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Très bon
24 juillet 2025
Godefroi Valence de Terney d’Argence, un aristocrate sans le sou qui coulait des jours paisibles en compagnie de sa femme et ses deux enfants, découvre qu’un projet immobilier est annoncé à proximité de sa propriété. La création de logements sociaux et d’une vaste zone commerciale a été décidée par le maire de la commune, fortement influencé par un promoteur sans scrupule. Afin d’empêcher ce projet de voir le jour, une idée germe alors dans l’esprit du propriétaire terrien : créer une ZAD (zone à défendre) à l’image d’autres exemples ayant défrayé l’actualité comme à Notre-Dame-des-Landes. Bien évidemment, ce genre d’initiative ne fait pas partie de la culture de ces nobles désargentés. Qu’à cela ne tienne, ils vont solliciter des spécialistes de la chose, militants altermondialistes ou ex-gilets jaunes, afin d’entrer en résistance et affronter les charges de CRS et autres défenseurs du projet.
Une fois de plus, Philippe Pelaez frappe juste avec cette comédie satirique et grinçante prenant appui sur des faits de société dont les médias nous rappellent régulièrement l’actualité. Suivant le principe de l’inversion des rôles, des situations de contre-emploi, cet album nous propose de suivre les péripéties de cette famille de bourgeois fauchés et fidèles aux traditions et aux bonnes manières.
Bien que l’essentiel repose sur un comique de situation (voir ces nobles s’ériger en zadistes rebelles est évidemment assez savoureux !), l’auteur a recours à des registres que n’auraient sans doute pas reniés d’autres grands scénaristes. Ainsi, l’usage récurrent de l’imparfait du subjonctif par Godefroi est source de jeux de mots ou de langue particulièrement désopilants.
De même, certains dialogues font référence à l’actualité et témoignent d’un choc des cultures illustré par des portraits traités avec finesse, pertinence et humour ! Évitant de se limiter à de simples caricatures et des clichés un peu faciles, la narration débouche sur un dénouement, bien que déjà vu, qui donne un second souffle au récit. L’esprit et le schéma narratif rejoignent les précédents albums dont l’humour caustique reste au service de récits truculents en prise avec des faits de société parfois empreints d’une certaine nostalgie comme dans Les fesses à Bardot ou Le gigot du dimanche.
Incroyable touche-à-tout, Philippe Pelaez s’affirme comme un scénariste particulièrement doué, aussi à l’aise dans la plupart des genres narratifs, du fantastique au récit historique en passant par l’humoristique. Extraordinairement prolifique, il fait aujourd’hui partie des auteurs incontournables, à la tête d’une production aussi variée qu’originale. Pour ce nouvel album, il retrouve Gaël Séjourné dont le trait souple et dynamique sert avec justesse le propos de cette histoire ; cette deuxième collaboration pour le label Grand Angle confirme la parfaite harmonie des deux auteurs.
Cette alliance improbable entre des aristocrates désargentés avec des zadistes, pros de la rébellion et de la résistance pacifique, se lit avec plaisir. Une CroiZad à suivre de très près !
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