné d’un riche dossier documentaire à la fin, ce qui permet de ne pas surcharger le texte de la BD proprement dite.