Très bon
4 janvier 2025
Natalie, en photo sur la couverture, avait six ans quand sa vie a basculé vers l’enfer. À l’instar de l’affaire d’Outreau, en France, qui avait défrayé la chronique entre 2001 et 2005 suite à des accusations d’enfants visant des enseignants pour fait de pédophilie, les six de Satan étaient six enfants affirmaient que des animateurs de camps de vacances avaient organisé des rituels sataniques sanglants avec eux, dans une grotte connue dans le voisinage.
Une sinistre affaire dont les juges avaient pu écarter les témoignages accusateurs, sans pour autant effacer les stigmates que ce procès avait engendré. Des enfants perturbés, perdus entre la réalité et les histoires qu’ils ont à maintes fois racontées, la crédibilité des accusés mis en doute poussant l’une d’entre eux à se suicider. La ville se retrouvait tiraillée entre ceux qui y ont cru et ceux qui jettent l’opprobre sur les familles des enfants calomniateurs...
Pour Natalie, la rédemption se trouve dans la marijuana et ses missions de sauvetage de jeunes embrigadés dans des sectes. Jusqu’au jour où un agent du FBI vient à sa rencontre car il semblerait que les Six de Satan soient les cibles d’un meurtrier en série ! Un retour fracassant d’un passé qu’elle pensait avoir laissé de côté, même si sa situation actuelle ne trompe personne : elle a été brisée par cette affaire dans son enfance.
Avec ce titre, Ed Brubaker et Sean Phillips réaffirment, si tant est qu’ils en est besoin, leur talent pour les polars sombres, tant dans le fond que dans la forme. Le scénariste décortique les esprits torturés de ses protagonistes : comment le mensonge provenant au départ d’un gamin un peu bizarre a transformé une ville en bataille rangée entre croyants et cartésiens. Au passage, ils dénoncent des dérives qu’une foi élevée à son extrême peut engendrer.
Quant au dessinateur, son style reste égal à lui-même : des noirs marquants et contrastés à l’encrage épais ; des jeux d’ombres et de lumières qui illuminent toutefois le visage de Natalie en permanence, comme pour attester de son rôle majeur dans le récit, et des couleurs enfin, conçues par Jacob Phillips, qui alternent entre bleus et rouges, comme pour intensifier davantage encore une dualité omniprésente.
Encore un bon moment de lecture sombre signé par un duo prodigieux.
Par Marc VANDERMEER
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La Maison des impies. Scénario : Ed Brubaker. Dessin : Sean Phillips. Editeur : Delcourt Comics. 144 pages. Sortie : le 23 octobre 2024. Prix : 18,50 euros.
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