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Favori de la rédaction
21 janvier 2026
À travers une sorte de boucle narrative, c’est toute l’histoire de Randolph Carter qui est narrée dans ces six nouvelles. Ce personnage, sorte de double fictif de Lovecraft, rêve. Hypnotisé par l’étoile polaire, il s’endort et voyage dans le temps et dans le cosmos ; dans l’imaginaire et dans la réalité. On le retrouve tantôt assis sur une tombe dans un étrange cimetière, dialoguant avec d’étranges protagonistes, tantôt à l’entrée d’un étrange souterrain où son ami scientifique lui a demandé de se poster alors qu’il y partait en exploration, pour ne plus jamais en revenir. Pas de héros chez Lovecraft, et quand le protagoniste survit aux péripéties qu’il traverse, il n’en ressort jamais totalement indemne.
L’indicible, c’est tout ce qui ne peut pas être exprimé par les mots, tant le vocabulaire et l’imaginaire des Hommes sont incapables de le retranscrire exactement. C’est par l’intermédiaire de toute une série d’images que Lovecraft tente de le faire ressentir, plutôt que simplement le voir : tentacules, viscosités, odeurs nauséabondes … qui retranscrivent, sans les décrire exactement, les monstruosités qui peuplent le panthéon de Lovecraft. C’est justement là que réside la prouesse de Gou Tanabe. Le mangaka réussit parfaitement à représenter, sans les pervertir, les idées et les créatures de l’univers de Lovecraft. Il y arrive grâce à une maîtrise dingue des noir et blanc et grâce à une variété de textures dans ses dessins : ça râpe, ça frotte, ça pendouille et ça luit, ça glisse et dégouline... D’horribles visages se dessinent sur des murs sans forme ou sur des marches d’escaliers irrégulières. Des membres inhumains peuplent les racines des arbres, les feuillages ou les volutes de fumée. Et surtout, les Grands Anciens ne sont jamais vraiment endormis...
Ainsi, Randolph Carter voyage et entraîne avec lui le spectateur qui veut connaître la fin de l’histoire, des histoires, et qui, bien souvent, doit imaginer le dénouement de chacune d’elles tant le mystère reste entier et le rend encore plus angoissant. Gou Tanabe confirme ici qu’il est un maître de l’adaptation de Lovecraft. Chacun de ses ouvrages est attendu avec impatience. Il devrait en sortir un nouveau très bientôt…
Par Romain BLANDRE
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