Dubitatif
13 décembre 2025
C’est pourtant à l’un de ses tout premiers écrits que s’attaquent aujourd’hui les Italiens D. D. Bastian et Nino Cammarata : La Tombe. Leur adaptation se montrant plutôt fidèle, il est inutile alors d’épiloguer sur la nouvelle d’origine avant de nous pencher sur la bande dessinée, même si quelques allusions s’imposent.
Le jeune Jervas est de nature solitaire et introvertie. Il passe le plus clair de son temps à lire et à errer dans les environs de son domicile, au cœur du bois de chênes, ainsi que dans le cimetière local. C’est dans ce même cimetière qu’il découvre une vieille crypte cadenassée. Bien que l’envie de l’ouvrir ne lui manque pas, il ne passe jamais à l’acte. Mais ce qui, au départ, n’était qu’une simple curiosité va rapidement devenir une obsession.
L’adaptation s’ouvre sur une tirade, une réflexion du personnage (mais avant tout de Lovecraft lui-même) sur l’esprit limité de l’humain, sur le réel et l’irréel. Ce que l’on remarque assez vite, c’est que certaines pensées sont remplacées par des scènes muettes et contemplatives, alternant avec les réflexions du protagoniste et créant un rythme un peu mieux équilibré. Ainsi, l’adaptation reprend efficacement le fil narratif sans s’encombrer de l’entièreté d’un texte étiré et introspectif jusqu’à la moelle. On échappe alors à la longue narration initiale qui aurait rendu la BD indigeste et aurait pu avoisiner les 200 pages pour le peu qu’elle raconte. C’est là l’un des points positifs de cette adaptation, qui reste efficace.
Or, ce n’est pas sans défauts notables. On ne va pas se mentir : la lecture peut être d’un terrible ennui.
Le personnage de Jervas est quasi inexpressif. Son « témoignage » se résume à une anecdote macabre autour d’une quête de vérité qui s’étiole plus qu’elle ne s’impose. Le héros assume également la narration et demeure le seul à s’exprimer tout au long du récit.
Il n’est pas facile de pénétrer cette histoire d’horreur, tant les descriptions se révèlent plus lourdes que frémissantes. La qualité des dessins réalistes n’est pas à contester, mais un manque d’audace demeure, surtout au regard d’une mise en page très sage, classique dans son gaufrier, ne s’en écartant qu’à de rares occasions. Notons toutefois une ambiance noire constante, restituant l’esprit lovecraftien — ce qui est la moindre des choses.
Adapter une œuvre mineure d’un auteur majeur d’un autre temps reste un défi de taille et une initiative louable. Une œuvre qui a son importance dans l’univers fondé par Lovecraft et qui en a inspiré tant d’autres.
Si, en tant qu’adaptation, l’album remplit le cahier des charges, il demeure difficile d’en saisir un véritable intérêt. Il pourra sans doute séduire certains amateurs de l’écrivain, mais au-delà de ce cercle, son accès paraît bien plus limité.
Par Rémi BARNAULT
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La Tombe, d’après H.P. Lovecraft - Par Bastian & Cammarata - Ed. les Humanoïdes associés éditions les Humanoïdes associés, paru le 15 octobre 2025. 19,95 €.