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Très bon
4 janvier 2025
Sorte de huis-clos rural, La Montagne entre nous s’ouvre avec le retour d’une Parisienne soixantenaire, Marcia Jacquet, au berceau de son enfance, dans une vallée isolée où les mentalités sont quasiment restées les mêmes qu’en 1940. Revenue pour régler des affaires avec sa mère devenue sénile avec l’âge, et pour assister aux funérailles d’un certain Eddy, l’exilée s’avère être surtout préoccupée de retrouver son amie d’enfance Florence, désormais veuve d’Eddy. Les deux femmes ne se sont plus vues depuis 40 ans et apprennent à s’apprivoiser après tant de temps, d’épreuves vécues chacune de leur côté.
Composé de deux temporalités qui se croisent et se superposent, le récit paresse un peu au début afin de planter un décor solitaire et campagnard. Ce même décor aux traits d’aquarelle et de pinceaux légèrement tremblotant, revêt un aspect oppressant par moments, en dépit du choix d’une palette pastel. Dans d’autres séquences, tournées vers le passé, ce même trait flou et léger revêt une délicatesse empreinte de nostalgie et de mélancolie. L’entremêlement de séquences issues du passé et du présent de Marcia révèlent petit à petit un personnage complexe en proie au doute, aux regrets, aux remords et se trouvant en pleine introspection.
Cette histoire, ce n’est pas seulement celle d’un renoncement ou d’une occasion manquée, mais surtout celle d’un appel au voyage, à un nouveau départ. Glissé dans les cases de la trame, un message implicite et plein d’espoir s’impose : “Il n’est jamais trop tard”. Message qui prend tout son sens au regard des suites d’occasions manquées aux funestes conséquences qui font de ce récit une sorte de petite tragédie à rebours, une tragédie dont les tenants et les aboutissants ne se dévoilent que 40 ans plus tard, une fois que le mal est fait.
Cette tragédie, ne touche pas seulement l’amitié de Marcia et Florence, abruptement rompue par une agression homophobe, ce drame c’est aussi celui de la mère de Marcia, terrible matrone à la sévérité implacable. Devenue complètement hagarde, Louise Jacquet, mère de Marcia, n’est plus que l’ombre de la veuve austère qui tyrannisa les jeunes années de sa fille unique. Face à cette mère vidée de sa substance, de ce fantôme inoffensif, Marcia met à jour bien des secrets dans la famille Jacquet.
La Montagne entre la mère et la fille, la Montagne entre Marcia et Florence, les non-dits et les implicites s’effeuillent petit à petit dans la tourmente des retrouvailles. La Montagne, c’est aussi le combat pour le droit au mariage entre personnes du même genre qui se déroule en toile de fond, crachoté par les transistors vieillissant de la vallée. Nous sommes alors en 2013 et l’issue du débat en faveur de la légalisation du mariage pour toutes et tous n’est pas encore actée. Le contexte d’incertitude politique autour de la place accordée aux personnes queer dans la société permet un parallèle subtil avec les questionnements de Marcia et Florence quant à leur propre histoire à deux. Le débat traduit aussi à merveille l’ambiance du village et ses contradictions, les alliés et les adversaires, qui se questionnent sur le retour de Marcia.
En dépit du regard désapprobateur du voisinage et de l’esprit étriqué d’Eddy qui hante Florence depuis l’au-delà, les protagonistes parviennent, à force de patience, d’écoute, à s’apprivoiser à nouveau. Reste à savoir si la Montagne, obstacle colossal et pourtant implicite, sera finalement surmontée par les deux héroïnes.
Par Anthea MARIANI
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
La Montagne entre nous - Par Marcel Shorjian et Jeanne Sterckers - Editions Sarbacane
Sortie : 2 janvier 2025
Prix : 24 €
Pages : 160 pages
Taille : 19 x 26 cm